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Dépassements d’honoraires : pas d’accord, mais (enfin) des chiffres

Publié le 18/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le jeudi 18 octobre 2012 – Se quitter au petit matin après quinze heures d’âpres discussions sans rien avoir signé laisse forcément un goût amer. Fatigués, les représentants de l’Assurance maladie, des syndicats de médecins libéraux et des complémentaires santé étaient nécessairement un peu déçus à six heures aujourd’hui lorsqu’ils quittèrent les uns après les autres la table des négociations consacrées à l’encadrement des honoraires des médecins de secteur 2. Néanmoins, il n’y eut pas de coup d’éclat (même si les porte-parole du Bloc représentant les spécialités techniques et du Syndicat des médecins libéraux, SML ont faussé compagnie à leurs camarades un peu plus tôt) et surtout des chiffres précis ont été proposés et un véritable relevé de conclusions a pu être établi.

L’idée du plafond rejetée par le SML

Il se décompose en trois volets. Premier point : la lutte contre les dépassements jugés abusifs. On le sait, avant de débuter la rencontre hier, le directeur de l’UNCAM, Frédéric Van Roekeghem a annoncé qu’il allait proposer de retenir le seuil de 150 % du tarif opposable. Cependant, il ne s’agit pas d’un niveau définitif et non modulable : d’une part le patron de l’UNCAM a suggéré qu’à terme ce « seuil » pourrait descendre jusqu’à 100 % du tarif (à mesure que celui-ci progressera), d’autre part des nuances pourront exister en fonction du lieu d’exercice (Paris pourrait ainsi afficher un taux un peu plus élevé) et la situation de chacun restera appréciée au cas par cas (en fonction de la fréquence des dépassements, du reste à charge pour les patients…). Ces différentes précautions et le fait de pouvoir enfin disposer d’une définition « chiffrée » de ce qu’est un dépassement abusif n’ont cependant pas satisfait tous les syndicats. Le Syndicat des médecins libéraux (SML) s’est ainsi violemment élevé contre la précision d’un quelconque plafond. Ses récriminations ont été telles que le chiffre de 150 % ne figure pas explicitement dans le relevé de conclusions, qui détaille principalement la procédure de sanctions qui pourra être déployée et leur échelonnage. On notera, en apparté, que ce plafond de 150 % pour les dépassements (soit un prix maximum de 2,5 fois le tarif du secteur 1) paraît très proche de celui qui avait été retenu par une majorité de nos lecteurs lors d’un sondage sur le sujet.

Contrat d’accès aux soins : un gel des dépassements tout relatif

Deuxième chapitre : la création d’un contrat d’accès aux soins. Sur ce sujet encore, l’UNCAM s’est longtemps refusée de proposer des « seuils » précis. Hier, abattant ses dernières cartes, elle a indiqué que dans le cadre de ce contrat, les dépassements devraient être cantonnés à 100 % du tarif opposable. Cet accord entre l’UNCAM et le médecin sera réversible et valable pour une durée de trois ans. Les praticiens pourront y adhérer entre le 1er janvier et le 30 juin 2013. Outre un « gel » de leurs honoraires, les contractants s’engageront à ne pas appliquer de compléments d’honoraires aux patients consultant en urgence et à ceux titulaires de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé. En contrepartie, les patients bénéficieront d’un taux de remboursement semblable à celui qui prévaut en secteur 1 et une partie des cotisations sociales des médecins sera prise en charge. Un observatoire sera chargé de veiller à la bonne application de ce dispositif. Le relevé de conclusions prévoit enfin deux autres subtilités : d’une part les anciens chefs de clinique en seront initialement exclus et d’autre part pour bénéficier de l’exonération de charges sociales, il faudra que le contrat séduise la moitié des médecins éligibles. Sur ce second volet, ce qui bloque principalement c’est l’incertitude qui règne encore quant aux gestes que consentiront les mutuelles, qui ont préféré réserver leurs réponses au début de la semaine prochaine en raison notamment de la tenue du grand congrès de la Mutualité ce week-end. Reste en outre à savoir quelle part de praticiens pourrait être séduite ? Compte tenu du « plafond » affiché qui est pratiquement deux fois supérieur à la pratique actuelle moyenne des médecins de secteur 2, le contrat pourrait se révéler plutôt attractif.

Secteur 1 : un supplément à partir de l’automne prochain pour les consultations concernant les plus âgés

Enfin, le dernier volet concerne la revalorisation du secteur 1, corollaire incontournable à la limitation des dépassements d’honoraires, aux yeux de plusieurs syndicats et notamment de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Cette dernière pourrait se satisfaire qu’une de ses principales idées aient été retenues : l’UNCAM a donné son accord à la création d’un complément forfaitaire de cinq euros qui s’appliquera aux consultations des patients de plus 85 ans à partir du 1er octobre 2013 puis des patients de plus de 80 ans à compter du 1er octobre 2014. La création de tarifs spécifiques pour certaines consultations complexes (insuffisants cardiaques et sorties d’hospitalisation) a également été « actée ». Enfin, une réévaluation sur trois ans de la nomenclature technique, qui concernera en priorité la chirurgie et la gynécologie obstétrique a été annoncée. L’ensemble de ces évolutions tarifaires sera financé en partie par l’Assurance maladie (grâce notamment à la diminution du tarif des actes des radiologues et des biologistes !) et d’autre part par les complémentaires, qui une fois encore ne se sont pas montrées parfaitement précises sur leur engagement en la matière, ce qu’a regretté le patron de la CSMF.

Qu’ils signent ou pas, le projet semble là

Quel regard portent les autres syndicats sur ces différentes données ? Claude Leicher patron de MG France note les « avancées positives » mais reste prudent sur la position définitive de son syndicat. Mais ce sont surtout les « petites » organisations qui se font les plus virulentes, notamment celles qui sont les plus ferventes défenseuses de la liberté tarifaire, le SML et le Bloc qui ont fustigé le fait d’avoir « mélangé » la question de l’encadrement des « dépassements » avec celle de la revalorisation du secteur 1. Le courroux de ces formations minoritaires pourrait-il freiner l’adoption définitive de l’accord alors qu’une ultime séance de négociation est prévue lundi soir ? Sans doute, quand on sait, comme le rappelle le Quotidien du médecin, que les seules signatures de la CSMF et de MG France qui paraissent aujourd’hui les plus probables ne suffiront pas à entériner l’accord. Cependant, si les syndicats ne validaient pas le texte, il pourrait néanmoins servir de base à la future législation que le ministre de la Santé ne manquera pas de faire adopter en cas d’échec final des discussions.



A.H



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