Andreas Lubitz aurait été traité par un neuroleptique atypique

Berlin, le lundi 30 mars 2015 – Les révélations ont continué à se multiplier sur Andreas Lubitz, responsable du crash de l’A320 de Germanwings mardi dernier. De nombreux journaux ont notamment souhaité en connaître plus sur le traitement que suivait le copilote. Selon le Parisien ce matin et plusieurs journaux allemands, Andreas Lubitz s’était vu prescrire de un antipsychotique atypique l'olanzapine (Zyprexa) et un antidépresseur l’agomélatine (Valdoxan). Aujourd’hui, les psychiatres observent que sans aucun doute un tel traitement est totalement incompatible avec le pilotage d’un avion (ces deux médicaments font d’ailleurs l’objet d’une contre-indication en ce qui concerne la conduite automobile). Par ailleurs, la prescription d' olanzapine (qui est indiquée dans le traitement de la schizophrénie, de certains épisodes maniaques et parfois en prévention des récidives d'épisode maniaque) confirme que le diagnostic porté par les prescripteurs n'était pas celui de simple dépression comme la presse le laissait entendre en fin de semaine.

Le secret médical en débat

Il ne fait aucun doute que la révélation des noms des médicaments qui constituaient le traitement (depuis combien de temps ?) d’Andreas Lubitz relancera en Allemagne et ailleurs le débat autour de la question de la levée du secret médical. Ces derniers jours en effet, beaucoup se sont exprimés outre-Rhin mais aussi en Suisse et en France pour que soient précisés les cas dans lesquels un médecin sera autorisé (et même "contraint") de signaler l’état de santé de son patient soit à la médecine du travail, soit directement à son employeur. En Suisse, certains établissent un parallèle avec les obligations qui existent déjà dans le cas des patients conducteurs devant faire l’objet de contrôles spécifiques pour pouvoir continuer à être autorisés à conduire une voiture.

Détection systématique des psychotropes ?

Au-delà des discussions sur la levée du secret médical, la mise en évidence d’un traitement lourd (et donc d'un diagnostic), incompatible avec la pratique du pilotage délivré à Andreas Lubitz, sera l’occasion encore une fois de s’interroger sur les limites, voire les failles du suivi des pilotes. Ces derniers sont on le sait soumis tous les six mois (en dehors des contrôles inopinés) à un dépistage de leur consommation de drogue et d’alcool. Dans quelle mesure ne serait-il pas opportun d’inclure des médicaments psychotropes dans cette liste ? Pour certains spécialistes, il ne faut cependant pas se leurrer quant à l’efficacité absolue d’une telle mesure. « Il est impossible de détecter l’ensemble des psychotropes pris par les pilotes par des examens biologiques sanguins ou urinaires » remarque ainsi dans le Parisien, le docteur Jean-François Paris, qui dirige le centre d’expertise médical d’Air France du personnel navigant.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (9)

  • Haro sur le baudet !

    Le 30 mars 2015

    Pour ceux qui ont côtoyé les schizophrènes il faut admettre qu'ils sont imprévisibles de par la faculté qu'ils ont, non de manipuler mais surtout à masquer hors la période critique. Tout ce tintamarre autour de ce drame me rend dubitatif, circonspect. Cela se vend bien et cela fait de l'audimat au travers d'un voyeurisme qui me déplait.
    Concernant le Valdoxan, il est en surveillance renforcée chez nous depuis juin 2013 en particulier pour les idées suicidaires.
    Le Zyprexa, peut donner des hallucinations et des épisodes d'angoisse fréquents voir un accès délirant.
    (sources Thériaque.org)
    Un cocktail dément donc ! As-t-il réussi à cacher le fait de sa reprise de travail? Pourquoi pas!
    Dans l'état actuel de l'enquête je ne me prononcerai pas.
    Il ne faudrait pas qu'une mauvaise campagne médiatique crie à nouveau haro sur le baudet!

    Rodolphe Bochew

  • Dépressif ?

    Le 31 mars 2015

    Dès que la notion d'un syndrome dépressif, ayant motivé un arrêt d'activité, durant un an, à l'âge de 21 ans a été connue, le diagnostic de schizophrénie aurait dû être évoqué!
    Je ne comprends donc pas qu'il ait pu obtenir sa licence de pilote!
    Il faut sans doute remettre en question, au delà du respect du secret professionnel, le dogme selon lequel, chez de jeunes adultes on ne pose pas d'emblée le diagnostic de schizophrénie, car il est stigmatisant car il n'y a pas véritablement de thérapeutique efficace!

    Dr Georges Jeanne

  • Critique facile et analyse rapide

    Le 31 mars 2015

    Tout le monde ici se jette sur le diagnostic de schizophrénie mais il est tout a fait possible qu'il souffrait en fait de troubles bi-polaires (très souvent traité par antipsychotiques dans les cas graves), malades chez lesquels les suicides sont 4 fois plus fréquents et tout à fait imprévisibles du fait des variations épisodiques de l'humeur (bien que l'absence de lithium soit en défaveur même si personne n'a ses antécédents ni d'éventuelles contre indications qui sont légions : troubles thyroïdien, cardiaques, rénaux voire hépatiques...). Encore une fois il serait bon d’arrêter de stigmatiser la population psychiatrique pour quelques exemples douteux, ou alors retour au 15e siècle et tout le monde à l'hospice : les malades psy, les prostitués, les lépreux etc etc... Oui, il n'aurait pas dû piloter des avions, mais combien de conducteurs ivres mort sur les routes, tuant au passage 5 personnes, n'aurait pas du prendre le volant avec 2g ? Se pose t-on la question des antécédents psy de chaque conducteur à chaque accident ? Inutile de rappeler le nombre de morts sur les routes chaque année...

    P.M

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