G. Verstuyf,
membre de l’équipe d’aide,
attaché à l’Association pour l’Alcoolisme et les autres
Toxicomanies.
Au cours de la dernière décennie, l’usage de cannabis en tant
que stupéfiant s’est mué en un phénomène social significatif dans
toute l’Europe, y compris la Belgique. Désormais, c’est surtout au
niveau de la culture des jeunes qu’il faut prendre le cannabis en
considération, en dépit de son caractère illégal ou peut-être
précisément grâce à celui-ci.
Dans cet article, nous aborderons le problème selon une perspective
sociale et sanitaire. À cet effet, nous nous baserons sur les
résultats d’études idéologiquement neutres et bien
conçues.
Données épidémiologiques
En 2001, 9% de la population flamande âgée de 15 ans et plus
avaient déjà testé au moins une fois du cannabis.1 L’utilisation
récente de cannabis a été rapportée par 2% de la population de 15
ans et plus. Les utilisateurs appartiennent surtout à la tranche
d’âge de 15 à 34 ans. Le cannabis est utilisé dans toutes les
classes sociales. L’usage expérimental se retrouve surtout chez les
personnes plus instruites.
Pendant la dernière décennie, l’usage de cannabis a augmenté parmi
les élèves de l’enseignement secondaire (2). Au cours de
l’année écoulée, jusqu’à 15% des élèves avaient pris du cannabis.3
Toutefois, l’utilisation n’augmente plus depuis l’année scolaire
2000-2001 (3). La tendance s’intègre dans un développement
plus large: dans la plupart des pays européens, l’usage de cannabis
s’est stabilisé au cours des dernières années (4).
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En bref
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Dans le cannabis, la substance active est le THC. La drogue est
fumée ou ingérée.
Fumer est le moyen le plus efficace pour amener le THC au cerveau.
Le cannabis s’élimine lentement de l’organisme; l’urine peut encore
en contenir des traces quelques semaines après la
consommation. |
THC
Toutes les parties de la plante Cannabis sativa, ou chanvre
indien, contiennent des cannabinoïdes psychoactifs. Les
concentrations de loin les plus élevées se trouvent dans les fleurs
de la plante femelle. Le composé le plus actif est le
D-9-tétrahydrocannabinol (THC), qui est liposoluble.
Les fleurs femelles séchées portent le nom de marihuana (weed); la
résine pressée de la plante s’appelle hasch. Au départ de celui-ci,
on fabrique également de l’huile de hasch.
Le cerveau possède deux types spécifiques de récepteurs aux
cannabinoïdes, ce qui indique qu’il existe dans l’organisme des
cannabinoïdes endogènes agissant sur ces récepteurs.
Modes d’administration
Le mode d’utilisation le plus efficace du cannabis consiste à le
fumer. Quelques secondes après la première bouffée, la drogue
pénètre déjà dans le cerveau et y atteint les récepteurs aux
cannabinoïdes.
Parfois, le cannabis est ingéré, par exemple en tant qu’ingrédient
d’un space cake (gâteau au cannabis). Le THC est assez facilement
absorbé par l’intermédiaire des intestins mais ce processus est
lent et imprévisible. En outre, la majeure partie du produit est
rapidement dégradée dans le foie avant d’arriver dans la
circulation.
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Le moyen le plus utilisé pour consommer du
cannabis: fumer un joint.
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Élimination
L’élimination du THC de l’organisme prend plusieurs jours. En
effet, le THC et certains métabolites liposolubles disparaissent
rapidement de la circulation et se concentrent dans le tissu
adipeux. Les métabolites sont progressivement excrétés par l’urine
et les fèces.
La période au cours de laquelle le THC est détectable peut varier
de cinq jours en cas d’utilisation unique ou très sporadique à
plusieurs semaines en cas d’usage quotidien.5 Ce constat est
important en pratique clinique: étant donné que les résidus de
cannabis/THC persistent parfois plusieurs semaines dans
l’organisme, un test urinaire positif ne donne pas toujours une
idée précise de l’utilisation de la substance au moment du
prélèvement de l’échantillon.
Le temps pendant lequel on retrouve des traces d’usage de cannabis
varie fortement en fonction de l’utilisateur, des circonstances, de
la concentration de THC dans le cannabis et du mode
d’utilisation.
