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Accident de radiothérapie : le procès de l’hôpital d’Epinal s’ouvre aujourd’hui

Publié le 24/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le lundi 24 septembre 2012 – Il y a six ans presque jour pour jour, la presse mettait à jour les prémices de ce qui se révélerait bientôt être « le plus important accident impliquant les rayonnements ionisants ayant eu lieu en France ». Si la médiatisation et les réactions des autorités nationales ne sont intervenues qu’en octobre 2006, les premiers signalements de cas de sur-irradiation à l’hôpital Jean Monnet d’Epinal avaient eu lieu dès 2005, tandis que les faits remontent à 1989.

Des appareils de radiothérapie non correctement paramétrés

Selon les différents rapports qui se sont succédés sur cette affaire, il est en effet apparu que le paramétrage des logiciels des appareils de radiothérapie était systématiquement erroné à Epinal entre 1989 et 2000, tandis que des dysfonctionnements plus graves encore ont également touché des patients traités pour cancer de la prostate entre 2001 et 2006. Concernant la période allant de1989 à 2000, des sur-irradiations limitées à 5,5 % ont pu concerner entre 4 500 et 5 000 patients. « C'est-à-dire à un niveau se situant dans la marge d’incertitude des appareils » avait précisé le 8 septembre 2007, Patrick Gourmelon, directeur de la radioprotection de l’homme à l’IRSN. Néanmoins, cette situation témoignait déjà de la fragilité des contrôles et de la désorganisation au sein du service de radiothérapie, failles qui allaient faire le lit d’accidents bien plus graves. On estime ainsi tout d’abord que pour 300 patients traités pour divers cancers à la fin de la période allant de 1989 à 2000, le surdosage a pu atteindre 7 % de la dose totale. Surtout, vingt-quatre patients traités entre mai 2004 et 2005 pour un cancer de la prostate ont été victimes d’un surdosage massif de rayonnements à hauteur de 20 %, en raison du mauvais réglage d’un nouveau logiciel. En outre, entre 2001 et 2006, 424 autres malades souffrant également d’un cancer de la prostate ont subi une sur-irradiation de l’ordre de 8 à 10 % Les différentes enquêtes ont pour ces derniers cas mis entre autres en évidence l’absence de prise en compte, dans le calcul final des radiations, des doses délivrées lors des contrôles radiologiques réalisées avant l’initiation de la radiothérapie.

Trois praticiens et trois responsables administratifs sur le banc des accusés

Ce sont les dysfonctionnements qui ont conduit à ces deux accidents (excluant les défauts de paramétrage de la période 1989-2000) qui seront examinés à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 31 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris, tandis que les audiences seront retransmises en direct au tribunal de grande instance d’Epinal. Si certaines victimes n’ont pas pu faire le déplacement jusqu’à la capitale, 108 parties civiles seront dûment présentes lors de l’ouverture des débats. Sur le banc des « accusés », six personnes : deux radiothérapeutes, Jean-François Sztermer et Michel Aubertel et un radiophysicien Joshua Anah sont poursuivis pour homicides et blessures involontaires ainsi que non assistance à personne en danger. C’est également ce dernier chef qui a été retenu à l’encontre de la directrice de l’hôpital mise en examen en tant que personne morale, de même que la directrice de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDAS) et le patron de l’Agence régionale d’hospitalisation (ARH) de Loraine de l’époque.

Des patients déjà indemnisés mais en mal de « reconnaissance »

Les magistrats devront déterminer la part des responsabilités de chacun dans ce « fiasco » sanitaire. A cet égard, devraient sans doute être entendus les récits des inspecteurs généraux des affaires sociales (IGAS) qui dans leurs rapports avaient mis en évidence la désorganisation totale de l’unité de radiothérapie, marquée entre autres par la présence d’un seul radiophysicien (quand la présence de deux temps plein était à l’époque requise) ou encore le manque de communication entre le service et la direction de l’hôpital. Le tribunal se penchera également sûrement sur les retards de signalement aux patients mais également aux autorités compétentes. Dans son premier rapport sur le service d’Epinal, l’IGAS avait ainsi décrit la stratégie de rappel adoptée par les médecins du service. « Les personnels hospitaliers concernés ont considéré que tout malade dont on n’avait pas de nouvelle allait forcément bien et que lorsqu’ils étaient informés d’une complication, il n’y avait plus rien à faire ». Au-delà de ce fatalisme coupable, c’est l’ensemble des « maillons de la chaîne sanitaire » qui semble avoir failli à ses missions d’information et d’alerte.

Enfin, les longs débats qui s’annoncent seront sans doute l’occasion d’entendre la parole des victimes, leurs témoignages sur leurs séquelles et sur la confusion qui a longtemps régné sur l’affaire. C’est en effet principalement pour obtenir la reconnaissance de leurs douleurs que les patients attendent avec impatience l’ouverture des débats, les questions d’indemnisation ayant déjà été réglées. Quatorze millions d’euros ont en effet été versés indique le nouveau directeur de l’hôpital grâce au comité mis en place en 2008 par le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.



Aurélie Haroche



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