L’Académie de médecine face à la « Lyme mania »

Paris, le mercredi 21 septembre 2016 – La séance hebdomadaire de l’Académie de médecine était entourée hier d’un climat particulier. L’attention était certaine, la tension perceptible. Sur l’initiative du professeur François Bricaire, les sages devaient se pencher sur la maladie de Lyme. Il y a quelques années encore, une telle préoccupation n’aurait guère passionné au-delà de la rue Bonaparte. Mais à la faveur des dénonciations de plusieurs médecins quant à la possible insuffisance du dépistage et aux manquements dans la prise en charge de certains patients, la maladie de Lyme est sortie de l’ombre. Les Académiciens ont pu constater avec une certaine surprise le développement d’une « Lyme mania » qui a conduit un nombre croissant de personnes, face à certains symptômes inexpliqués, à invoquer ce diagnostic. Le professeur Daniel Christmann (Service des maladies infectieuses et tropicales, nouvel hôpital civil de Strasbourg) décrit ainsi une « angoisse ambiante, une crispation actuelle que nous souhaiterions voir s’estomper ».

Ainsi la mission que s’était assignée l’Académie de médecine était entre autres de dépasser les déclarations fantaisistes, surgies dans la presse. C’est face à une salle comble, comptant des invités peu habitués aux conférences feutrées de l’Académie, que les discussions se sont ouvertes.

Un diagnostic généralement facile

Le débat scientifique a bien eu lieu mais sans parvenir loin s’en faut à réconcilier les points de vue. Beaucoup auraient voulu éviter que la confrontation entre le professeur Christian Perronne (Infectiologie, Hôpital de Garches) et les spécialistes strasbourgeois des Borrelia que sont les professeur Daniel Christmann et Benoît Jaulhac ne tourne à l’affrontement. Espoir vain. C’est pourtant posément que le docteur Christmann a commencé par rappeler que « Sur la base des données anamnestiques et des tests sérologiques, le diagnostic sera en général facile à établir, conforté par une antibiothérapie adaptée efficace », comme le précise le résumé de sa communication.

Dépistage : des tests à affiner et à développer

Les esprits se sont tendus quant ont notamment été évoqués les tests diagnostics. Critiqués pour leur faible spécificité, ces derniers n’apportent de fait pas une réponse parfaite comme l'ont confirmé les spécialistes réunis hier. Cependant, une utilisation inadaptée accroîtrait encore ce défaut. « Il n’est pas recommandé d’effectuer de tel test durant la phase primaire de la maladie », remarque ainsi Benoît Jaulhac (CNR des Borrelia-Borreliella, faculté de médecine et hôpitaux universitaires de Strasbourg). Des observations qui ne peuvent être jugées suffisantes aux yeux du professeur Christian Perronne qui considère que la prise en charge de la maladie de Lyme souffre en France d’un immobilisme inquiétant. Concernant les tests, il a défendu devant l’Académie de médecine : « Il existe de nombreuses borrélioses dues à des espèces variées de Borrelia. Il existe des co-infections possibles avec d’autres bactéries ou parasites (Anaplasma, Bartonella, Ehrlichia, Neoehrlichia, Babesia, etc.). Il faudrait pouvoir utiliser des tests de diagnostic direct par isolement de la bactérie ou du parasite (amplification des acides nucléiques, séquençage à haut débit, etc.), mais ces tests ne sont pas disponibles en routine. De la recherche fondamentale s’avère donc indispensable ».