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En bref
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| Le cannabis est utilisé en raison de son action hallucinogène,
avec des effets tels que détente et gaieté. La drogue provoque une
baisse de la tension artérielle et accélère le rythme cardiaque. Le
cannabis fumé est néfaste pour les poumons. |
Effets et risques de l’usage de cannabis
Les effets le plus souvent rapportés par les utilisateurs sont
la détente, la gaieté (high) et le fou rire, une stimulation de
l’appétit, un léger étourdissement (stoned), une augmentation de la
perception sensorielle et une modification de la perception
temporelle.
Dans les paragraphes suivants, nous donnons un aperçu de ce que la
littérature scientifique mentionne à propos des effets et des
risques liés à l’usage de cannabis (6).
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Accessoires de l’utilisateur de cannabis:
papier à cigarettes pour rouler un joint et une pipe
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Cœur et poumons
L’usage de cannabis provoque une baisse de la tension artérielle
et une accélération du rythme cardiaque. Dès lors, le cannabis
n’est pas sans danger pour les personnes souffrant de problèmes
cardiaques.
Fumer du cannabis entraîne pour les poumons un risque sévère qui
augmente probablement avec la durée de l’utilisation. L’habitude de
mélanger le cannabis au tabac accroît encore ce risque. En effet,
les fumées de cannabis et de tabac ont pratiquement la même
composition; elles contiennent donc les mêmes substances chimiques
néfastes pour le tissu pulmonaire. Après quelques années d’usage
régulier, on peut déjà percevoir des modifications du tissu des
voies respiratoires. À ce jour, il n’y a pas de preuves
convaincantes d’un éventuel lien causal avec l’asthme, la bronchite
chronique, l’emphysème pulmonaire ou le cancer du poumon
(7). Le mélange de cannabis et de tabac entraîne un risque
sévère de voir l’utilisateur développer une dépendance
tabagique.
Si le cannabis est fumé avec un narguilé ou un humidificateur, la
fumée est moins chaude et donc moins néfaste pour les poumons.
Cependant, vu la quantité plus faible de THC absorbée, le sujet
aura tendance à consommer davantage. En définitive, il inhalera
plus de goudron.
Autres effets organiques
L’usage de cannabis a une influence sur la motricité fine et sur
la mobilité. Cette influence est dose-dépendante; elle peut être
stimulante ou inhibitrice.
Le THC interfère dans une certaine mesure avec le système
reproducteur. À court terme, l’utilisation de cannabis peut
entraîner une diminution transitoire et réversible de la fertilité.
Les femmes enceintes ne devraient pas utiliser de cannabis, encore
moins en combinaison avec du tabac.
Chez les adultes, les études n’ont pas pu démontrer que l’usage de
cannabis pouvait provoquer des modifications permanentes au niveau
de la structure cérébrale. Pour les adolescents, le fait est
beaucoup moins sûr.
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En bref
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| Chez les patients psychiquement vulnérables, le cannabis peut
accélérer le développement de troubles psychotiques. Une relation
existe entre le cannabis et la diminution de la motivation et des
performances, ainsi qu’avec la dépression et le suicide. Chez les
patients vulnérables, le cannabis peut induire la schizophrénie. Le
cannabis affecte la mémoire à court terme. Il n’y a pas de preuves
en faveur d’une atteinte durable de la mémoire. |
Effets psychiques
Tel que mentionné ci-dessus, l’usage de cannabis
entraîne une augmentation de la sensibilité aux stimuli auditifs et
visuels et une modification de la perception du temps.
Dans certains cas exceptionnels, l’usage (oral) d’une dose
importante de cannabis peut provoquer des symptômes psychotiques
aigus. Ceux-ci disparaissent généralement d’eux-mêmes après
quelques heures. Rien n’indique que l’usage de cannabis provoque
des troubles psychotiques chroniques.
Par contre, le cannabis peut accélérer le développement de troubles
psychotiques chez les personnes présentant une certaine
prédisposition. L’usage de cannabis peut également accélérer
l’évolution d’un trouble psychotique existant.
La diminution de la motivation et des prestations que l’on constate
parfois chez les gros consommateurs de cannabis est un phénomène
psychosocial complexe. Celui-ci ne peut être attribué
systématiquement au cannabis; le problème peut être lié à une
dépression sous-jacente ou faire partie d’un dysfonctionnement
psychologique plus large. Un lien existe entre l’utilisation
problématique de cannabis et la dépression et le suicide.
Toutefois, les mécanismes déterminant ce lien sont inconnus.
Le cannabis induit-il la schizophrénie?
