Mon officine au Canada : il y a toujours des écueils sur le seuil !

Québec, le mercredi 16 avril 2014 – Un récent sondage, à bien des égards inédit, commandé par le ministère des Affaires étrangères révélait que 21 % des Français sont prêts à partir vivre à l’étranger. Ces candidats à l’expatriation sont entre 40 % (âgés de 25 à 34 ans) et 60 % (de 18 à 24 ans) à estimer un tel départ nécessaire pour trouver un travail. Cette opinion qui n’est pas sans signaler l’inquiétude et la déception, notamment chez les jeunes générations, vis-à-vis de la France ne saurait cependant concerner toutes les vocations. Il est en effet des secteurs où s’installer en France paraît bien plus enviable que la grande aventure étrangère et ce en dépit des multiples accords censés établir une équivalence entre les formations.

Vous avez dit équivalence ?

Ainsi, le Québec et la France ont signé en 2008 un texte visant à mettre en place des dispositions pour améliorer la reconnaissance des qualifications des médecins et pharmaciens entre la France et le Québec, dispositions élargies plus tard aux autres professions de santé. Un an plus tard, les deux pays se félicitaient d’avoir rempli leur objectif. Dans les faits, l’exil au Canada des professionnels de santé Français et notamment des pharmaciens est loin d’être une sinécure. C’est ce dont témoigne un « rapatrié » sur le site de Rue 89. Enthousiasmé par plusieurs conférences menées en France afin de « présenter le Canada et le Québec aux nombreux Français tentés de diversifier leur expérience », Antoine Roberton, pharmacien âgé aujourd’hui de 34 ans et installé dans le Sud de la France a décidé avec sa compagne kinésithérapeute de se lancer dans les démarches nécessaires. L’obtention du visa a tout d’abord été un parcours du combattant. « Il faut compter environ deux ans de procédures, 2 500 dollars de frais et la constitution d’un invraisemblable dossier pour [le] récupérer » explique Antoine Roberton. Cette épreuve n’est en outre, loin de là, pas la dernière. Une fois sur place, commence le grand combat de « l’équivalence des diplômes ». Et là, Antoine Roberton constate ce qui avait déjà été mis en évidence fin 2009 : l’inégalité entre l’accueil des Français au Québec et celui des Québécois en France. Ainsi, un pharmacien diplômé en France devra pour exercer au Québec suivre soit une formation d’appoint d’une durée de 17 mois et un stage, soit passer avec succès la deuxième partie de l’examen d’aptitude du Bureau des examinateurs en pharmacie du Canada ainsi qu’un stage et une formation sur la législation et le système de santé québécois. C’est cette deuxième voie que souhaitait initialement suivre Antoine Roberton, mais souligne-t-il, « le taux de succès est très faible (…). Vous pourrez néanmoins le repasser, moyennant des frais de 1 500 dollars à chaque fois et en étant patient puisqu’il n’y a que deux sessions par an ».

Et qu’en est-il pour les pharmaciens ayant obtenu leur diplôme au Québec souhaitant travailler en France ? La tâche est bien moins ardue : seul un stage de six mois dans une officine ou un établissement de santé sera nécessaire. Pourtant, la pénurie de professionnels de santé et notamment de pharmaciens se fait bien plus criante de l’autre côté de l’Atlantique que dans l’hexagone.

S’expatrier d’accord, mais le plus vite possible

Face à ces difficultés et aux obstacles encore plus absurdes rencontrés par sa compagne kinésithérapeute (entraînée dans un dédalle administratif digne des plus belles institutions françaises !), Antoine Roberton a rebroussé chemin. Son diagnostic quant à la coopération entre la France et le Québec est très sévère. Il se déclare notamment « perplexe devant l’observation d’un système de santé » en difficulté « mais dont l’accès reste verrouillé à double tour par les Ordres. Avec la diminution du nombre de statuts de résidents permanents accordés aux travailleurs qualifiés, la belle entente va de toute façon rapidement » tourner court juge-t-il encore. Faut-il donc que tous les candidats à la carrière de pharmacien renoncent à leur rêve d’installer leur officine au Canada ? Pas si sûr, une méthode pourrait consister à s’envoler immédiatement après le bac afin de suivre ses études au Québec. Des accords bilatéraux, là encore, offrent en effet aux jeunes Français des frais d’inscription bien moins élevés que ceux qui ont cours aux Etats-Unis, tandis que la plupart des cours sont en français. Par ailleurs, les universités canadiennes sont nombreuses à utiliser les nouvelles technologies, en particulier pour l’enseignement de la pharmacie et de la médecine.

Aurélie Haroche

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