La nouvelle maladie mystère à la mode

Mais au-delà de la question des tests sérologiques, le Professeur Christian Perronne soutenu par plusieurs partisans dans la salle et qui avait même pris soin de convier des patients pour témoigner a une nouvelle fois dénoncé l’errance diagnostique dont seraient selon lui victimes de nombreux malades. Il a également réaffirmé la pertinence des traitements antibiotiques au long cours, considérés comme inadaptés par une partie de la communauté médicale française. Les propos du praticien lui ont valu une sèche réplique de l’Académicien Marc Gentillini. Celui-ci lui a ainsi vertement reproché d’entretenir les illusions et les faux espoirs de nombreux patients en leur suggérant que leurs troubles puissent être liés à une maladie de Lyme, en l’absence de toute preuve objective. Il n’a pas hésité à considérer une telle attitude indigne d’un praticien. L’esclandre n’était pas loin. 

La voie de la raison

La session s’est donc achevée dans un tumulte et un climat électrique bien rare dans cet amphithéâtre . L’Académie qui devrait prochainement publier ses recommandations sur la maladie de Lyme espère cependant avoir pu jeter les bases d’un véritable débat scientifique tout en invitant à une plus grande mesure sur le sujet. Reste à savoir comment s’inscrira dans ce cadre le plan que doit présenter la semaine prochaine le ministère de la Santé, qui se serait montré très attentif aux échanges tenus hier.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Enfin qualques étincelles éléctriques

    Le 23 septembre 2016

    Dans ce débat, pour une fois électrique, à l'Académie, rappelons nous avec modestie que : "Louis Pasteur n'a été ni médecin ni chirurgien, ni admis à l'Académie de médecine, mais que nul n'a fait, pour la médecine et la chirurgie, autant que lui. Parmi les hommes à qui la Science et l'Humanité doit beaucoup, Pasteur est resté souverain.” (Henri Mondor de l'Académie Française.)

    D'autre part, Lyme est une localité du comté de New London dans l'État du Connecticut aux États-Unis. Lyme et sa ville voisine Old Lyme sont connues dans le monde entier pour avoir donné leur nom à la maladie de Lyme. Mais dans quelles circonstances ? C'est intéressant.

    Rappelons nous que Lyme n'est pas du tout le nom du découvreur du pathogène mais celui de la petite ville où des mères de famille regroupées et pétitionnaires ont demandé une expertise médicale pour des symptômes identiques chez des jeunes gens ayant fait ensemble des promenades en forêt, soupçonnant les médecins de la ville de ne pas connaître une affection répandue dans leur comté et en fait peu connue.

    Si l'ambiance est électrique à Paris, elle l'est tout autant en Alsace où des personnes nombreuses atteintes ou qui se croient atteintes sans pouvoir avancer pétitionnent pour rien devant les autorités et donc se rendent, les uns après les autres, en Allemagne.

    Pourquoi franchir le Rhin ? Comme d'habitude, c'est que les médecins allemands sont encore libres de prescrire ce qui leur semble bon et où tous les tests sont autorisés et pris en charge.

    Or si la Forêt noire est très touchée par la maladie de Lyme et de façon certaine, les Vosges du Nord le sont également, mais d'une façon assez contestée, surtout par l'Assurance Maladie : on ne peut y pratiquer tous les tests de façon libre, mais selon un ordre économique réducteur de dépenses qui sembleraient chez nous indues, mais pas chez nos voisins.

    Dr JD, 97430

  • Borreliose mal connue

    Le 25 septembre 2016

    C'est peu dire que cette maladie est mal connue.
    Le nombre de cas typiques non diagnostiqués, voire récusés en raison de sérologies négatives, soit trop précoces, soit faussement négatives, est très important , et de la part de tous les médecins, toutes spécialités confondues.
    Les formes cliniques des érythèmes migrans sont méconnues; les formes évoluées complètement inconnues, comme les co infections.

    Donc oui, une mise au point de l'Académie de médecine est indispensable.

    Donc oui, les enseignants, professeurs, biologistes, doivent se remettre en question et proposer une mise au point consensuelle, en acceptant de reconnaitre leurs erreurs, en progressant.
    Cela évitera de laisser des patients désespérés de recourir à des médecins gourous.

    Dr Eric Tisserand, dermatologue.

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