Le CHU de Caen est-il réellement au bord du gouffre ?

Caen, le jeudi 13 septembre 2012 – Ce n’est pas la première fois que le CHU de Caen défraie la chronique. Ces dernières années, cet établissement hospitalier qui emploie près de 6 000 personnes, a été à plusieurs reprises dans la tourmente. Les dépenses somptuaires de son ancien directeur (qui avait consacré quelque 836 997 euros à la réhabilitation de son logement de fonction) et les dérives des opérations de désamiantage (dont la facture pourrait atteindre près de 40 millions d’euros contre moins d’une vingtaine prévus initialement) avaient déjà été largement commentées dans la presse régionale et nationale. Le gouvernement avait d’ailleurs été appelé à plusieurs reprises au chevet de cet hôpital dont le déficit s’élevait à 37,2 millions d’euros en 2009. Les pouvoirs publics l’avaient ainsi placé sous sa tutelle en 2009 tandis que sa totale reconstruction dans les dix ans à venir avait été annoncée en 2010.

Plus de découvert à partir du 12 octobre

Ces différentes interventions n’ont cependant pas permis de pallier l’ensemble des difficultés de l’établissement, d’autant que le projet de reconstruction paraît encore aujourd’hui au point mort. Les problèmes budgétaires du CHU persistent en effet. En mai dernier, les Echos évoquaient ainsi un risque de cessation de paiement, tandis que cette semaine, le directeur du CHU, Angel Piquemal, révélait dans une lettre adressée à l’ensemble des salariés avoir été « contraint de suspendre le versement des cotisations patronales et de décaler le paiement des fournisseurs ». Plus précisément, ce sont les sommes dues aux grandes entreprises qui devraient demeurer impayées dans les semaines à venir. Cependant, Angel Piquemal a tenu à le réaffirmer aux syndicats : « les salaires sont et seront » versés.

Cette situation s’explique par le refus des banques de prolonger leurs autorisations de découvert, d’un montant de 85 millions d’euros, au-delà des 3 et 12 octobre prochain. Or, cette « ligne de trésorerie » est aujourd’hui le seul moyen pour le CHU d’assurer ses dépenses. D’une manière générale, l’établissement connaît des difficultés d’emprunt depuis désormais plus d’un an. 

Un cas pas si unique ?

Face à ce qui ressemblait fort à un « désastre annoncé » non sans évoquer les situations observées dans les pays les plus fortement touchés par la crise économique, telle la Grèce, la CGT n’a pas tardé à monter au créneau. « Ces mesures sont inédites en France pour un CHU », a-t-elle clamé. Inédites, pas si sûr. La Fédération hospitalière de France (FHF) a en effet tenu à affirmer hier que la situation de l’établissement caennais n’était pas un « phénomène exceptionnel ». Si cette première déclaration ne manque pas d’être glaçante, les précisions d’Yves Gaubert, responsable du pôle financer de la FFH sur RTL sont plus rassurantes : « Ce sont des problèmes très conjoncturels qui se règlent au bout de quelques jours de manière générale ». Il a même admis que la décision de décaler certains paiements se faisait de « manière plus discrète depuis des années ». Enfin, il a assuré que « les contraintes budgétaires qui ont été fortes ces dernières années n’ont jamais affecté la qualité des soins ».

Un déficit divisé par quatre en trois ans

Par ailleurs, en dépit des apparences, la situation du CHU de Caen n’est pas aussi catastrophique qu’elle l’a été ces dernières années. Certes, comme le résume sobrement Angel Piquemal, « le CHU de Caen a systématiquement dépensé davantage que les recettes qu’il a perçues ». Cependant, le nouveau patron est parvenu en deux ans à redresser significativement la situation : le déficit est en effet passé de 37,2 millions en 2009 à 19,7 millions en 2010 et enfin à 9,2 millions l’année dernière et ce au prix d’une réduction de personnel assez importante (suppression de 437 postes en deux ans). Néanmoins, ces améliorations n’empêchent pas la dette de l’établissement de demeurer la plus élevée de métropole (119 millions d’euros), en partie lié au coût du désamiantage.

Tout va très bien (madame la Marquise)

Enfin, la CGT qui interroge dans son communiqué d’hier : « L'Etat, le président et son gouvernement se trouvent face un choix de société : veulent- ils encore des hôpitaux publics ? » peut se rassurer. « En aucune façon le gouvernement ne pourrait accepter qu’un établissement public de santé se trouve en cessation de paiement » a ainsi assuré Jean-Luc Nevache, directeur du cabinet de Marisol Touraine, tandis que le député Philippe Duron (PS) a renchéri : « Le CHU pourra continuer normalement son activité dans les semaines et les mois qui viennent ». Les solutions qui seront adoptées (un crédit spécifique du ministère de la Santé ?) devraient être présentées au tout début octobre. Cependant, au-delà des réponses ponctuelles apportées au CHU de Caen, cette affaire confirme l’urgence pour le gouvernement de se pencher sur les difficultés d’emprunt des établissements de santé français. Il s’agit d’un phénomène sur lequel la FHF l’a déjà alerté à plusieurs reprises ces dernières semaines et qui est en partie liée à la faillite de la banque d’investissement Dexia.

AH

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Vos réactions (1)

  • Privé/publique

    Le 13 septembre 2012

    Dans le privé, on règle d'abord ses dettes et on voit s'il nous reste quelque chose.
    Dans le public on paye d'abord les CGTistes : les fournisseurs n'ont qu'à attendre, s'ils sont payés un jour. Le directeur a même déclaré que l'URSSAF attendrait : j'imagine ce qui se passerait si un artisan ou une profession libérale faisait de même.

    Dr Bernard Morardet

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