Déserts médicaux : des élus appellent à débloquer la télémédecine !

Paris, le lundi 6 mai 2019 – La désertification médicale ne semble aujourd’hui plus seulement un problème de disparités géographiques. Toute la France, en ville, comme à la campagne peut en effet en effet être touchée. Selon les critères établis par le ministère de la Santé lui-même, on peut en effet considérer que la densité en médecin généraliste est insuffisante dans 11 329 communes en France, soit une sur trois.

Fin du numerus clausus

Si ce diagnostic pourrait être discuté (est-il toujours pertinent de penser en terme de « communes » plutôt qu’en « bassin de population » par exemple ?), les causes de ce phénomène qui s’étend sont bien connues. Elles concernent la démographie médicale : trop peu de médecins ont été formés ces dernières années et le sont encore actuellement, ne permettant notamment pas d’assurer le remplacement de praticiens vieillissants (les départs à la retraite ont été multipliés par six en dix ans et devraient concerner 7 000 généralistes et spécialistes en 2024).

Face à cette situation, le gouvernement a choisi de renoncer au numerus clausus, mesure préconisée de longue date par de nombreux observateurs (même si demeure l’épineuse question du mode de sélection des futurs étudiants en médecine). Cette décision qui est globalement considérée comme positive devrait contribuer à faire progresser de 30 % le nombre de nouveaux médecins formés ; mais ses effets ne se feront sentir que dans une dizaine d’années. Or, l’urgence apparaît dès aujourd’hui.

Très loin de l'objectif affiché

C’est le sens d’une tribune signée dans le Journal du Dimanche par 35 députés, 60 sénateurs et 23 élus locaux de différents horizons politiques, mais pour la plupart membres de la République en marche (LREM) ou proches du gouvernement. Alors qu’Agnès Buzyn leur répond dans le Journal du Dimanche qu’il n’est pas nécessaire de tirer la sonnette d’alarme puisqu’elle a elle-même déjà pris la mesure de la gravité de la situation, les auteurs de la tribune s’inquiètent de la faible efficacité des dispositifs déployés. Les élus se concentrent notamment sur la télémédecine. A leurs yeux, même si elle n’est pas la panacée pour répondre complètement à la problématique de la désertification médicale (un point de vue partagé par beaucoup), elle constitue néanmoins un outil intéressant et important. Or, si la conclusion d’un accord entre l’Assurance maladie et les syndicats permettant le remboursement des actes de téléconsultation fut un signal très positif, les élus signalent des blocages administratifs difficilement compréhensibles qui grèvent le système. Difficile en effet, même si Agnès Buzyn y parvient, de se réjouir que seuls 11 500 téléconsultations aient été remboursées depuis l’entrée en vigueur de la prise en charge en octobre. « L’objectif des 500 000 initialement prévus pour 2019 semble donc inatteignable. Sur les territoires, la téléconsultation est encore loin d’être une réalité, et ce alors même qu’elle constitue un pilier de la stratégie française d’accès aux soins » écrivent les élus. Ces derniers déplorent encore : « Alors que l’impulsion politique et transpartisane existe, certaines décisions des parlementaires sont aujourd’hui limitées dans leur mise en œuvre concrète.
Concernant le remboursement de la téléconsultation, force est de constater que des blocages administratifs limitent la portée de ce remboursement qui n’est aujourd’hui pas à la hauteur des objectifs fixés. Par exemple, pourquoi l’assurance maladie souhaite-t-elle limiter la téléconsultation aux médecins proches du patient, alors même que son remboursement a été voté pour venir en aide aux patients qui n’ont précisément pas accès aux soins près de chez eux ? Dans la mise en œuvre des décisions, c’est une exigence de pragmatisme et d’efficacité qui doit nous guider » insistent encore les auteurs de la tribune. Ils espèrent que cette orientation guidera les prochaines discussions autour du projet de loi de santé, dont beaucoup redoutent qu’il ne soit qu’une nouvelle pièce de l’engrenage technocratique qui tout en portant des initiatives positives peine à les transformer sur le terrain.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • La télémédecine pour les habitants des déserts médicaux ?

    Le 07 mai 2019

    On n’a pas assez de médecins. Mais, au moins, à l’Ordre, on a des idées (Paris, le mardi 21 février 2017) depuis 15 mois on en voit les résultats.

    La désertification médicale figure parmi les sujets qui font naître chez les candidats à l’élection présidentielle des positions tranchées.

    En effet, certains impétrants n’hésitent plus désormais à franchir le pas sinon de la coercition tout au moins de la franche désincitation, en préconisant tel Benoît Hamon le non conventionnement des nouveaux installés dans les zones déjà sur dotées.

    L’ensemble des représentants des médecins libéraux est opposé à de telles mesures et au-delà aux dispositifs contraignants.

    Cependant, pour l’heure, les incitations financières, qui constituent une véritable jungle difficilement lisible, n’ont pas permis d’obtenir les résultats espérés.

    Aussi, plutôt que de se concentrer sur elles, l’Ordre des médecins invite dans un rapport rendu public hier à se pencher sur les multiples initiatives qui fonctionnent.

    Une coopération élargie essentielle

    Le Docteur François Arnault a colligé à la demande de l’instance ordinale les initiatives existantes offrant une véritable réponse aux problèmes de démographie médicale.

    L’objectif est d’identifier les méthodes les « plus originales et pertinentes, reproductibles et n’engendrant pas de coûts supplémentaires importants ».

    Le passage en revue de ces différentes stratégies permet tout d’abord à l’Ordre de tirer un enseignement majeur : point de salut sans des partenariats solides.

    « Il apparaît comme un fait d'évidence que la réussite de ces initiatives, tant dans les résultats que dans l’amélioration de la démographie locale passe, le plus souvent, par une coopération effective et constante de l’ensemble des partenaires : l’Etat, par l’intermédiaire des Agences régionales de Santé (ARS) et quelquefois des préfets, les collectivités territoriales, communes, conseils départementaux et conseils régionaux, les URPS et l’Université avec le rôle prépondérant, primordial que doivent jouer les facultés de médecine ».

    Alors vous voyez que cela marche ! Solution partielle ? La télémédecine ?

    Dr JD

  • Telémedecine, une réponse partielle ?

    Le 07 mai 2019

    Partielle, parce que ça permet une rencontre malade medecin en supprimant le problème de la distance, mais le medecin qui est devant un écran n'est plus disponible pour un autre patient de son quartier. Donc, ça ne fabrique pas plus de disponibilité pendant les 35 h.

    Maignan Pharmacien

  • Accord avc J Marty

    Le 12 mai 2019

    Jérôme Marty a récemment parfaitement résumé la situation. Rendez le métier de nouveau attractif et vous aurez des installations ! mais quand "on" traite les médecins d'enfants gâtés ! que voulez vous y faire !

    Dr Françoise Sanquer

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