Londres, le vendredi 21 septembre 2012 – La revue Nature
publiait en 2010 les résultats des travaux de l’équipe de Doug
Turnbull (Université de Newcastle). Cinq ans après avoir obtenu le
feu vert des autorités pour réaliser une telle expérience, ces
chercheurs étaient parvenus à transplanter avec succès du matériel
génétique du noyau d’un ovule humain fécondé, dans un autre ovule
également fécondé. Cette technique, qui n’avait alors été appliquée
que chez l’animal, doit permettre aux femmes porteuses d’une
maladie liée à l’ADN mitochondrial de transmettre à leurs enfants
une grande partie de leur patrimoine génétique tout en limitant
fortement le risque de leur transmettre la maladie.
Incertitudes
Deux ans après la présentation de ces résultats, la
Grande-Bretagne a lancé cette semaine une consultation auprès de la
population britannique afin de recueillir son sentiment face à ce
que certains appellent déjà la « FIV à trois ». Si cette technique
de transfert du noyau d’un ovocyte dans un autre ovocyte énucléé
était permise, l’enfant issu de cette « manipulation » aurait en
effet génétiquement trois parents, deux "mères" (l'une pour l'ADN
nucléaire et l'autre pour l'ADN mitochondrial) et un père. Le
lancement de cette consultation publique a suscité les commentaires
de nombreux scientifiques outre-Manche. La présidente de la Human
Fertilisation and Embryology Authority a ainsi fait part de son
incertitude : « Il s’agit ici de modifier génétiquement un
ovule : on entre en territoire inconnu ». Par ailleurs,
beaucoup se sont interrogés sur les risques liés à une telle
manipulation ; les expériences menées chez l’animal ayant mis en
évidence l’impossibilité de « prévoir les aléas induits par cette
manipulation », souligne le Professeur Royère de l’Agence de la
biomédecine, cité dans le Figaro.
Projet parental à trois !
Le sujet soulève également outre-Manche de nombreuses
interrogations éthiques et sociétales. Comment expliquer aux
enfants cette « hérédité » particulière ? Comment considérer la
donneuse de mitochondries ? Autant de questions qui inondent cette
semaine les journaux britanniques, tandis que certaines
associations n’hésitent pas à se demander si cette technique
n’encouragea pas les « personnes poursuivant un projet parental à
trois » à demander l’aide de la science ! Le débat aussi vibrant
soit-il a le mérite d’exister, dans un pays qui a toujours fait
figure de pionnier sur ces questions de bioéthique.
En France, la question, ne se pose en effet même pas. Les
praticiens interrogés sur le sujet dans les médias nationaux ont
tenu à souligner qu’il existe de très nombreuses autres façons
permettant à une femme souffrant d’une maladie mitochondriale de
donner naissance à un enfant indemne de cette maladie (DPI, don
d'ovocyte...).
Aurélie Haroche
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