La classification internationale des maladies fait peau neuve et suscite des interrogations

Genève, le mardi 28 mai 2019 - Après douze ans de travaux, la onzième classification internationale des maladies (CIM-11 ou ICD-11 en anglais) a été adoptée le 25 mai 2019 par l'assemblée de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Malgré le consensus obtenu à Genève, une partie de cette nosographie suscite encore des débats. Ainsi, si certaines semblent unanimement saluées d’autres innovations sont encore discutées. 

Parmi les nouveautés qui ont fait consensus, on notera le retrait du transsexualisme de la liste des pathologies mentales. Requalifié en « incongruence de l’identité de genre », le transsexualisme a été intégré à un tout nouveau chapitre consacré à la santé sexuelle.

D’autres points n’échappent pas à des discussions quant à la difficulté de définir les troubles abordés. C’est le cas du burn out professionnel qui connaît des descriptions multiples : une récente revue systématique réalisée par une équipe d’Harvard publiée par le JAMA (signalée par le docteur Quentin Durand-Moreau sur Twitter), a ainsi permis de recenser pas moins de 142 définitions différentes. Dans un tel contexte, le choix de l’OMS de s’en tenir aux critères traditionnels de Maaslach sera nécessairement considéré comme discutable.

Jeu vidéo : l’œuf ou la poule ?

Plus controversée encore est l’inclusion de l'addiction aux jeux vidéo à la CIM 11. Elle est définie par « une dépendance » aux jeux « en ligne ou hors ligne » entraînant « un comportement persistant ou récurrent » de « perte de contrôle sur le jeu, de priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu malgré une prise de conscience par le patient des conséquences négatives de sa pratique excessive ». Ce « syndrome » doit « en principe, se manifester clairement sur une période d'au moins 12 mois ».

« La personne joue tellement que d'autres centres d'intérêt et activités sont délaissées, y compris le sommeil et les repas », a expliqué Shekhar Saxena, directeur du département de la Santé mentale et des toxicomanies de l’OMS qui a cependant tenu à nuancer « nous ne disons pas que toute habitude de jouer aux jeux vidéo est pathologique ».

La réponse de l’industrie concernée ne s’est pas fait attendre. Les professionnels du secteur estiment dans un communiqué commun que « la notion de "trouble du jeu vidéo" de l’OMS ne repose sur aucune preuve suffisamment solide justifiant son intégration dans l’un des outils normatifs les plus importants de l’OMS ». Un point de vue partagé par de nombreux scientifiques et spécialistes. Rappelons ainsi, qu’en mars 2018, plusieurs chercheurs de l’Institut Trimbos (Pays-Bas), de l’Institut Johns-Hopkins (États-Unis), des universités d’Oxford, de Stockholm et de Sydney, avaient uni leurs voix pour dénoncer « la base scientifique faible du trouble du jeu vidéo ». Ils expliquaient ainsi que si la pratique intensive du jeu vidéo peut dans certains cas s’accompagner de comportements sociaux dysfonctionnels, rien n’indique que le premier soit la cause du second.

« Une définition d’un comportement d’addiction centrée uniquement sur les jeux vidéo apparaît arbitraire. Il manque une raison convaincante de se focaliser sur le jeu, plutôt que sur la myriade d’autres activités qu’un individu peut pratiquer de manière excessive » faisaient valoir les auteurs.

La médecine traditionnelle fait son entrée

Enfin, autre point qui ne manquera pas d’étonner, voir de soulever l’indignation des "antifakemed" les plus ardents, le CIM 11 comporte désormais un chapitre « d’utilisation facultative » (sic) dédié aux « pathologies définies par la médecine traditionnelle ».

« L’inclusion de ce chapitre permettra, pour la première fois, de dénombrer (…) les médecines traditionnelles, de mesurer leur forme, leur fréquence, leur efficacité, leur sécurité, leur qualité, leurs résultats, leur coût ; et de la comparer à la médecine courante et à la recherche grâce à des termes et à des définitions normalisés aux niveaux national et international » argumente l'OMS.

En somme la CIM-11 a, comme les précédents classements, le défaut d’être un mélange d’évidence based médecine et de consensus politique sanitaire international.

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article