Suicide assisté : la nécrologie de la discorde

Nicole Boucheton

Rennes le vendredi 22 août 2014 - Par souci de « neutralité », le quotidien régional Ouest-France s'est opposé à la parution de l'avis de décès d’une dirigeante d'une association pro-euthanasie.

Le texte reçu par le quotidien régional faisant part du décès de Nicole Boucheton était ainsi rédigé : « A S..., son époux, F B..., sa sœur, vous font part du décès de Nicole Boucheton Vice Présidente de l'ADMD à l'âge de 64 ans, contrainte de s'exiler en Suisse, pays humaniste, pour y mourir selon sa volonté le 7 août 2014 ».

Pour trouver un terrain d'entente, le journal avait proposé une version corrigée à la famille, en retirant la notion de « contrainte et l'idée que la Suisse était un pays «humaniste» (puisque cela sous-entend que la France ne l'est pas) et faisant part que madame Boucheton était  décédée en Suisse selon sa volonté », , explique François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef adjoint du quotidien. Cet avis corrigé a été refusé par la famille.

Décision indigne ou polémique grotesque ?

Jean-Luc Romero, le président de l'ADMD (Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité) à fait par de sa volonté de saisir le défenseur des droits en dénonçant une « décision indigne, discriminatoire et peu républicaine de la direction de ce journal ». « C'est même une censure contre lequel ce journal est censé pourtant se battre », développe-t-il sur son blog. « C'était la décision de Nicole de publier ce faire-part, sa famille est profondément choquée. Cet avis de décès est pudique et n'a rien de violent. Je ne comprends pas ce refus. On marche sur la tête », critique le conseiller régional d'Ile-de-France.

La rubrique « obsèques » est « un espace neutre », a justifié François-Xavier Lefranc. « Dire que Ouest-France n'a pas passé l'avis d'obsèques » parce que Mme Boucheton « a choisi de mourir, c'est grotesque. Ça n'a rien à voir avec le fait que la famille annonce une mort volontaire en Suisse », a-t-il déclaré, en réponse aux propos de Jean-Luc Romero. « Il y a des endroits dans le journal pour le débat, les points de vue. Ouest-France ne milite pas pour l'euthanasie mais est ouvert au débat et donne la parole à des opinions contradictoires », a-t-il enfin assuré. Et de rappeler : « on a donné la parole » à Nicole Boucheton, en publiant l’un de ses articles.

L’ultime plaidoyer de Nicole Boucheton

Dans ce texte publié après sa mort, Nicole Boucheton explique les raisons de son exil et regrette que le président François Hollande n'ait « toujours pas tenu sa promesse » sur « l'assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». « Je suis atteinte d'un cancer du rectum. Lors du diagnostic, le seul traitement curatif était chimio, tomo-thérapie puis chirurgie: colostomie. J'ai refusé la chirurgie car trop mutilante: l'anus artificiel qui me condamnait à une vie dans des conditions que je juge, pour moi-même, dégradées et inacceptables », écrit-elle. « Alors j'ai pris contact avec une association suisse afin d'y pouvoir faire un autre choix, celui d'un départ rapide puisque ma seule issue était la mort ».

Soulignons que 159 Français ont été « accompagnés » par l'association Dignitas depuis 1993.

FH

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Vos réactions (1)

  • Une véritable information

    Le 25 août 2014

    Une femme qui s'est suicidée pour ne pas avoir à vivre avec une colostomie, c'est pourtant une véritable information, digne d'être commentée.
    Le journal qui refuse d'en parler ne fait pas son métier, mais ce n'est en effet pas dans une rubrique nécrologique qu'un tel débat a sa place.
    PR

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