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Mais pourquoi est-il aussi méchant ?

Publié le 20/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le samedi 20 octobre 2012 – La télévision n’a rien inventé. Dans la littérature, au cinéma, les héros n’ont pas toujours été au grand cœur. Aujourd’hui, c’est au tour des séries télévisées de découvrir qu’un personnage principal n’est pas nécessairement beau et gentil. Ainsi, après le Docteur House et son cynisme décapant, France 2 nous propose depuis quelques semaines le vendredi soir un personnage de flic peu amène, Caïn, dont la sagacité et l’intelligence n’ont d’égal que l’impertinence de ses sarcasmes et de sa froideur. Qu’est-ce qui caractérise ces vrais faux méchants qui résolvent les énigmes médicales et policières en moins de 45 minutes, sans se départir de leur humour ravageur ? Ils ne sont des monstres qu’en apparence et ils souffrent toujours d’un handicap physique (Caïn est même cloué dans un fauteuil roulant) : comme si on ne pouvait pas être un homme sans affect, sans avoir été affecté dans sa chair. Divertissant, mais guère innovant, donc.

L’œil était dans la tombe et ne regardait pas la télé-réalité

Plus décapant, mais toujours dans la même lignée, le cinéma nous propose de découvrir la drôle d’agonie de Franck, quinquagénaire sans histoire, dans le film de Bobcat Goldthwait, « God bless America ». Franck n’a pas attendu d’être malade pour porter sur ses congénères un regard désabusé et méprisant : il exècre les programmes de téléréalité qui se plaisent à ridiculiser handicapés et autres malchanceux, la vulgarité des publicités ou encore la petitesse d’esprit de ses collègues. Quand son médecin lui révèle qu’il souffre d’une maladie incurable, il va passer de la haine bien rangée à la violence déjantée. Accompagné d’une adolescente révoltée, il va utiliser le pistolet qu’il avait initialement acheté pour se suicider pour tuer sur son passage tous les chantres de l’hyperconsommation et autres représentants des fléaux de nos sociétés capitalistes. Une fois encore, le méchant ne l’est pas vraiment et la maladie a bon dos pour commettre (toujours avec humour) meurtres et autres agressions.

Des trumeaux et des bulles

Bien qu’ils affirment vouloir s’en démarquer, une série comme Caïn ou un film comme God Bless America sont hantés par la sacro sainte définition et délimitation entre le bien et le mal. De telles considérations étaient totalement étrangères à Boris Vian, qui dans l’Arrache cœur ne souhaitait pas dépeindre des gentils ou des méchants mais l’insoutenable étrangeté des âmes, des hommes et des fous. Ici, le médecin, le docteur Jacquemort n’est pas cynique, il est juste totalement décalé : venu à l’appel d’une Clémentine prête à accoucher de « trumeaux », alors qu’il est psychanalyste. Ce sont les loufoqueries, les nuages de poésie, la puissance de Boris Vian que le scénariste Jean-David Morvan (qui avait déjà mis en bulles L’écume des jours) et le dessinateur Maxime Péroz ont tenté de mettre en image dans leur dernier album de bande dessinée. Si bien sûr, rien ne vaut la finesse, l’humour tendre et sauvage de Boris Vian, le résultat est plutôt étonnant et intéressant.

Pataphysique et autres sciences de fiction

Ce grand docteur de pataphysique qu’était Boris Vian aurait peut-être été intéressé par l’exposition proposée à Lille (et qui avait été auparavant présentée à Paris à la Cité des sciences et de l’industrie) qui se penche sur les liens ayant toujours existé entre science fiction et science tout court. De la conquête du monde à la conquête spatiale en passant par la compréhension du temps, chacun de ces champs d’exploration de la science ont été également investis par la littérature, le cinéma et la bande dessinée, avec parfois des échos saisissants.



Aurélie Haroche


Télévision : Caïn, tous les vendredis soirs à 20 h 40, sur France 2

Cinéma : God Bless America, Bobcat Goldthwait, 1 h 42, sortie le 10 octobre

Bande dessinée : L’Arrache coeur, de Jean-David Morvan, Frédérique Boulvzé et Maxime Péroz, Edition Delcourt, Collection Mirages, sortie le 19 septembre

Exposition : « Quand la science rencontre la fiction » du 6 octobre au 13 janvier, Maison Folie Wazemmes, 70 rue des Sarrazins, 59000 Lille



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