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Thérapies complémentaires : pas de rejet, mais un appel à la prudence de la part de l’Académie de médecine

Publié le 07/03/2013 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le jeudi 7 mars 2013 – A l’exception de plusieurs communiqués et mises en garde concernant l’essor non contrôlé de la pratique de l’ostéopathie en France, l’Académie de médecine s’est toujours refusée de se pencher sur les « médecines complémentaires ». Cette réticence repose sur de nombreuses raisons : absence de validation scientifique de ces techniques et multiplicité de ces dernières qui en font une « nébuleuse difficile à analyser et sujette à trop de dérives » en sont les principales. Néanmoins, le choix de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) de reconnaître « officiellement » la place de cinq pratiques (acupuncture, ostéopathie, chiropraxie, hypnose et tai-chi) en les intégrant dans son plan stratégique pour les quatre années à venir a fini de convaincre l’Académie de la nécessité de s’intéresser de plus près au moins à ces cinq « disciplines ». « La reconnaissance des médecines complémentaires par l’AP-HP (…) a fortement étonné les académiciens pour qui la pratique de la médecine en France doit reposer sur des faits établis selon des méthodes scientifiques » écrivent en effet, en introduction, les auteurs d’un rapport qui vient d’être publié. Parallèlement à cette prise de position inédite de l’AP-HP, l’appel récent du Centre d’analyse stratégique (CAS) à la constitution d’un « label » visant les médecines complémentaires et la multiplication des études sur le sujet semblaient inviter plus que jamais les sages à se pencher sur leur sort.

Renonçant au terme de « patamédecine », les Académiciens optent pour celui, plus sage, de thérapie complémentaire

Le fruit de ces réflexions se veut un « travail en profondeur destiné à donner une définition claire de chacune des thérapies analysées, sur la base d’une évaluation objective des résultats disponibles », entreprise que l’Académie indique avoir été « longue et difficile ». Avant ce passage en revue, les sages, conduits par Daniel Bontoux se prêtent à une petite mise au point terminologique en précisant qu’à leur sens, de tous les termes employés pour évoquer ces pratiques, celui de « thérapie complémentaire nous semble meilleur car il évite l’appellation tout à fait injustifiée de « médecines » et implique que ces pratiques ne sont que de possibles compléments ».

Des Académiciens hypnotisés

Cette précision établie, l’Académie de médecine a passé en revue les différentes études menées sur les thérapies complémentaires « reconnues » par l’AP-HP. C’est à propos de l’hypnose qu’elle se montre la moins réservée notant que « les indications les plus intéressantes semblent être la douleur liée aux gestes invasifs chez l’enfant et l’adolescent et les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses, mais il est possible que de nouveaux essais viennent démontrer l’utilité de l’hypnose dans d’autres indications ». Les sages notent encore qu’elle est de toutes les thérapies étudiées celle qui se « distingue » le plus de l’effet placebo, sans s’en écarter complètement.

Manipulations cervicales par l’ostéopathie ou la chiropraxie : vigilance de mise

Concernant l’acupuncture, l’Académie note que « l’état actuel des connaissances » suggère qu’elle « peut apporter un bénéfice » à de nombreux patients souffrant de troubles divers allant de la lombalgie aux migraines en passant par les douleurs des lombes des femmes enceintes ou les nausées des chimiothérapies. Plus de sévérité est observée à l’endroit des thérapies complémentaires manuelles (ostéopathie et chiropraxie) qui, si elles ne semblent pas sans effets (elles « peuvent se montrer modérément efficaces » sur les lombalgies, cervicalgies ou céphalées), induisent en ce qui concerne les manipulations cervicales des complications « rares, mais graves ». Qu’il s’agisse de l’acupuncture, de l’ostéopathie et la chiropraxie, l’Académie note en outre que leur « assimilation (…) à un placebo ne les disqualifie pas, mais leur confère au contraire (…) les données scientifiques qui leur faisaient jusqu’à présent défaut, et laisse entrevoir un moyen objectif d’apprécier leur action ». Ce passage en revue s’achève sur le Tai chi et le Qigong au sujet desquels les réserves de l’Académie s’expriment le plus franchement. « De nouveaux travaux sont nécessaires pour juger leur valeur par rapport aux méthodes conventionnelles d’entretien physique et on ne peut dire aujourd’hui si la faveur dont ils jouissent est autre chose qu’un effet de mode ».

Un complément éventuel pas un substitutif

De ces différentes constatations, l’Académie tire plusieurs recommandations. D’une manière générale, elle répète que « Ces pratiques doivent rester à leur juste place : celle de méthodes adjuvantes pouvant compléter les moyens de la médecine ». Il faut donc absolument éviter qu’elles soient « choisies par le patient comme une solution de premier recours, ni comme une solution de remplacement qui exposerait à des erreurs ou retards de diagnostic et à des pertes de chance ». Il convient notamment « de ne pas y recourir lorsque la présentation clinique est inhabituelle ».

A l’hôpital, les thérapies complémentaires doivent rester à leur juste place

A propos de leur « introduction » dans les centres hospitaliers, les sages rejoignent globalement les conclusions d’un rapport établi sur le sujet par l’AP-HP au printemps 2012. Ils insistent ainsi pour que leur « mise en œuvre » soit confiée à des professionnels de santé et que ces thérapies complémentaires soient d’abord réservées aux patients hospitalisés ou l’ayant été. A contrario, ils s’opposent à l’idée « d’affecter une structure autonome à une de ces pratiques ou à plusieurs regroupées », tandis que le rapport de l’AP-HP estimait qu’une « structure de soins dédiée aux médecines complémentaires peut être envisagée au sein de chaque groupement hospitalier ». Enfin, l’Académie estime que le recours aux thérapies complémentaires au sein des établissements se justifie au titre qu’elles deviennent alors des objets de recherche et d’évaluation.

Non à un label !

Les recommandations de l’Académie s’adressent pour finir aux autorités de santé auxquelles elle suggère de mettre en place une « base indépendante et actualisée d’information du public sur les thérapies complémentaires ». Elle appelle par ailleurs la Haute autorité de santé (HAS) à « veiller aux bonnes pratiques et à l’actualisation des contre-indications des thérapies complémentaires ». Enfin, elle s’oppose strictement à la création d’un « label » ou d’un statut de « praticien de thérapie complémentaire » qu’interdit « l’hétérogénéité de ces techniques ».



Aurélie Haroche



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