Etude « choc » sur les OGM : et si le poison était ailleurs ?

Paris, le jeudi 4 octobre 2012 – Certains y croient encore. En début de semaine, 130 organisations non gouvernementales (ONG) œuvrant dans le domaine de la sauvegarde de l’environnement et de la santé lançaient un appel au gouvernement exigeant l’interdiction au niveau européen du maïs transgénique NK603 résistant à l’herbicide Roundup, ainsi que ce dernier. Leur demande s’appuie sur les résultats, désormais connus de tous, d’une étude menée par l’équipe du professeur Gilles-Eric Seralini tendant à démontrer l’extrême toxicité chez le rat de l’OGM en question et du Roundup. L’appel de ces ONG semble à contre-courant des critiques émises par une grande partie de la communauté scientifique. Au-delà des contributions isolées dans la presse de plusieurs toxicologues et biologistes analysant de façon précise les résultats de l’étude pour en énumérer les biais et les incohérences, plusieurs pétitions et communiqués communs ont en effet été signés ces derniers jours, prenant plus que de la distance avec le « choc » provoqué par la large médiatisation des conclusions de Gilles-Eric Séralini.

Une information pas très quantique diffusée à la vitesse de la lumière

Sur le site du CNRS, tout d’abord a été récemment publié un « appel à un débat raisonné sur les OGM » signé par plus d’une centaine de biologistes. Dans ce texte, ces chercheurs proposent une critique en règle non pas du manque supposé de rigueur scientifique de l’étude (ils renvoient sur ce point à l’article de l’éco-toxicologue Jean-François Narbonne publié sur le site français du Huffington Post), mais plus certainement de la méthode de communication utilisée par le professeur de Caen. Pour ce faire, l’appel évoque en préambule la façon très prudente avec laquelle des physiciens ayant cru avoir découvert une particule dépassant la vitesse de la lumière ont procédé pour annoncer les résultats a priori révolutionnaires de leurs travaux. « Cette annonce, formulée au conditionnel et avec d’infinies précautions, fut accompagnée de l’assurance que la communauté des physiciens se concerterait pour soumettre à la critique approfondie ce résultat potentiellement bouleversant » décrivent-ils. Bien leur en pris car on découvrit finalement qu’une erreur de mesure était à l’origine de cette « découverte ». La comparaison avec la façon dont les résultats de Gilles-Eric Séralini ont été dévoilés au public est édifiante. « Aucune retenue, aucune concertation » caractérise l’information qui a été livrée en pâture.

Touche pas à la nature !

Cette différence ne s’expliquerait pas uniquement par les enjeux sociétaux et financiers en présence, bien plus marqués dans le cas des OGM qu’en ce qui concerne la vitesse de la lumière. Les signataires de l’appel y voient également la conséquence d’une « sacralisation de la nature ». « Dans un cas on pense, certains espèrent peut-être, que la Nature rappelle à l'espèce humaine son incapacité à percer ses mystères, imposant en cela le respect. Dans l’autre c’est l’Humain, infatué de sa majuscule, qui se permettrait de transgresser les lois de la Nature et celle-ci se rappellerait à son bon souvenir le ramenant à son statut minuscule. Dans les deux cas, c’est donc bien la Nature qui s’impose et nous en impose. Pour se convaincre de cette inclination grandissante à la sacralisation du milieu naturel, on peut se remémorer la façon dont l’emballement médiatique, légitimement suscité par la mort de plusieurs personnes ayant consommé des pousses de soja infectées par une bactérie pathogène, retomba dès lors qu’il s’avéra que celles-ci provenaient de l’agriculture biologique... Après tout, n’était-ce pas dans la nature des choses ? », analysent les auteurs de l’appel. Forts de ces constatations et de ces considérations presque philosophiques, les chercheurs souhaitent donc qu’un « débat raisonné » puisse enfin être mené et qu’en l’espèce des « fonds suffisants soient alloués à l’équipe ayant publié cette étude pour confirmer leurs observations de façon complète et rigoureuse, en partenariat étroit avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement ».

Des études sur le long terme ont déjà été réalisées

Le ton est similaire, quoique sans doute un peu plus musclé, dans le texte signé pour sa part par 51 scientifiques français et publié sur le site de Marianne et de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS). A l’instar de l’appel relayé par le CNRS, ce texte se montre très sévère vis-à-vis de la façon dont les résultats ont été communiqués. « Cette étude doit être considérée plus comme un coup médiatique que comme une révélation de résultats scientifiques » assènent ainsi les chercheurs qui dénoncent notamment « l’absence de communication des données brutes de cette étude » qui a également été critiquée par de nombreux observateurs, dont le journaliste scientifique Sylvestre Huet responsable du blog de Libération Science au carré. Ils vont en outre plus loin que la « pétition » mise en ligne sur le site du CNRS, évoquant les conflits d’intérêt de Gilles-Eric Séralini et les multiples biais de ses travaux. Ils rappellent d’ailleurs en préambule que « de multiples études scientifiques réalisés sur le long terme, de 2 à 3 ans sur des animaux (…) n’avaient jusqu’à présenté révélé aucun effet négatif des plantes OGM sur leur santé (…). Aucun signe clinique de maladie n’a jamais été signalé par les vétérinaires même pour les reproducteurs âgés ».

« Non, les ONGM ne sont pas des poisons »

Plusieurs journalistes scientifiques partagent la colère des chercheurs. Ainsi, Sylvestre Huet (qui le premier avait suggéré la comparaison avec la vitesse de la lumière) a qualifié la façon dont les résultats ont été présentés au public de « désastre pour le débat public » et a rappelé que : « De mauvais moyens ne peuvent servir à de bonnes fins ». Sur le site de l’AFIS, Jean-Paul Krivine évoquait des « dégâts collatéraux énormes » et prédisait que le Nouvel Observateur, même si l’étude se révélait totalement invalidée ne titrerait jamais : « Non, les OGM ne sont pas des poisons ».

http://www.cnrs.fr/fr/une/actus/2012/20120927-debat-ogm.html
http://www.huffingtonpost.fr/jeanfrancois-narbonne/lacunes-resultats-suprenants-et-inexplicables-letude-anti-ogm-sur-la-sellette_b_1902634.html
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1936
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1934
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/09/ogm-seralini-et-le-d%C3%A9bat-public.html

Aurélie Haroche

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