Paris, le jeudi 25 octobre 2012 – L’enthousiasme qui a
accompagné mardi soir la signature par quatre syndicats de médecins
libéraux sur cinq d’un « relevé de conclusions » actant le
principe d’une « régulation » des honoraires des médecins
de secteur 2 n’aura guère duré longtemps. Hier, déjà, de très
nombreuses voix se sont fait entendre pour critiquer les termes de
« l’accord »
Manque de respect de la part des négociateurs
D’abord, la belle union syndicale qui était affichée mardi soir
(MG France n’en étant exclue que parce que son Président avait dû
quitter la table des négociations pour des raisons
professionnelles) a rapidement volé en éclat. La Confédération des
syndicats médicaux français (CSMF) et le Syndicat des médecins
libéraux (SML) sont demeurés fidèles aux positions affichées mardi
soir : ils ont annoncé ce matin qu’ils signeraient définitivement
l’accord ce soir à 18 h. Du côté de MG France, la décision ne
serait pas encore parfaitement tranchée. Bien sûr, les avancées
obtenues par les médecins de secteur 1 étaient totalement
inespérées jusqu’à lundi soir : les cinq euros par patient (hors
ALD) par an qui seront versés à tous les médecins traitants
représentent pour certains une véritable « manne ». Mais MG France
se montre réservé sur d’autres points et notamment sur la
limitation des dépassements d’honoraires qui était (aurait dû être
?) le point central de la discussion. Les membres du syndicat
s’interrogent notamment sur la lourdeur et la lenteur de la
procédure qui devrait être mise en place. Enfin, MG France ne
décolère pas contre la façon dont les négociations se sont
déroulées. Les discussions nocturnes « ponctuées d’arrêts et de
reprises » ont mis les nerfs à vif de l’équipe du docteur
Claude Leicher qui rappelle que les représentants des syndicats de
médecins libéraux ne sont pas des « syndicalistes professionnels »
et que cette organisation dénote un manque de respect. Cependant,
en dépit de ces critiques, la signature de MG France paraît faire
peu de doute et elle sera suffisante, avec celles de la CSMF et de
SML pour entériner l’accord.
La FMF affirme avoir été « roulée dans la farine
»
Il faudra a contrario probablement compter sans le BLOC et la
FMF. Philippe Cuq, patron du BLOC qui représente des chirurgiens,
des anesthésistes réanimateurs et des gynécologues obstétriciens
s’est ainsi déclaré « très réservé » et a indiqué qu’il examinerait
l’accord très scrupuleusement. Le plus virulent a cependant été le
président de la Fédération des médecins de France (FMF), Jean-Paul
Hamon qui semble suggérer qu’on lui a « arraché » sa signature. «
Après 36 heures sans sommeil, on a signé un relevé de
conclusions et on s’est fait rouler dans la farine »
résume-t-il.
Dindons vs pigeons
Parallèlement à ces dissensions syndicales, associations de
patients et économistes se sont interrogés hier sur les effets de
l’accord pour les patients. Le texte protégera-t-il vraiment les
malades des dépassements d’honoraires abusifs ? Leur permettra-t-il
de consulter un médecin de secteur 2 en étant assuré que les
compléments demandés seront « modérés » ? Rares sont ceux qui comme
le président de la CSMF, Michel Chassang sur I-télé mardi soir,
considère que le texte signé est une formidable « avancée »
sociale. Concernant les dépassements "abusifs", beaucoup redoutent
ainsi tout d’abord que les sanctions demeurent rares et lentes. Par
ailleurs, pour certains, le plafond de 150 %, retenu comme « repère
» pourrait avoir un effet contre-productif, incitant les médecins
qui n’atteignaient pas ce seuil à venir le tutoyer. Peu plausible,
ce risque est cependant mis en avant par Christian Saout président
du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) et l’économiste
Claude Le Pen. A propos des « avancées » que représenteraient le
contrat d’accès aux soins, les économistes spécialistes de la santé
ont tenu à rappeler que ce « contrat » ne sera en rien obligatoire,
ce qui ne permet pas d’être assuré de ses effets pour les patients.
Une nuance de taille qui fait dire à Jean de Kervasdoué qu’il
s’agit d’un texte « juridiquement tordu ». Pour les associations de
patients, c’est en tout cas la déception qui pointe. Elles
s’estiment flouées et trahies… regrettant d’être aujourd’hui, les «
dindons » de la farce, quand les médecins avaient un temps redouté
d’être pris pour des pigeons.
Aurélie Haroche
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