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La rue Cambon règle ses comptes avec l’Ordre

Publié le 14/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le vendredi 14 septembre 2012 – Si les rapports de la Cour des Comptes concernant la sécurité sociale se suivent et ne se ressemblent pas nécessairement, un trait est immuable : leur sévérité. Chaque édition est en effet l’occasion de constater l’intransigeance des magistrats de la rue Cambon, qu’ils exercent chaque année contre des cibles différentes. Ainsi, dans le rapport présenté hier, ce sont le gouvernement (ce qui est relativement habituel et ce quel que soit son bord politique), l’Ordre des médecins et les avantages perçus par les professionnels de santé de la part de l’Assurance maladie qui font les frais de l’extrême rigueur de la Cour des Comptes.

« Anomalie profonde des comptes »

Pour le gouvernement, ce n’est guère une surprise. Déjà en juillet, la Cour des Comptes avait manifesté son hostilité face au désir affiché par l’équipe de Jean-Marc Ayrault de remonter l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) à 2,7 % contre 2,5 % cette année. Hier, l’institution a confirmé qu’elle jugeait déraisonnable une telle orientation et a incité les pouvoirs publics à se fixer comme objectif une croissance limitée à 2,4 %. Avec un tel taux appliqué de 2013 à 2017, toutes choses égales par ailleurs, la Sécurité sociale peut en effet espérer retrouver l’équilibre en 2017, tandis qu’un ONDAM de 2,7 % laissera filer le déficit jusqu’à au moins 2019. Or, la Cour des comptes considère que la situation actuelle des comptes de la sécurité sociale est une « anomalie profonde qui ne peut continuer à être reportée davantage sur les générations futures ». En outre, elle juge que si les efforts à réaliser pour redresser la barre sont importants, ils ne sont en « aucun cas hors de portée ».

Un tableau de l'Ordre plutôt bien dressé

Au-delà de ce bilan d’ordre général, la Cour des Comptes comme à son habitude se focalise sur une vingtaine de sujets, comme autant de symboles des dérives du système. Au titre de ces « victimes », l’Ordre des médecins est assez vigoureusement épinglé. Parmi les différentes missions qui lui sont attribuées, la rue Cambon semble considérer qu’il n’en exécute que deux de façon plutôt satisfaisante : le suivi de la profession et la « reconnaissance des qualifications ». Elle relève cependant quelques failles : l’absence d’inclusion dans le tableau des médecins du service de santé des armées et de ceux « ayant la qualité de fonctionnaire de l’Etat ou d’agent titulaire d’une collectivité locale ». Par ailleurs le rapport remarque que « des centaines de jeunes médecins (…) prennent chaque année leurs fonctions de chefs de clinique (…) plusieurs semaines ou plusieurs mois avant d’être inscrits au tableau ». Concernant la reconnaissance des qualifications, la Cour des comptes admet que l’Ordre témoigne d’une « implication active ».

Inefficacité criante quant au respect de la déontologie

Mais le bât blesse considérablement lorsqu’on s’intéresse au rôle de l’Ordre sur l’organisation des soins et le contrôle du respect de la déontologie. Concernant l’organisation des soins, la Cour des Comptes observe que sa mission a été « réduite » depuis 2003 vis-à-vis de la permanence des soins. Par ailleurs, la rue Cambon semble amèrement déplorer certaines prises de position de l’Ordre, par exemple contre le paiement à la performance, considéré par les magistrats comme une source majeure d’optimisation de l’organisation des soins. Mais c’est très certainement face au contrôle du respect de la déontologie que la démission de l’Ordre est le plus clairement dénoncée. Elle signale ainsi tout d’abord les « nombreuses difficultés » rencontrées dans le « traitement des plaintes », liées à une « organisation parfois défaillante ». Ainsi, les « sections des assurances sociales » demeurent « très peu utilisées », tandis que les délais d’instruction au sein des chambres disciplinaires restent très élevés : ils sont ainsi supérieurs à dix-huit mois pour certaines affaires en appel. Enfin, la Cour des comptes remarque l’inefficacité totale de l’Ordre quant au « contrôle du tact et de la mesure ». Les condamnations demeurent trop rares (61 au total entre 2008 et 2011) et souvent peu sévères. En la matière, la rue Cambon remarque que la « coexistence de multiples procédures n’est en rien un gage d’efficacité » et déplore une situation de « quasi blocage ». L’efficacité de l’Ordre semble similaire en ce qui concerne la prévention des conflits d’intérêts.

Prise en charge des cotisations sociales : un dispositif « particulièrement insatisfaisant »

Autre cible marquante du rapport : la prise en charge par l’Assurance maladie de certaines cotisations sociales des professionnels de santé. La Cour des Comptes affirme que le système mis en place a « aujourd’hui perdu sa raison d’être ». De fait, elle constate que cet « avantage » consenti ne paraît plus avoir d’influence sur le choix du secteur d’exercice, notamment chez les médecins. « L’avantage financier retiré des dépassements excède en effet le plus souvent de manière sensible, pour un praticien du secteur 2, la perte liée à l’absence de prise en charge de cotisations plus encore s’il a choisi d’adhérer au RSI, dont les taux de cotisation sont inférieurs à ceux du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés ». Aussi, constatant que la prise en charge des cotisations sociales « représente aujourd’hui un élément conséquent » du revenu de certains professionnels de santé (18 % pour les médecins de secteur 1, 16 % pour ceux de secteur 2) et un coût très élevé pour l’Assurance maladie, la Cour des Comptes considère ce dispositif comme « particulièrement insatisfaisant ». Aussi invite-t-elle les pouvoirs publics à mener d’urgence une réflexion sur ce système.

Hausse de la CSG imposée aux retraités : fin de non recevoir de Marisol Touraine

Enfin, on le sait d’autres mesures ont été préconisées par la Cour des Comptes comme l’instauration d’un « double plafond départemental pour l’offre de transport de patients » et un renforcement du contrôle de la prescription des arrêts maladie. Au titre des recettes, sa préconisation la plus remarquée est l’alignement des taux de CSG de 49 % du montant des pensions de retraite sur celui appliqué aux salaires des actifs. Pour l’heure, Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Affaires sociales a exclu une telle option.



Aurélie Haroche



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