Paris, le mercredi 31 octobre – Le recours à la thérapie génique
dans la maladie de Parkinson fait l’objet de travaux de recherche
depuis plus de 15 ans. C’est en 1998 qu’a été publiée l’une des
premières études les plus marquantes en la matière. Une équipe
française avait observé chez le rat les bénéfices d’une thérapie
génique ayant consisté à un introduire grâce à un vecteur viral le
gène codant pour le facteur de croissance GDNF (glial-cell line
derived-neutrotrophic factor). Les résultats prometteurs observés
chez le rongeur suggéraient cependant déjà que la route serait
longue avant de pouvoir espérer une application « en routine » chez
l’homme.
Un cocktail de trois enzymes
Les Français, qui avaient ouvert la voie, ont depuis confirmé
leur position de pionnier en la matière. L’équipe du professeur
Stéphane Palfi (hôpital Henri Mondor) mène ainsi depuis près de dix
ans au sein d’une unité CEA/Inserm des travaux visant à élaborer
une thérapie génique dans la maladie de Parkinson. Leur « méthode »
repose sur l’injection via un lentivirus d’un cocktail de trois
enzymes clés de la synthèse de dopamine (tyrosine hydroxylase,
aromatic L-amino acid decarboxylase et GTP cyclohydrolase-1). Ce «
traitement » mis au point en collaboration avec une équipe
britannique est injecté en une seule fois par voie stéréotaxique au
niveau du stratium.
Du singe à l’homme
Leurs premières expérimentations menées chez un modèle de
primate de la maladie de Parkinson (singe MPTP) avaient été l’objet
d’une publication dans la revue Translational Medicine en octobre
2009. Chez ces dix-huit macaques, quatre à six semaines après
l’administration du « cocktail », une amélioration de la motricité
de 80 % avait pu être constatée. Ce résultat, qui ne s’était pas
accompagné d’effets secondaires (et notamment pas de dyskinésies)
s’était prolongé pendant douze mois et même jusqu’à quarante-quatre
mois chez le singe maintenu en vie le plus longtemps. Ces données
concluantes avaient permis à l’équipe de Stéphane Palfi de mener
ses premiers essais chez l’homme. Des résultats préliminaires de
l’étude de faisabilité avaient ainsi été présentés lors du congrès
de l’American Academy of Neurology en 2009. Ils
concernaient trois patients souffrant d’une forme avancée de la
maladie qui présentaient sous l’effet de la thérapie génique pour
deux d’entre eux une réelle amélioration de leur qualité de
vie.
Un traitement efficace et bien toléré
Aujourd’hui, à l’occasion du 20ème congrès européen de thérapie
génique et cellulaire qui se tenait jusqu’à lundi à Versailles,
Stéphane Palfi offre des données complémentaires et plus
encourageantes encore. La thérapie génique mise au point par son
équipe a été administrée à quinze patients. Si le détail des
résultats est réservé à une future publication, le neurologue peut
déjà indiquer : « Nous pouvons dire que ce traitement a été
bien toléré. Sur le plan thérapeutique, nos résultats sont très
encourageants, notamment avec la dose la plus élevée » indique-t-il
interrogé par le Figaro. Cependant, Stéphane Palfi prévient : « Le
temps de la recherche n’est pas celui des médias. Nous devons
progresser, arrêter, réfléchir, il s’agit d’une recherche
thérapeutique de longue haleine ». Selon lui, il faudra
attendre encore au moins une dizaine d’années avant de pouvoir
disposer d’une technique applicable pour tous les patients.
Une piste américaine également à étudier
La voie ouverte par l’équipe d’Henri Mondor n’est pas la seule
piste exploitée. Aux Etats-Unis et en Nouvelle Zélande, une équipe
regroupant des chercheurs de New York, du New Jersey et d’Aukland
conduit des travaux axés sur une thérapie du gène de l’acide
glutamique décarboxylase (GAD). Ces scientifiques ont publié
également plusieurs séries de résultats intéressants, notamment un
premier essai contrôlé de thérapie génique en 2011 dans le
Lancet Neurology.
Aurélie Haroche
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