L’automédication a le vent en poupe…mais est-ce bien raisonnable ?

Paris, le vendredi 3 février 2017 - Selon l’Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (AFIPA), les produits d'automédication représentent désormais 10,7% des ventes en pharmacie et contribuent à 25% de leur croissance.

La vente de médicaments sans prescription et non remboursés aurait ainsi augmenté de 3,3% en valeur en 2016 pour atteindre 2,33 milliards d'euros.

Si l’on y ajoute les dispositifs médicaux (+ 5 % et 817 millions d'euros) et les compléments alimentaires non prescrits (+ 9,3%  et 736 millions d'euros), ce marché aurait connu une croissance de 4,8% pour un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d'euros.

Dans un communiqué, les professionnels du secteur affirment que les Français se tournent vers l’automédication « afin de s'épargner une consultation médicale pour des maladies bénignes qu'ils savent comment traiter », avec pour effet positif de « désengorger les cabinets médicaux assaillis lors des pics de pathologies hivernales ».

C’est d’ailleurs ce que révélait récemment un sondage mené par IPSOS pour le compte des laboratoires Pierre Fabre qui montrait que les français utilisent l’automédication pour éviter de voir le médecin dans 46 % des cas et dans 43 % des cas pour soigner des maladies qu’ils savent traiter (!).

Médicament en bouche et argent par les fenêtres !

Rappelons néanmoins que si de nombreux produits et dispositifs médicaux en vente libre  présentent une utilité réelle, le service médical rendu de beaucoup d’autres est faible, tandis que les risques associés à un retard de prise en charge ne sont pas à négliger tant du point de vue sanitaire qu’économique.

On pourra citer notamment le cas des compléments alimentaires, qui,  en dehors des cas avérés de carence sont jugés inutiles comme le concluaient trois études publiées en décembre 2013 dans Annals of Internal Medicine en préambule desquelles la revue s’était fendue d’un éditorial affirmant qu'acheter ces produits « revient à jeter son argent par les fenêtres » !

En décembre 2015 c’était au magazine 60 millions de consommateurs de passer au crible 61 médicaments en accès libres indiqués pour le mal de gorge, les états grippaux et les troubles intestinaux avec l’aide de deux pharmaciens. Le magazine avait conclu que 28 de ces médicaments avaient un rapport bénéfice risque défavorable. Certains de ces produits avaient d’ailleurs déjà fait l’objet de plusieurs mises en garde des autorités, quand d’autres semblaient surtout pêcher par leur inefficacité. 

On pourrait conclure qu’une « automédication responsable » ne peut se faire sans les précieux conseils des officinaux qui savent déterminer au cas par cas l’utilité et la dangerosité éventuelle d’un traitement auprès de leurs patients…mais est-ce alors encore alors de l’automédication ?

Frédéric Haroche

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