Il faut couper l’herbe sous le pied de ceux qui font du copier/coller

Paris, le jeudi 22 novembre 2012 – En 2009, une enquête publiée dans la revue Nature et menée auprès de 2 112 scientifiques dépendant des Instituts nationaux de la Santé américains révélait que 9 % d’entre eux admettaient avoir déjà eu connaissance d’une « tricherie » dans le milieu scientifique. Ces fraudes, qui sont le plus souvent des plagiats, des données falsifiées ou encore des demandes de bourses sans fondement seraient plus fréquentes que supposé commentaient à l’époque les auteurs de l’étude. Cette analyse ne serait sans doute pas démentie par Jean-Noël Darde, maître de conférence en sciences de l’information à l’université Paris 8. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’en France, le phénomène soit bien plus répandu en raison de la quasi impunité dont jouissent les plagiaires.

Ne pas déstabiliser les plagiaires !

En 1992 déjà, Antoine Compagnon (aujourd’hui professeur au Collège de Franxce) affirmait dans un recueil de texte publié au Canada consacré au plagiat : « L’Université française serait indifférente au plagiat non pas parce que le plagiat n’existe pas mais parce qu’il n’y a pas d’idée d’Université en France, ni l’éthique ou la déontologie qui irait avec », la notion « d’Université » étant comprise ici comme « une communauté définie par la recherche de la vérité »*. Vingt ans plus tard, Jean-Noël Darde pourrait ne pas être loin de faire le même constat. Après avoir tenté de dénoncer (jusqu’à aujourd’hui en vain) une affaire de plagiat apparemment avérée au sein de son université, il a récemment ouvert un blog consacré au sujet baptisé « Archéologie-copier-coller ». Il y a recueilli plusieurs récits de chercheurs témoins, notamment, de la validation et de la publication de thèses constituées en très grande partie de textes plagiés. Le trait commun entre ces différentes anecdotes est l’absence quasi-totale de réactions de la part des directions d’université. « Les cas de plagiat dont j’ai été saisi (dont l’un gravissime à l’Université de Picardie) et sur lesquels j’ai attiré l’attention des collègues concernés ont donné lieu à une forme de gesticulation polie mais n’ont jamais abouti à la moindre sanction, la principale raison donnée étant la peur de déstabiliser psychologiquement le plagiaire, en poste à l’Université », se souvient François Laroque (Paris 3) cité dans le Figaro. 

Pour publier heureux, plagions cachés

Volonté de protéger un professeur, mais aussi souhait de préserver la réputation de l’Université en des temps de disette budgétaire expliqueraient cette « indulgence » des facultés, tandis que la course à la publication est de plus en plus acharnée, favorisant les tentations de plagiat et autres « tricheries ». Pour Michelle Bergadaà (Université de Genève) spécialiste de cette question, citée dans le Figaro, la réticence des universités à « punir » les fraudeurs serait cependant contre-productive. « Les établissements se décrédibilisent aux yeux du public et des étudiants car ils sèment le doute sur leur intégrité ».

La légitimité des diplômes en question

Aussi, pour lever le voile sur cette « omerta », Jean-Noël Darde vient de lancer une pétition destinée à attirer l’attention du pouvoir politique sur ce sujet alors que s’achèvent bientôt les Assises de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ce qui est en cause, écrit Jean-Noël Darde dans son texte, signé par plus d’une centaine de chercheurs, dont certains ont été victimes de « plagiat », c’est la « légitimité » des diplômes délivrés par les universités. Ces dernières doivent « veiller à ce que le plagiat dans les mémoires, les thèses et les publications scientifiques ne puisse discréditer la qualité des formations proposées et de la recherche française » insiste la pétition.

 

* Extrait repris par Sylvain Piron « Ecole des hautes études en sciences sociales) sur le blog « Evaluation de la recherche en sciences humaines et sociales » en 2010 (http://evaluation.hypotheses.org/940).

Aurélie Haroche

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