Arafat : les experts Français contredisent la thèse de l’empoisonnement défendue par les Suisses

Paris, le mercredi 4 décembre 2013 – Ils sont les derniers à parler, mais cette position conclusive est loin de signer le dénouement de l’affaire. Leurs résultats, bien sûr étaient très attendus : non seulement parce que les deux autres équipes ont déjà rendu leur rapport, mais aussi parce qu’ils sont issus du pays où est mort Yasser Arafat, le 11 novembre 2004. Hier, quelques semaines après les Russes et les Suisses, les experts Français mandatés par la justice en vue d’élucider les causes de la mort du leader palestinien ont fait état de leurs conclusions. Des conclusions qui par leur divergence nette avec les analyses suisses ne peuvent que relancer les polémiques et les interrogations.

Le polonium : l’hypothèse la plus cohérente selon les Suisses

Après la plainte déposée contre X pour assassinat à Nanterre par la veuve de Yasser Arafat, Souha Arafat en 2012, les juges d’instruction en charge de l’affaire ont ordonné l’exhumation du corps du dirigeant palestinien, afin de procéder à divers prélèvements. Les soixante échantillons ainsi recueillis ont été divisés et confiés à trois équipes, avec charge pour ces dernières de mener de façon indépendante leur expertise afin notamment d’infirmer ou de confirmer la thèse d’un empoisonnement au polonium soutenu par l’entourage d’Arafat sur la foi d’analyses conduites en Suisse sur des objets lui ayant appartenus.

Les premiers à se prononcer à la mi-octobre ont été les Russes. Pour eux, la thèse d’un assassinat par du polonium ne paraissait pas devoir être fondée pour l’unique raison qu’ils n’ont pas trouvé la trace de l’élément radioactif dans les tissus recueillis.

Les Suisses ont rapidement présenté à leur tour leurs conclusions, totalement différentes, puisqu’à leur sens les teneurs en polonium retrouvées sont parfaitement suffisantes pour avoir causé la mort du leader palestinien. Sans être parfaitement catégorique sur le lien entre le poison et le décès, ils n’hésitaient pourtant pas à se prononcer assez clairement en faveur de cette thèse. Le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), Patrice Mangin indiquait ainsi que l’on pouvait « raisonnablement » supposer que la mort avait été « la conséquence d’un empoisonnement au polonium-210 » et jugé cette hypothèse comme la « plus cohérente » au vu des résultats obtenus. Restait donc à savoir dans quelle direction les Français penchaient. Hier, des sources proches du dossier ont révélé que leur rapport invalidait la thèse de l’empoisonnement et évoquait bien plus certainement pour une « mort naturelle », une expression pour le moins imprécise. On en restera là pour le détail : les analyses ne seront pas rendues publiques.

Un mystère difficile à élucider

La différence des trois expertises ne peut que surprendre. Il paraît impossible que la division des échantillons en trois parties n’ait laissé qu’aux seuls Suisses des prélèvements contaminés par du polonium, quand les deux autres équipes auraient reçu des tissus parfaitement indemnes du poison. Les extrapolations sont par ailleurs difficiles à construire en l’absence de précisions sur leurs résultats : s’agit-il de différences d’interprétation sur la létalité des doses retrouvées ou comme le suggère ce que l’on sait du rapport Russe une différence quant à la détection du polonium. Il faudrait en tout état de cause pouvoir mieux connaître les techniques employées : les équipes Suisses qui par deux fois ont affirmé avoir retrouvé du polonium utilisent-elles des moyens de détection différents, plus précis ? Pourquoi est-ce de Suisse que le doute vient ? La recherche du polonium a-t-elle seulement été réalisée par les experts Français et Russes ? La répétition des résultats helvètes semble par ailleurs écarter la thèse d’une contamination extérieure, en laboratoire par exemple. Aussi, compte tenu de la personnalité du sujet et face aux nombreuses zones d’ombre qui persistent on ne peut écarter une influence diplomatique sur la teneur des résultats. D’ailleurs, quelques temps après la mort de Yasser Arafat, une source haut-placée des services de renseignements assurait au Figaro : « Les Français savent, mais ils ne diront rien». Quoi qu’il en soit, la veuve de Yasser Arafat s’est hier déclarée « bouleversée » par le caractère contradictoire des analyses et souhaite qu’une contre-expertise soit menée. «Il faut que les experts arrivent à nous donner une conclusion homogène » a confirmé son avocat, Pierre-Olivier Sur.

Aurélie Haroche

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