Monopole pharmaceutique : une nouvelle menace venue du Sénat

Paris, le mardi 8 septembre 2015 – Bis repetita. Le mois de septembre 2014 avait sonné l’heure d’un large mouvement de mobilisation des pharmaciens d’officine, qui dénonçaient notamment l’éventuel projet du gouvernement d’ouvrir le monopole des pharmacies, en autorisant la vente des médicaments accessibles sans ordonnance dans les grandes surfaces. Vent debout contre une telle éventualité, les pharmaciens d’officine avaient obtenu du ministre de l’Economie Emmanuel Macron la levée de toutes ambiguïtés sur ses intentions. Cependant, la majorité des pharmaciens n’ignoraient pas que la bataille était loin d’être terminée. Les menaces sur le monopole pharmaceutique étaient destinées à se multiplier.

Des exemples étrangers rassurants

Ainsi, un an plus tard, une nouvelle tentative se profile à l’horizon. Le sénateur UDI Olivier Cadic a déposé la semaine dernière un amendement au projet de loi de santé qui doit être examiné par la Haute Assemblée à partir du 14 septembre. Ce texte additionnel à l’article 35 bis propose que « la vente au détail des médicaments qui ne sont pas soumis à prescription médicale obligatoire » puisse être permise en dehors des pharmacies d’officine « à condition que la vente soit effectuée » par un pharmacien. Pour justifier une telle évolution, Olivier Cadic se réfère tout d’abord aux recommandations formulées par l’Autorité de la concurrence en décembre 2013 qui préconisait un tel changement. Reprenant les arguments de cette dernière, le sénateur affirme que « L’ouverture encadrée de  vente de ces médicaments permettrait la concurrence, donc d’améliorer l’accès des Français aux soins et de faire baisser les prix de 15 à 30 % ». Il est également convaincu qu’un développement de l’automédication contribuera à « désengorger les cabinets médicaux » et de réaliser des économies grâce à une progression de l’achat de médicaments en accès libre, moins souvent prescrits par les praticiens (et donc moins souvent remboursés). Enfin, pour parer aux multiples critiques qu’une telle position ne manquera pas de soulever, le sénateur centriste s’appuie sur les exemples étrangers. Il assure qu’en Italie et au Portugal, une baisse significative et durable des prix des médicaments a été constatée, tandis que le mésusage et la iatrogénie n’auraient pas progressé. Aucune incidence dommageable sur le maillage territorial ne serait guère plus à déplorer.

Un amendement similaire déposé il y a quelques mois…

ll est évidemment peu probable que ces arguments n’emportent la conviction des pharmaciens, dont beaucoup n’ont pas la même interprétation des exemples étrangers. Il suffit notamment de s’intéresser au revirement de la Suède quant à la vente libre de paracétamol pour constater que la question de l’impact d’une telle mesure sur le risque de mésusage ne peut pas être si facilement écartée. Cette nouvelle tentative représentera sans doute une nouvelle raison pour les pharmaciens de se mobiliser largement le 30 septembre prochain à l’appel de plusieurs organisations, avec le soutien de l’Union nationale des pharmaciens de France (UNPF). Cependant, il est peu probable que l’amendement d’Olivier Cadic soit adopté, qui plus est de manière définitive : le gouvernement, qui aura, peu ou prou, le dernier mot dans le cadre de la commission mixte paritaire aura sans doute à cœur de ne pas multiplier les sujets déjà nombreux de discorde avec les professionnels de santé. D’ailleurs, un amendement similaire déposé par le député républicain Anne Grommerch n’avait pas été retenu lors de l’examen du texte à l’Assemblée. Néanmoins en dépit de la faible chance d’aboutissement du projet d’Olivier Cadic, cette succession de menaces, émanant qui plus est de la part de la droite parlementaire, ne peut que représenter une alerte sérieuse pour les pharmaciens d’officine et la confirmation que cette bataille est loin d’être remportée.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (7)

  • N'importe quoi !

    Le 08 septembre 2015

    Désolé d'être cru, mais ce n'est pas parce qu'on répète une connerie que ça devient une vérité !
    Puisque le prix des médicaments a tellement baissé en Italie - grâce à notre père Leclerc adoré - pourquoi les italiens font la queue dans nos pharmacies entre Menton et Nice ? Certainement pas pour nos belles préparatrices, mais à cause du réseau pharmaceutique désorganisé, ruiné par les hypermarchés qui se trouvent en position de quasi-monopole ce qui leur a permis de pousser les prix à des niveaux indécents.

    Dottling Thilo

  • Alors si la droite s'y met...

    Le 08 septembre 2015

    ...Il ne reste plus grand monde pour qui voter !

  • La iatrogénie n’auraient pas progressé en Italie ?

    Le 08 septembre 2015

    Il est surprenant qu'en Italie on assiste à une montée en flèche des déclarations auprès des centres de pharmacovigilance depuis la libéralisation du système en 2006.
    http://www.farmacovigilanza.eu/content/segnalazione-spontanea-italia-sempre-pi%C3%B9-alto

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