IVG médicamenteuse : un acte loin d’être anodin

Paris, le lundi 21 novembre 2016 – Toute nouvelle réglementation autour de l’IVG appelle la même injonction : éviter de banaliser un acte loin d’être anodin. Qu’ils soient ou non favorables à la liberté de l’avortement, les professionnels de santé sont souvent les premiers à marteler ce message. Pourtant, parmi les praticiens, certains n’ont-ils pas tendance à "banaliser" l’acte ? L’accompagnement offert aux femmes lors d'une IVG médicamenteuse permet-il toujours de les préparer aux effets secondaires, aux saignements, à la douleur ? Une enquête quantitative/épidémiologique réalisée dans 11 centres auprès de 453 femmes entre octobre 2013 et septembre 2014 et une enquête qualitative dans les centres d’IVG de Nantes, des travaux conduits par le centre Clotilde-Vautier et révélés par la Fondation pour l’avenir  aujourd’hui, permettent d’éclairer ces interrogations.

L’IVG médicamenteuse bien qu’appréciée ne doit pas être systématisée

Ces travaux signalent tout d’abord que les femmes se montrent dans leur grande majorité (92 %) satisfaites de l’accompagnement dont elles ont bénéficié et elles sont presque aussi nombreuses (81 %) à indiquer que si elles devaient de nouveau avorter elles aimeraient pouvoir de nouveau choisir la méthode médicamenteuse. Pourtant, les coordonateurs de l’étude ne se contentent pas de ces résultats plus qu’encourageants. « Les deux enquêtes réalisées tendent à montrer l’importance de l’accompagnement et de l’information des patientes par les proches et le personnel médical avant, pendant et après. La qualité de cet accompagnement a une incidence subjective sur l’appréhension de la douleur » notent ainsi les auteurs de la présentation de l’étude. Par ailleurs, ces spécialistes relèvent qu’en dépit de la bonne acceptation de l’IVG médicamenteuse, celle-ci ne doit pas être imposée, certaines femmes pouvant préférer l’accompagnement médical plus poussé d’une intervention instrumentale. « Il ne faut pas généraliser l’IVG médicamenteuse. Les femmes doivent pouvoir choisir leur méthode d’IVG en fonction de leur vécu, de leur contexte de vie et de ce qu’elles souhaitent. L’IVG est toujours un moment compliqué, dramatique parfois… Il faut donc soutenir des unités d’accueil qui soient bienveillantes autour de la femme qui se retrouve dans cette situation pour l’accompagner au mieux dans cette épreuve », insiste le Docteur Philippe David, gynécologue-obstétricien, chef de service du centre IVG Clotilde Vautier et de la Maison de la naissance à la clinique Jules-Verne de Nantes.

Un protocole médicamenteux à adapter pour atténuer la douleur

Le haut taux de satisfaction des femmes connaît quelques restrictions. La prise en charge de la douleur n’est ainsi pas toujours optimale. Toutes les femmes ressentent des douleurs, bien que leur intensité demeure le plus souvent modérée. C’est le troisième jour que la souffrance est souvent la plus forte : 27 % des participantes signalent pour cette période des douleurs très intenses (évaluées entre 8 et 10 sur une échelle de 1 à 10). Souvent, la douleur nécessite la prise d’antalgiques. Face à cette situation, les spécialistes du centre Clotilde Vautier considèrent que le protocole médicamenteux pourrait être adapté. Philippe David remarque ainsi : « Dans l’étude, nous avons constaté que la moitié des centres donnait 200 mg de mifépristone aux femmes et l’autre moitié prescrivait 600 mg. On a alors observé que pour les femmes qui avaient reçu 600 mg, il y avait un écart significatif à la baisse de la douleur qui fixait ainsi la dose de mifépristone comme importante dans le déclenchement ou non de cette douleur. Cette observation est significative chez les femmes nulligestes avec des antécédents de règles douloureuses ». Ces observations pourraient notamment permettre d’adapter le protocole médicamenteux.

L’indispensable arrêt de travail

L’enquête met également en évidence que certaines femmes se montrent surprises de l’ampleur des saignements : 27 % des femmes les ont même perçus comme inquiétants. Les auteurs de l’étude signalent que ce résultat est peut-être la conséquence d’une trop fréquente présentation de l’avortement comme un acte anodin. D’une manière générale, ils insistent sur la nécessité d’éviter toute banalisation. Enfin, alors qu’au lendemain de l’autorisation donnée aux sages femmes de réaliser des IVG médicamenteuses en ville, une polémique houleuse avait éclaté, autour notamment de la pertinence de l’arrêt de travail, les témoignages recueillis soulignent la difficulté ressentie par de nombreuses femmes de poursuivre leurs activités pendant le processus. « Elles n’ont pu aller travailler ou ont eu de mauvaises expériences pendant leur travail : "L’hémorragie et l’expulsion le deuxième jour, en pleine réunion, a été difficile à gérer"; "j’ai été prise de vertiges accompagnés de suées et de violents maux de ventre. J’étais au travail, au volant. Je me suis arrêtée 15 minutes". Par conséquent, les répondantes ont tendance à conseiller aux futures femmes qui pratiqueront une IVG médicamenteuse de prendre plusieurs jours de repos. "Un arrêt de travail aurait permis de gérer la situation différemment" résument les auteurs de l’étude.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Pas un acte banal

    Le 22 novembre 2016

    Même si une femme ou une jeune fille souhaitent un avortement, elles considèrent malgré tout que ce n'est pas un acte banal et la plupart ont un petit coup de blues pendant plusieurs semaines. Une petite écoute de la part d'amis ou d'un toubib peut les aider à le surmonter.

    Dr Guy Roche


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