Dépistage du cancer du sein : MyPeBS une fausse bonne étude ?

Paris, le mardi 20 novembre – En décembre sera lancé le programme MyPeBS (pour Personalising Breast Screening) dont l’objectif est de repenser le dépistage du cancer du sein, en renforçant sa personnalisation. Cette étude doit inclure 80 000 femmes volontaires âgées de 40 à 70 ans (30 000 en Italie, 20 000 en France, 15 000 en Israël, 10 000 en Belgique et 10 000 au Royaume-Uni). Pour chaque participante, le niveau de risque de cancer du sein sera évalué en tenant compte de leur âge, leurs antécédents familiaux, la densité du sein et un test salivaire. Cet échantillon de salive permettra « une étude de polymorphismes » a précisé Suzette Delalogue coordinatrice de l’étude et oncologue au centre régional de lutte contre le cancer Gustave Roussy. A partir des différents résultats obtenus, les participantes seront classées en fonction de quatre niveaux de risque : bas, moyen, haut et très haut (équivalent au fait d’être porteuse d’une mutation BRCA-1). Pour un risque bas, sera recommandée une mammographie tous les quatre ans, pour les risques moyens, une mammographie tous les deux ans, pour les risques élevés un examen par an et pour les risques très élevés une mammographie et une IRM chaque année. L’étude doit permettre de valider la méthodologie et la faisabilité d’un dépistage ainsi personnalisé.

Si le protocole de cette étude semble répondre à certaines des critiques formulées contre le dépistage systématique du cancer du sein tel qu’il est organisé aujourd’hui, certains se montrent néanmoins circonspects. Ainsi, l’association Cancer rose, qui à travers plusieurs publications sur son site a signalé les limites du dépistage systématique du cancer du sein, si elle reconnaît l’intérêt de mettre en place un dépistage adapté aux « facteurs de risque de chaque femme », regrette certaines des méthodes de l’étude.

Consentement éclairé

Elle déplore ainsi que « les nouvelles modalités de dépistage [soient] comparées au dépistage organisé en vigueur dans chaque pays. Pourtant de nombreux scientifiques s’interrogent sur l’efficacité et l’utilité du dépistage (…). En l’absence de groupe de comparaison "sans dépistage", l’étude MyPeBS ne pourra pas répondre à la question : faut-il abandonner le dépistage organisé ou le maintenir en l'état actuel ou le faire évoluer vers un dépistage adapté au risque ? », juge l’organisation.

Par ailleurs, le collectif Cancer Rose, qui a fait de la diffusion d’une information éclairée aux patientes une de ses priorités, juge « trompeuse » la brochure distribuée aux participantes de l’étude. Elle présenterait aux femmes des chiffres exagérément optimistes sur l’efficacité du dépistage. Cette brochure est donc jugée contraire au principe du consentement éclairé par Cancer Rose, qui conclut : « il est extrêmement regrettable que plusieurs dizaines de milliers de femmes soient recrutées pour une étude dont les résultats ne permettront pas de faire des choix adaptés, et dont l’éthique même est extrêmement discutable ».

F.H.

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Vos réactions (3)

  • MyPeBS : 25% égale zéro !

    Le 24 novembre 2018

    Le protocole de l'étude MyPeBS dissimule une surprise. Le critère principal de l'essai est la "non infériorité" du dépistage individualisé par rapport au dépistage habituel, pour les cancers dits avancés (stade 2 ou plus) au risque 25%. Autrement dit, si dans le groupe "dépistage individualisé", il apparait 24% de cancers graves en PLUS, par rapport au "dépistage habituel", les promoteurs de l'étude pourront dire que les deux types de dépistage sont "aussi efficaces". On ne peut que s'interroger sur une telle étude !

    Dr Jean Doubovetzky

  • 10 % de faux positifs

    Le 25 novembre 2018

    Bonjour, on peut chiffrer cette fausse bonne idée : Sur 7295 personnes dépistées, les scanners thoraciques ont révélé un ou plusieurs nouveaux nodules suspects chez 787 sujets (10,8%) dont les biopsies ont révélé un cancer chez 49 d’entre eux (0,7%) ce qui laisse 738 personnes faux positifs soit 10% des personnes dépistées, c'est énorme. Chiffres issus de
    https://www.thelancet.com/journals/lanonc/article/PIIS1470-2045(16)30069-9/fulltext

    Dr Jacques Beau

  • Intention louable mais comment fait-on ?

    Le 25 novembre 2018

    Essayer de resserrer le dépistage systématique en sélectionnant les populations les plus à risque est une bonne démarche pour le corriger car il coûte très cher et consomme des deniers qu'on pourrait attribuer à d'autres dépistages plus efficaces (colon, col utérin... poumon par exemple). Reste à connaître la démarche de cette étude puisque son impact, en l'état, sur la survie est très faible. Diminution du nombre de faux positifs ou faux négatifs ? Puisque la comparaison se fera par rapport à ce qu'on fait actuellement.

    Dr Claude Krzisch

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