Prise en charge de la psychothérapie : internes et jeunes médecins dénoncent une expérimentation « petit bras »

Paris, le lundi 12 mars 2018 - S’il se « réjouit a priori » de l’annonce de l’ouverture ce mois-ci dans trois départements (Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne et Morbihan) d’une expérimentation de la prise en charge de la psychothérapie par l’Assurance maladie, le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) qui rassemble internes, remplaçants et jeunes installés (ou salariés) en médecine générale « se désole » également de certaines conditions de sa mise en place.

Conscient que « les médicaments constituent une mauvaise réponse aux problèmes de santé mentale d’intensité légère à modérée », le SNJMG, qui « soutient une prise en charge des soins primaires en totalité », se déclare favorable aux modalités de l’expérimentation concernant la prise en charge à 100 % de la psychothérapie par l’Assurance maladie, permettant ainsi une dispense totale d’avance de frais pour le patient (tiers payant intégral). Mais le satisfecit s’arrête là.

Une organisation et un financement peu attractifs

Le syndicat regrette ainsi que « les mineurs et les plus de 60 ans [soient] exclus de l’expérimentation ». Bien qu’il comprenne « les difficultés techniques » qu’aurait impliquées leur inclusion, il considère toutefois cette décision comme « décevante en matière de santé publique ». Autre récrimination : l’absence de précision quant à la rémunération des généralistes et une rémunération proposée aux psychologues cliniciens et aux psychothérapeutes « trop déconnectée des pratiques actuelles » : 32 euros pour l’entretien d’évaluation (45 minutes), 22 euros pour chaque séance d’Accompagnement psychologie de soutien (30 mn) et 32 euros pour chaque séance de Psychothérapie structurée (45 mn) contre 45 à 50 euros en moyenne actuellement par séance de 45 à 60 minutes. Sur le premier point, le SNJMG s’était déjà prononcé en faveur de la reconnaissance d’une consultation de dépistage/repérage précoce pour laquelle il n’existe pas encore de cotation réellement adaptée.

Également mis en cause, « la complexité et les limites du déroulé de prise en charge », ainsi que « la non prise en compte des contraintes administratives pour les professionnels [qui] ont de quoi en décourager plus d’un(e) ». Le syndicat rappelle ainsi que la procédure débute par une première évaluation clinique par le généraliste pour permettre l’inclusion, suivie d’une autre consultation d’évaluation par le psychologue qui renvoie le patient vers le généraliste pour qu’il établisse la prescription qui ne peut dépasser dix séances. Sans amélioration à l’issue de ce processus, un nouveau rendez-vous chez le généraliste et éventuellement un psychiatre est enclenché pour permettre la prescription d’un maximum de dix séances de psychothérapie structurée. Pour le SNJMG, ce casse-tête organisationnel adossé à des rémunérations « peu attractives » risque de condamner l’expérimentation dans l’œuf. Il demande donc à l’Assurance maladie de revoir les modalités les plus problématiques et interpelle le ministère de la Santé pour que ce dernier intègre l’expérimentation dans le plan psychiatrie / santé mentale qu’il vient d’annoncer.

Benoît Thelliez

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Exit les psychiatres

    Le 12 mars 2018

    Sauf à prescrire la bobopsychologie, toute indication impose un diagnostic. Après il faut assurer la responsabilité médico-psychiatrique de la prise en charge. Rappelons que les psychologues ne font pas partie des professions médicales, ils n'ont ni Conseil de l'Ordre ni code de déontologie.

    Dr Isabelle Gautier

  • Offre en santé mentale

    Le 13 mars 2018

    Dr Gautier, il faut que vous sachiez que les psychologues disposent d'un code de déontologie. Ils sont d'un niveau master2 ou doctorat, l'usage du titre est protégé. Ils pratiquent des thérapies structurées comme les thérapies cognitives et comportementales, l'EMDR. Les kinésithérapeutes et les orthophonistes ne sont pas médecins et pratiquent sur prescription médicale. Rien n'empêcherait les psychologues ainsi conventionnés de travailler en association avec les psychiatres autour du parcours du patient.

    Jean Sébastien Leplus-Habeneck PhD

Réagir à cet article