Un autotest mesurant la concentration de spermatozoïdes débarque en France

Paris, le mardi 10 février 2015 – Depuis près de dix ans en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Canada sont vendus sur internet, en pharmacie et dans certaines enseignes dédiées à la santé des tests affirmant évaluer la « fertilité » masculine. Validés par les autorités sanitaires de ces différents pays, ces dispositifs fonctionnent sur le même principe : la détection de la présence de la protéine SP10 (exprimée dans l’acrosome du spermatozoïde), dont la teneur permet d’évaluer le nombre de spermatozoïdes. Le résultat obtenu est binaire : le test indique soit une concentration faible (inférieure à 15 millions/ml de sperme), soit une concentration pouvant être qualifiée de « normale » (supérieure à 15 millions). Des dizaines de milliers de ces dispositifs s’écoulent chaque année dans les pays anglo-saxons qui les commercialisent.

Un test fiable mais limité

Les Français qui souhaitaient ainsi avoir une première idée de leur concentration de spermatozoïdes devaient jusqu’à aujourd’hui se procurer l’un des tests existants sur internet. Depuis ce 10 février, un autotest de cette nature est disponible en pharmacie et son lancement s’est fait à grand renfort de publicités… sans être épargné par quelques critiques et réserves.

Si beaucoup se sont d’abord interrogés sur la fiabilité du test, celle-ci ne serait pas à remettre en question. Elaboré par des universitaires, le système offre une réponse fiable à 98 % selon ses promoteurs. Bien plus aiguë est la question de la pertinence de ce test. La concentration de spermatozoïdes est, il est vrai, un indicateur important de fertilité. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle en effet que 95 % des hommes parvenant à concevoir un enfant en moins d’un an présentent une concentration de spermatozoïdes supérieure à 15 millions par millilitre. Cette statistique connaît cependant de nombreuses limites, puisque elle ne signifie nullement que les hommes dont la concentration est inférieure connaîtront systématiquement des difficultés pour procréer et inversement (on rappellera par ailleurs qu’une faible concentration de spermatozoïdes n’est pas un obstacle à la réalisation d’une fécondation in vitro, grâce à la technique de l’ICSI). Les promoteurs des autotests de fertilité en conviennent parfaitement qui rappellent clairement dans leurs notices que « de nombreux autres facteurs influent sur l’aptitude d’un homme à procréer ». Le test ne dit notamment rien de la mobilité des spermatozoïdes, ni de la proportion de formes atypiques. Ainsi, si après plusieurs mois, un homme ayant obtenu un résultat positif, ne parvient toujours pas à concevoir un enfant, des explorations plus poussées devraient être menées. De même, il n’est pas inutile après un test négatif de le réitérer quelques jours plus tard, tant la concentration de spermatozoïdes peut facilement varier.

Le risque d’être faussement rassuré

Autant de nuances et d’impondérables, qui conduisent les spécialistes à observer une certaine réserve vis-à-vis de ces dispositifs. « Les couples risquent d’être faussement rassurés » remarque ainsi Patrice Clément, biologiste de la procréation interrogé sur Europe 1. « Avec ce type d’autotest, vous n’avez pas avancé d’un iota sur votre fertilité » assène, plus tranché, Christophe Arnoult, directeur de recherches CNRS/Université Grenoble-Alpes dans le Figaro. Enfin, certains font valoir une critique entendue pour tous les autotests de « diagnostic » existant en évoquant les conséquences possiblement délétères d’une "révélation "de sa possible infertilité, sans accompagnement.

Ne plus faire de l’infertilité une affaire de femme

Tous cependant ne partagent pas cette position négative. Tout en reconnaissant les limites du test, certains spécialistes et de nombreuses associations de couples connaissant des difficultés à concevoir un enfant remarquent que l’existence de ce type de tests et leur accessibilité en pharmacie, pourrait permettre de lever le tabou sur l’infertilité masculine. Trop souvent en effet encore dans la population générale, l’infertilité est systématiquement présumée comme d’origine féminine alors que dans 20 % des cas elle est exclusivement masculine. Au sein des couples, c’est généralement d’abord les femmes qui s’interrogent sur un possible trouble et qui effectuent pour elles-mêmes des examens. Les hommes pourraient être plus difficile à convaincre quant à la nécessité de procéder à différents tests et sont également parfois rebutés par les modalités pratiques d'obtention du sperme.  Pouvant être réalisé chez soi, dans un cadre plus intime (mais pas aussi facilement et rapidement qu’un test d’ovulation ou de grossesse puisque plusieurs règles doivent être respectées), les tests de « fertilité » masculine pourraient faciliter la prise de conscience au sein de certains couples et plus généralement lever le tabou dans la société sur l’existence de l’infertilité masculine.

Le rôle crucial du pharmacien

En tout état de cause, le rôle de conseil du pharmacien apparaît ici primordial. D’abord pour réexpliquer le fonctionnement du test qui répond à des consignes précises quant à la manipulation de l’échantillon et les délais à respecter. Il l’est évidemment également pour expliquer la significativité des résultats et leurs conséquences et pour inciter en cas de doutes à consulter un spécialiste.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article