Dans l’insuffisance rénale (aussi), la qualité de la prise en charge est liée au niveau social et d’études des patients !

Paris, le jeudi 9 juin 2016 – Œuvrant depuis plusieurs années pour une plus large médiatisation des maladies rénales, l’association de patients Renaloo a contribué à la réalisation d’une étude sur l’influence des inégalités sociales dans l’accès à la greffe des patients atteints d’insuffisance rénale, qui vient d’être publiée dans la revue Population de l’Institut national d’étude démographique (INED). Signée par le sociologue (et vice président de Renaloo), Christian Baudelot, l’enquête s’appuie notamment sur les résultats des Etats généraux du rein conduits en 2012 et sur l’étude Quavi rein réalisée en 2011 par l’Agence de biomédecine. Les données concernant 11 400 patients en dialyse ou transplantés ont ainsi pu être analysées.

Des raisons médicales et physiologiques

La conclusion globale de cette enquête est presque sans surprise : « quels que soient la tranche d’âge et le sexe, les patients diplômés ont plus souvent accès à la greffe que les autres », résume pour le site Pourquoi Docteur Christian Baudelot. De très nombreux facteurs expliquent cet état de fait. D’abord, des raisons médicales. Le diabète et l’obésité qui frappent plus fortement les populations les plus pauvres et les moins diplômées, qui favorisent significativement l’insuffisance rénale, sont des obstacles médicaux à la greffe. L’attente plus longue constatée chez certains des patients les plus pauvres s’explique également en partie par des considérations physiologiques. Le groupe sanguin B, qui ne représente que 9 % de la population française, est ainsi également plus fréquent dans les « populations originaires de certaines zones d’Afrique », dont on peut supposer qu’elles connaissent un niveau d’éducation en moyenne plus faible.

Des greffes plus facilement proposées aux plus diplômés ? Aux Etats-Unis, c’est sûr, en France peut-être…

Le sociologue rappelle également un phénomène largement décrit : les populations bénéficiant d’un niveau d’enseignement élevé sont plus attentives que les autres à certains « signes avant-coureurs » et plus à même de s’orienter dans le système de santé. Ces éléments ne peuvent que favoriser l’inscription sur la liste d’attente à une greffe, en raison d’une détection plus précoce de la pathologie et aussi d’une faculté de persuasion plus forte, d’autant plus dans un système français où la dialyse pourrait être préférée à la greffe. Christian Baudelot évoque également le possible choix des praticiens de privilégier l’inscription de patients dont ils estiment qu’ils seront plus à même de gérer l’après greffe et notamment la prise du traitement immunosuppresseur. Cette tendance a été observée et quantifiée aux Etats-Unis. « D’après une enquête réalisée auprès de néphrologues, les trois raisons les plus fréquemment invoquées pour exclure certains patients de la liste d’attente sont un soutien inadéquat de la part des proches (70 % des répondants), une compréhension insuffisante du processus de transplantation due à un faible niveau d’instruction (56 %) et un âge supérieur à 65 ans (53 %). En France, les données relatives à l’usage effectif de ces dérogations ne sont pas rendues publiques à ce jour » note Christian Baudelot. « Les patients les plus démunis et les moins diplômés sont les victimes d’une dynamique cumulative » synthétise le sociologue.

Sortir des ornières

Cette situation n’est nullement une exception française et encore moins une spécificité des maladies rénales. La très grande majorité des maladies chroniques n’échappe pas aux mécanismes décrits ici : une détection plus tardive chez les patients les moins diplômés qui rend plus difficile la mise en œuvre de traitements efficaces, un suivi des thérapies moins aisé, une connaissance du système de santé moins efficace…

La réponse à cette situation généralisée ne doit cependant pas être fataliste. « Diverses mesures pourraient être prises afin d’atténuer ces inégalités sociales » affirme Christian Baudelot. D’abord, il faut sortir du discours trop prégnant en France qui veut croire que notre système exclut toute inégalité de ce type. « Des actions correctrices peuvent aussi être envisagées, en particulier le développement de la greffe à partir d’un donneur vivant qui permet de pallier la pénurie de greffons provenant de donneurs décédés » plaide encore le sociologue, reprenant un thème cher à Renaloo. Il insiste de même sur le fait que la greffe rénale devrait s’imposer comme le traitement d’emblée de l’insuffisance rénale chronique (IRC), comme le prône depuis plusieurs années la Haute autorité de Santé, ce qui est cependant loin d’être le cas, à la différence ici de nombreux autres pays, probablement en partie en raison d’un système qui favorise financièrement l’activité de dialyse.

http://www.ined.fr/fichier/rte/General/Publications/Population/2016/04-Pop_2016_BaudelotEtAl_23-52.pdf

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Une comparaison qui manque de sens

    Le 14 juin 2016

    Ça n'a pas de sens, et c'est même une tromperie, de comparer statistiquement des populations aux caractéristiques différentes. En statistique, on tire au sort, justement pour éviter de comparer deux populations dissemblables.
    Or les dialysés diplômés et les dialysés non diplômés sont deux populations dissemblables : elles n'ont pas les mêmes maladies sources d'insuffisance rénale. Elles n'arrivent pas en dialyse au même âge. Elles n'ont pas la même observance thérapeutique. Etc.

    Dr Etienne Robin, néphrologue

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