Vaccination anti-grippe par les pharmaciens : infirmières et médecins toujours hostiles

Paris, le jeudi 20 octobre 2016 – Examinant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017, les députés de la commission des affaires sociales ont adopté un amendement présenté par Michèle Delaunay qui ouvre la voie à une expérimentation de la vaccination anti-grippale dans les officines. La destinée de cette initiative parlementaire est encore incertaine : le ministre de la Santé s’était montré favorable à une telle évolution puisqu’elle l’avait initialement intégré dans son projet de loi de santé. Cependant, face au tollé provoqué par cette mesure dans le rang des médecins, elle y avait finalement renoncé. Considérera-t-elle aujourd’hui que la même prudence s’impose ou verra-t-elle dans les appels relativement nombreux en faveur d’une telle pratique dans le cadre de la concertation actuelle autour de la vaccination un signe de la nécessité d’agir ?

Le médecin traitant : seul rempart contre la défiance vis-à-vis de la vaccination ?

Les médecins et les infirmiers sont en tout cas bien décidés à rappeler leur hostilité à cet élargissement des compétences des pharmaciens. Immédiatement après l’annonce de l’adoption de l’amendement par la commission, les représentants des deux professions montaient en effet au créneau. Du côté de MG France, on estime que le député se trompe de cible en considérant que pour améliorer la couverture vaccinale, il faut élargir les possibilités de vaccination. « La question n'est pas de rajouter des gens pour faire les injections mais de persuader la population que la vaccination reste un geste important » a ainsi estimé le docteur Claude Leicher, patron du syndicat.  Il estime encore que plutôt que de transférer les compétences des médecins aux pharmaciens, il serait plus judicieux de procéder à un mouvement inverse en permettant aux praticiens de disposer d’un stock de vaccins afin de pouvoir procéder immédiatement aux injections. Une proposition que les pharmaciens devraient faiblement apprécier. La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) abonde dans le même sens en jugeant que pour restaurer la confiance dans la vaccination, il est essentiel de renforcer le rôle du médecin traitant en la matière.

Infirmières piquées au vif

Mais les plus virulents contre l’idée d’offrir la possibilité aux pharmaciens de vacciner sont les infirmières. Il faut dire que ce qu’elles ressentent comme une nouvelle attaque s’inscrit dans un sentiment d’abandon des infirmières libérales par les pouvoirs publics. Ainsi, au moment du lancement de l’espace de contributions libres autour de la vaccination, le Syndicat national des infirmiers et infirmières libéraux (SNIIL) commentait ironiquement en invitant les infirmières à « s’exprimer directement puisque le ministère ne demande jamais votre avis ». Dans un tel contexte, la vaccination dans les officines constitue une énième vexation. « Pourquoi donner cette compétence à des gens qui ne sont pas habilités avant d'utiliser les 100.000 infirmières libérales qui sont sur le terrain ? » s’est ainsi interrogée Annick Touba présidente du syndicat, qui a tenu à rappeler que la vaccination est un acte très règlementé et loin d’être anodin médicalement. A l’instar du SNIIL, d’autres syndicats redoutent que cette mesure ne signe le début d’une lente érosion du décret de compétence des infirmières. « Pourquoi pas demain les pansements ? » lance ainsi le vice-président délégué de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), Daniel Guillerm. La colère exprimée laisse deviner que le parcours de l’amendement sera probablement loin d’être serein et qu’il n’est pas évident que l’avancée qui réjouit tant les pharmaciens soit confirmée au moment de l’adoption définitive du texte.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Petit rappel

    Le 21 octobre 2016

    Je ne peux m'empêcher de me rappeler que il y a quelques années les médecins généralistes étaient jugés incompétents pour vacciner contre la grippe (H1N1).

    Y aurait il de nouveaux des vaccins en trop à écouler ?

    Dr Monique Peter

    dr m peter

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