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« Homoparentalité » : oui à l’adoption, non à la procréation médicalement assistée

Publié le 11/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 11 septembre 2012 – Promesse de campagne de François Hollande hautement symbolique, l’accès à l’institution du mariage des couples homosexuels devrait être prochainement l’objet d’une loi. Le Garde des Sceaux, Christine Taubira dévoile en effet ce mardi, dans les colonnes du quotidien la Croix, les grandes lignes du projet qui sera présenté en Conseil des ministres en octobre. Sans préjuger des débats parlementaires, qui seront très probablement passionnels, le ministre de la Justice met en avant les trois lignes directrices du futur projet de loi : les couples homosexuels pourront se marier et avoir accès à l’adoption simple et plénière mais la procréation médicalement assistée (PMA) leur demeurera hors d’atteinte.  Concernant ce dernier point, Christine Taubira précise : « Notre projet de loi est très clair : l’accès à la PMA ne rentre pas dans son périmètre. Quant à la gestation pour autrui, elle ne sera pas légalisée ».

Promesses de campagne oubliées ?

Beaucoup considéreront que cette feuille de route ainsi dressée n’est guère surprenante : le gouvernement en place n’a, comme nous l’avons souligné, jamais caché son intention de légiférer sur ce point. Pourtant, beaucoup, ce matin, ont déjà estimé qu’il y a avait matière à commenter. Ce n’est pas seulement du côté des opposants « historiques » au mariage homosexuel et à l’adoption des couples homosexuels que les réactions ont fusé. L’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) s’est ainsi montré plutôt désappointée que le projet ait ainsi été dévoilé dans la presse par le ministre de la Justice avant qu’aucun représentant d’associations de défense des homosexuels n’ait encore été consulté. Ce qui tourmente le plus l’Inter-LGBT dans cette absence de concertation est probablement la fin de non recevoir présenté par Christine Taubira quant à l’accès à la PMA. Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT ne peut en effet que rappeler que la possibilité pour les couples de femmes de recourir à la PMA était un engagement de François Hollande. De fait, le candidat s’était exprimé favorablement sur ce point en février.

Une différence de taille entre l’homoparentalité et la PMA

Sans doute, cette question de l’accès à la PMA représentera l’un des enjeux majeurs de la discussion parlementaire. Dès lors peut-on s’interroger sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à l’exclure du champ de sa loi ? L’impossibilité juridique de faire entrer des considérations bioéthiques et médicales dans un texte essentiellement relatif au code civil est-elle seule en cause ? Sans doute, le gouvernement a également voulu faire l’économie d’un débat houleux, alors que plus encore que la question de l’adoption, l’accès à la PMA est l’objet de controverses. Ainsi, recueillant l’avis de plusieurs pédiatres, pédopsychiatres et psychanalystes sur la question de l’homoparentalité, le magazine « Psychologies.com » avait mis à jour, il y a quelques années, la différence fréquemment établie par ces « spécialistes » entre la filiation adoptive et la filiation procréatrice. Plusieurs personnalités interrogées, dont les psychanalystes Jean-Pierre Winter et Geneviève Delaisi de Parseval ainsi que le pédopsychiatre Marcel Rufo se montraient favorables à l’adoption mais opposés à « l’homoparentalité procréative ». Cette dernière « en revanche, pose problème. On fait croire à un enfant qu’il est le produit du désir sexué et sexuel de deux hommes et de deux femmes, mais que pour des raisons de « nature », on a eu recours à tiers (…). On nous dit que la vérité sera dite à l’enfant. Mais quelle vérité ? Ce n’est pas celle de la mécanique qui l’intéresse, c’est celle du désir qui a présidé sa venue au monde » observait Jean-Pierre Winter.

Une opinion en pleine évolution, des « experts » divisés

Cette différence ainsi établie par les psychanalystes n’a cependant pas empêché de nombreux pays d’autoriser l’accès à la PMA aux couples de femmes. En Europe, seules l’Allemagne, l’Italie et la Suisse l’interdisent aussi formellement que la France, quand en Belgique, au Danemark, en Espagne, aux Pays-Bas ou encore au Royaume-Uni, les couples homosexuels féminins peuvent explicitement bénéficier de l’assistance médicale à la procréation. C’est également le cas dans de nombreux états américains ou encore au Canada. Cependant, il est probable que derrière le débat persistant autour de la PMA en France, ce soit l’idée même « d’homoparentalité » qui toujours reste interrogée. Si sur ce sujet, l’opinion française semble avoir évolué ces dernières années, puisque désormais une majorité est favorable à la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter, les « spécialistes » eux se montrent toujours divisés. En effet, bien que les études disponibles sur le sujet se montrent plutôt rassurantes quant à l’épanouissement des enfants élevés par des personnes de même sexe et même si l’Académie américaine de pédiatrie (entre autres) n’a pas hésité à entériner ces travaux, beaucoup s’inquiètent du devenir psychique de ces enfants à l’âge adulte ou encore des biais qui seraient présents dans ces enquêtes.



Aurélie Haroche



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