Santé mentale : le désastre français une nouvelle fois dénoncé

Paris, le jeudi 16 octobre 2014 – Le vendredi 10 octobre dernier était organisée la journée mondiale de la santé mentale, manifestation qui n’a pas suscité en France une grande mobilisation. Cette attitude semble être à l’image de la trop faible place accordée à la prévention et à la prise en charge des maladies mentales dans notre pays. Le retard de la France dans ce domaine a ainsi été une nouvelle fois dénoncé le 10 octobre : la fondation fondaMental, réseau de coopération scientifique dédié à la santé mentale et l’Institut Montaigne ont publié une longue étude sur la situation et les manquements français.

Méconnaissance et stigmatisation font le lit d’une absence de soins

Ce travail « fruit d’un an d’enquêtes et d’analyses » indiquent les deux organisations fait tout d’abord un constat : les maladies psychiatriques demeurent une réalité méconnue et sous estimée. Or, cette étude rappelle combien la « méconnaissance qui entoure les maladies mentales et leur stigmatisation (…) participent grandement au retard de l’accès aux soins » qui existe en France. Ce retard est également lié à une saturation du système de soins. Ainsi, les situations sont nombreuses dans lesquelles les patients sont privés d’une prise en charge correcte : « dans le cas des troubles bipolaires, il s’écoule en moyenne dix ans entre les premiers symptômes et la prescription d’un traitement adapté » indiquent à titre d’exemple la fondation et l’Institut Montaigne. Face à cette situation, les propositions sont nombreuses. Concernant la lutte contre la stigmatisation, elles préconisent la réalisation de travaux sur ce phénomène et la mise en place de plateformes d’information dédiées. « Un programme d’actions de sensibilisation aux pathologies mentales » est également souhaité, tandis que, face à l’absence d’opérations semblables en France. les exemples étrangers de ces affiches chocs invitant à réfléchir au poids des mots et des insultes ciblant spécifiquement les troubles mentaux viennent nécessairement à l’esprit.

A l’école, la santé mentale toujours absente

A propos du retard à l’accès aux soins, les suggestions vont dans deux sens. Elles visent d’une part le dépistage et le diagnostic précoces. Le rapport insiste notamment sur l’importance du rôle du système scolaire. Or, aujourd’hui, les enseignants se montrent totalement démunis face aux enfants et adolescents manifestant des troubles psychiatriques. « Interrogés sur les obstacles à la bonne prise en charge de ces enfants, les enseignants citent dans leur très grande majorité le manque de professionnels de la santé mentale au sein de l’école et le manque de formation du personnel sur la façon d’aborder la maladie mentale chez les élèves. Les expériences étrangères sont éclairantes quant à la diversité des dispositifs qui peuvent être mis en place » remarquent les deux institutions. Outre le dépistage et le repérage précoce, l’accent doit être mis sur l’organisation des soins où l’innovation est souhaitée. Le rapport propose par exemple le développement de « centres de dépistage et de prévention organisés par pathologie ».

Recherche : la psychiatrie demeure le parent pauvre

Leur rapport insiste par ailleurs très fortement sur la prévention. Là encore les exemples étrangers sont convoqués pour mettre en lumière les insuffisances françaises. « Alors que la prévention en psychiatrie est possible, efficace et rentable, l’insuffisance des moyens consacrés à la recherche n’en est que plus criante en France : seuls 2 % du budget de la recherche biomédicale sont consacrés à la recherche en psychiatrie (21 millions d’euros environ) contre 7 % en Grande-Bretagne (131 millions) et 11 % aux Etats-Unis (5,2 milliards d’euros) » relève le rapport. Là encore les propositions sont nombreuses : l’Institut Montaigne et la Fondation fondaMental estimant notamment que l’effort de recherche en psychiatrie doit privilégier trois axes « la compréhension des causes et des mécanismes, l’indentification de biomarqueurs et de facteurs de risque environnementaux modifiables, le développement d’innovations thérapeutiques ».

Des actions inutiles

Ce rapport riche de nombreuses propositions et animé par une volonté dynamique de changement s’ajoutera à la dizaine d’autres rapports qui ont été consacrés ces dernières années au désastre de la psychiatrie française et aux solutions qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre pour offrir une meilleure prise en charge aux patients. Qu’importe que ce rapport soit plutôt dédié à la prévention, tandis qu’un autre se concentre sur les enfants ou un troisième sur les conditions d’internement : ces rapports se suivent et se ressemblent par l’inaction qu’ils dénoncent. Malgré les promesses de François Hollande durant sa campagne électorale, il n’y aura en effet pas avant la fin de son mandat de grande loi sur la santé mentale dans notre pays et ce ne sont sans doute pas les quelques mesures présentes dans le projet de loi de santé de Marisol Touraine qui seront une réponse satisfaisante aux enjeux encore une fois présentés ici.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Santé mentale ? Quesaco ?

    Le 16 octobre 2014

    Pourquoi lorsque l'on parle de "santé mentale" on n'évoque que la pathologie, en l'occurrence ici la pathologie psychiatrique ? Parce que je n'aurais pas de symptômes de pathologies psychiatriques je serais en bonne santé (mentale) ? "Santé mentale" est un pléonasme si l'on s'en tient à la définition selon l'OMS de la santé (inchangée depuis 1946).
    Si la France est malade d'une chose, c'est de persévérer à chercher des solutions à des problèmes mal posés. Les Français ne sont pas en suffisante "santé mentale" pour gérer efficacement la "santé mentale" des autres. Malheureusement.

    Philippe Barel.

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