Faut-il interdire aux parlementaires d’être médecin ou pharmacien ?

Paris, le mardi 9 avril 2013 – Il n’est pas rare qu’au détour de l’examen parlementaire d’un projet ou d’une proposition de loi, un député vienne rappeler à la tribune sa profession de médecin ou de pharmacien, afin d’éclairer de son expérience spécifique certains sujets. Cette profession peut même représenter un argument supplémentaire pour défendre un texte en particulier : la réception de la proposition de loi du professeur Jean Leonetti sur l’accompagnement de la fin de vie aurait peut-être été différente si le député n’avait pas également porté une blouse blanche.

« Un critère de présentation de soi essentiel »

Les médecins comptent aujourd’hui parmi les professions les plus représentées au Parlement, ils sont vingt-quatre à siéger sur les bans du Palais Bourbon et quatorze au Palais du Luxembourg. On compte par ailleurs quatre députés et trois sénateurs pharmaciens et deux députés et un sénateur chirurgien. Cette question de la profession exercée par les candidats à la députation n’est nullement anodine. Une enquête menée par des chercheurs en Sciences politiques du CNRS en 2007 avait bien confirmé : « La question de l’activité constitue un enjeu central pour les députés. L’appartenance professionnelle est un critère de présentation de soi essentiel, surtout lorsque l’on prétend aux suffrages des électeurs », analysaient-ils. Le commentaire semblait particulièrement bien s’appliquer aux médecins, pharmaciens ou chirurgiens qui peuvent faire état de leur profession comme un gage de respectabilité et de responsabilité. Il s’agit également de disciplines qui leur offrent une bonne connaissance de la diversité de la population et de ses attentes.

Rien de mieux pour garder le contact avec les Français que de les soigner

Cependant, dans les faits, les parlementaires abandonnent souvent leur blouse blanche en s’asseyant sur les bans de l’hémicycle. S’il est difficile de déterminer combien de praticiens ou de pharmaciens continuent à exercer (en l’absence d’obligation pour les élus de mentionner de telles pratiques), plusieurs parlementaires ont déclaré publiquement avoir conservé une vacation, voire plus. On sait par exemple que le chirurgien Bernard Debré (UMP) continue à opérer, de même que le député PS Catherine Génisson avait déclaré il y a quelques années avoir conservé « trois ou quatre gardes par mois d’anesthésiste réanimateur au Samu de l’hôpital d’Arras, pour ne pas oublier la réalité du quotidien des Français ». Certains évoquent également leur souci de ne « pas perdre la main ». « Si j’arrête d’opérer, je suis mort professionnellement » observait ainsi Olivier Jardé (Nouveau Centre non réélu en 2012). Nécessité de s’assurer une survie professionnelle en cas de revers politique (les professionnels de santé étant nettement bien assurés que les fonctionnaires de retrouver leur poste après leur mandat), volonté de poursuivre une activité qui est souvent une vocation: les raisons qui poussent les députés à cumuler les casquettes d’élus et de professionnels de santé sont multiples.

Transparence

Parmi ces raisons, la question financière n’est peut-être pas la première mais n’est sans doute pas négligeable. C’est en tout cas à travers cet unique prisme que l’on analyse aujourd’hui le cas d’école Jérôme Cahuzac. L’ancien ministre du Budget a en effet cumulé ses émoluments de député avec ses honoraires de chirurgien esthétique. Un double statut qui n’a rien d’illégal (et qui ne semble pas en cause dans l'évasion fiscale qu'il a avoué) mais qui dans le climat actuel de dénonciation systématique de ses agissements est fortement critiqué. Cette situation a même inspiré au sénateur socialiste Didier Guillaume une tribune sur Public Sénat afin d’inciter les pouvoirs publics à interdire aux parlementaires d’exercer leur profession pendant leur mandat. Il s’agirait ainsi selon lui de faire œuvre de transparence et d’encourager les parlementaires à s’engager pleinement dans la vie de l’Assemblée ou du Sénat.

L’idée semble séduire le gouvernement mais déplaît fortement à nombre de députés et de sénateurs. Beaucoup regrettent ce cloisonnement qui pourrait se créer entre vie politique et vie réelle. Ils redoutent également de faire de la représentation nationale la chasse gardée des fonctionnaires en écartant du parlement les professions libérales et les chefs d'entreprise. Et cette question pourrait dépasser les clivages politiques traditionnels.

 

Illustration : Jean-Paul Marat (1743-1793), médecin et député.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Proposition contraire

    Le 11 avril 2013

    Ne faut-il pas plutôt exiger que toutes les professions soient représentées (y compris les ouvriers de Florange) avec maintien d'un temps partiel "obligatoire" à déterminer pour ne pas être coupé des gens qu'ils représentent et organiser un temps politique effectif pour tous.

    Annie Lobreau

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