Un risque dépressif accru (et peu détecté) chez les pilotes de ligne

Boston, le lundi 19 décembre 2016 – La décision d’Andreas Lubitz de précipiter son avion, au bord duquel se trouvaient 149 passagers, sur un sommet des Alpes, a rapidement fait évoquer des failles dans le suivi médical des pilotes de ligne. De nombreux témoignages ont conforté cette première impression.

Il a tout d’abord été mis en évidence comment les pilotes se montraient très inquiets des conséquences de la détection d’un trouble mental pour la poursuite de leur carrière et évitaient régulièrement de confier leurs angoisses. Des dysfonctionnements dans la médecine du travail ont également été épinglés : la connivence trop forte entre les services et les pilotes et l’absence de transmission des informations entre les unités dédiées à la santé et celles concernant la sécurité ont ainsi été dénoncées.

Des pensées suicidaires chez 4,1 % des pilotes

Ces éléments sont d’autant plus dommageables que les pilotes sont particulièrement exposés au risque dépressif. Le stress lié à la lourde responsabilité de leur métier s’ajoute en effet à des rythmes parfois difficiles à soutenir et qui exposent notamment à des perturbations du cycle de sommeil. Ces dernières années, le secteur a par ailleurs été bouleversé par l’arrivée de nombreuses compagnies low cost. Cette propension accrue au risque dépressif par rapport à la population générale est confirmée par une étude conduite par l’école de santé publique de Harvard. Ces experts ont soumis 3 500 pilotes de 50 pays différents à un questionnaire médical (pas ouvertement orienté vers la santé mentale). Quelques 1 840 sujets ont fourni des réponses détaillées. Ces dernières mettent en évidence que 12,6 % cumulent les différents signes évocateurs d’une dépression, tandis que 4,1 % affirment avoir présenté des idées suicidaires dans les deux semaines précédentes. Chez les pilotes ayant travaillé dans les sept jours ayant précédé la participation à l’enquête, la proportion de sujets probablement dépressifs atteint même 13,5 %. « Les pensées dépressives chez les pilotes de ligne étaient beaucoup plus répandues que ce que nous pensions » ont commenté les organisateurs de cette enquête.

Une attention soutenue s’impose

Si ces données devraient être confortées par des informations plus complètes, elles confirment probablement la nécessité d’un suivi plus attentif des troubles de santé mentale chez les pilotes, d’autant plus qu’une culture du silence semble s’être imposée sur ces sujets dans ce secteur. Déjà, au lendemain du crash d'Andreas Lubitz, des recommandations ont été prises dans ce sens, afin d’obtenir une meilleure détection de la consommation de produits stupéfiants et une évaluation plus attentive des antécédents psychiatriques.

Aurélie Haroche

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