Le gouvernement refuse la prolongation d’activité du réacteur Osiris

Paris, le mercredi 6 août 2014 – Lorsqu’en septembre 2008 la panne du réacteur néerlandais produisant du technetium-99, un isotope émetteur de rayons gamma utilisé pour réaliser de nombreuses scintigraphies, parallèlement à l’arrêt d’une autre installation, avait entraîné reports et annulations d’examens partout dans le monde et en France, l’impréparation et l’immobilisme des pouvoirs publics de l’époque avaient été sévèrement critiqués. Il semblait en effet que les autorités sanitaires étaient incapables de répondre à une situation dont la complexité paraissait les dépasser. D’aucuns avaient voulu croire que les leçons de cette épisode problématique avaient été retenues. Cependant, aujourd’hui, la décision du gouvernement de ne pas prolonger pendant trois années supplémentaires l’activité du réacteur Osiris, à Saclay est lue comme un mauvais signal.

Un réacteur vieillissant s’étant offert une seconde jeunesse

Réacteur géré par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) initialement voué principalement à la recherche, Osiris a considérablement élargi sa production d’isotopes médicaux au lendemain de la pénurie de l’automne 2008. Il assure ainsi près de 10 % de l’approvisionnement des hôpitaux réalisant des scintigraphies dans le monde. Cependant, mis en service en 1966, Osiris est une installation vieillissante et dès le mois de septembre 2008, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’était prononcée pour son arrêt définitif en 2015. Depuis, l’ASN n’a pas modifié son jugement bien que les contrôles réalisés régulièrement n’aient pas mis en évidence de failles majeures concernant les « conditions de sûreté ».

Sombre horizon pour la médecine nucléaire

Si la fermeture d’Osiris suscitait chez les salariés du réacteur réticences et critiques, sur le front de la médecine nucléaire, on semblait rassuré par l’ouverture concomitante du réacteur Jules Horowitz à Cadarache dans les Bouches du Rhône. Cependant, les retards s’accumulant sur le chantier, Jules Horowitz ne pourra finalement débuter son activité qu’en 2018. Par ailleurs, le réacteur canadien NRU doit cesser son activité en octobre 2016, tandis que le belge BR2 doit être soumis à une opération de maintenance de dix-huit mois entre 2015 et 2016. Un affaiblissement certain des capacités de production est donc à prévoir, mettant à la merci des milliers de malades.

Les points forts d’Osiris

Dès lors, les spécialistes de médecine nucléaire ont commencé à se mobiliser pour obtenir que l’activité d’Osiris puisse être prolongée pendant trois années supplémentaires. L’ASN elle-même n’a pas été sourde à ces prières, sollicitant l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) afin qu’il se prononce sur les conditions dans lesquelles le réacteur pourrait poursuivre son activité. Dans sa réponse publiée il y a quelques jours, l’IRSN semblait estimer qu’une prolongation n’était pas impossible compte tenus de plusieurs « points forts », mais soulignait que certains domaines nécessiteraient quelques renforcements en vue d’une prolongation de l’activité.

Substitutions impossibles dans de nombreux cas

Le gouvernement n’a semble-t-il pas souhaité tenir compte de cette position, refusant de s’engager dans des travaux de mise en conformité s’élevant à plusieurs millions d’euros. Il a préféré s’en remettre à l’évaluation de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui a jugé dans un rapport remis au gouvernement récemment que l’activité d’Osiris n’aurait qu’un faible poids pour éviter une pénurie de technétium-99. Aussi, dans un courrier adressé lundi au CEA, le gouvernement confirme l’arrêt du réacteur en 2015. Les spécialistes de médecine nucléaire ont accueilli cette décision avec déception et inquiétude. Ils ne peuvent en effet que critiquer les préconisations de l’IGAS concernant les techniques de substitution à employer. Dans un avis publié en février, l’Académie de médecine avait déjà rappelé que toute substitution est impossible dans six indications majeures : la détection du ganglion sentinelle lors du traitement chirurgical du cancer du sein, la recherche d’embolie pulmonaire chez la femme enceinte, les contre-indications aux produits de contraste radiologique, la détection de l’origine d’une hyperparathyroïdie, la plupart des scintigraphies de l’enfant et la scintigraphie rénale. Ce groupe de travail de l’Académie de médecine avait également insisté sur le fait que le recours aux examens TEP, dans le cas où une substitution est possible, entraîne un surcoût très important. Il n’est en outre nullement une garantie d’accès aux soins rapide, en raison du très faible nombre de TEP installés en France. Difficile de savoir si l’ensemble de ces éléments a été pris en compte dans la décision du gouvernement, de même qu’il est impossible de déterminer dans quelle mesure la prolongation du réacteur soulève de réels problèmes de sécurité. Pour le professeur André Aurengo, membre de l’Académie nationale de médecine, il est en tout cas certain que cette décision dont le gouvernement devra porter la « lourde responsabilité » entraînera de « véritables pertes de chances » pour les patients.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (6)

  • Ecouter les instances qualifiées

    Le 06 août 2014

    Ce n'est pas au gouvernement de prendre une telle décision !
    Les ministres concernés, que leur parcours académique n'a pas préparé à évaluer le bien-fondé d'une poursuite ou d'un arrêt de ce réacteur, feraient mieux d'écouter les avis des instances qualifiées, en particulier de l'Académie de Médecine.

    Dr Maurice Mehl

  • Lobby

    Le 06 août 2014

    Que vaut la santé des patients et leurs chances de guérison par rapport au poids du lobby écolo ?

    Dr Claude Pequart

  • Irresponsabilité et culpabilité

    Le 07 août 2014

    Madame Voynet, recasée à l'IGAS après ses déboires à Montreuil, n'est probablement pas étrangère à cette décision. L'irresponsabilité de cette mesure prise en application des fatwas antinucléaires de l'obscurantisme vert aura des conséquences irréversibles sur la santé de centaines de malades. Il ne faudra pas manquer de leur faire savoir afin que cesse l'impunité d'une gouvernance irresponsable.
    Dr Yann Crolier

Voir toutes les réactions (6)

Réagir à cet article