Récemment, tant la presse générale que la presse scientifique se
sont penchées sur quelques études de cohortes longitudinales; ces
études affirmaient que l’usage chronique de cannabis menait à la
schizophrénie. Si l’association entre l’usage de cannabis et
l’apparition d’une schizophrénie a bien été établie, les preuves
d’un lien causal font défaut. Il semble que dans une population non
vulnérable, l’usage de cannabis n’induise pas de schizophrénie. En
effet, l’incidence de la schizophrénie n’est pas en hausse, en
dépit de la forme endémique que prend l’usage de cannabis.
Chez les personnes vulnérables par contre, le cannabis peut
déclencher une schizophrénie. Par ailleurs, il augmente le risque
de récidive chez les sujets schizophrènes. En outre, les patients
schizophrènes se tourneraient plus rapidement vers le cannabis.
Effets cognitifs
Le cannabis peut perturber la mémoire à court terme. Aucune
donnée scientifique ne prouve qu’une consommation importante
affecte la mémoire de manière permanente. Chez les jeunes en âge de
scolarité, la détérioration de la mémoire à court terme et des
autres fonctions mentales peut entraîner de moins bonnes
prestations scolaires juste après la consommation. Chez les
utilisateurs réguliers de cannabis, les résultats scolaires
médiocres sont souvent liés à d’autres problèmes comportementaux.
La consommation de cannabis ne provoque pas de troubles sévères des
autres fonctions cognitives.
Conduite de véhicules
La conduite sous influence de cannabis est dangereuse.
L’aptitude à exécuter des tâches compliquées est diminuée pendant
au moins huit heures après une prise unique. Par mesure de
sécurité, il est préférable de ne pas conduire ni d’utiliser de
machines dangereuses pendant les 24 heures qui suivent la
consommation. Les mesures devraient être encore plus strictes pour
les personnes dont la profession implique une sécurité absolue,
tels les conducteurs de trains et de bus, les pilotes, etc. Par
ailleurs, l’alcool renforce l’influence négative du cannabis sur le
comportement au volant.
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En bref
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| Le risque de dépendance physique et psychique au cannabis est
relativement faible. Certains groupes deviennent plus rapidement
dépendants que d’autres; c’est notamment le cas des jeunes de moins
de 16 ans qui consomment du cannabis chaque semaine. Il existe une
relation claire entrel’utilisation de cannabis et celle d’autres
drogues. Il est possible que le cannabis agisse comme voie d’accès
à d’autres drogues. |
Dépendance
Si l’on compare le cannabis à d’autres stupéfiants, on constate
que le risque de dépendance physique et psychique est limité.
Environ 8% des utilisateurs adultes de cannabis et 15% des
consommateurs adolescents présentent des symptômes de dépendance.
Les études épidémiologiques indiquent qu’une minorité des personnes
ayant consommé du cannabis par le passé continuent à le faire
régulièrement et pendant une longue période.
Le risque de dépendance n’est pas identique pour tout le monde;
peut-être même est-il partiellement déterminé par la génétique.
Dans tous les cas, le risque de dépendance augmente à mesure que
l’on consomme de plus grandes quantités, pendant une période plus
longue et surtout de manière plus régulière. Les personnes qui
commencent très jeunes à consommer du cannabis deviennent plus
rapidement dépendantes. L’usage avant l’âge de seize ans augmente
le risque de dépendance, d’autant plus lorsque le jeune consomme du
cannabis au moins une fois par semaine. En outre, les groupes
suivants sont particulièrement sensibles: les jeunes, les hommes,
les utilisateurs simultanés d’autres stimulants, en particulier le
tabac et l’alcool, ainsi que les personnes ayant des antécédents de
troubles comportementaux, de violence et d’autres problèmes
psychiques.
Lors de l’arrêt de la consommation, rares sont les symptômes de
sevrage tels que perte d’appétit, anxiété, irritabilité, tension,
troubles du sommeil et état dépressif. La raison en est la longue
demi-vie du THC.
La voie vers d’autres produits
Par le passé, on a supposé que les propriétés pharmacologiques
du cannabis induisaient un mécanisme biologique conduisant
inévitablement à l’utilisation d’autres drogues illégales plus
puissantes. Toutefois, cette hypothèse, connue sous le nom de
théorie stepping-stone, est infirmée depuis longtemps.
La théorie gateway (voie d’accès) est plus nuancée. Elle suppose
que la consommation de cannabis met l’utilisateur en contact avec
le monde des drogues illégales; le cannabis agit ici comme voie
d’accès vers d’autres stupéfiants illégaux.
Au niveau des services d’aide, on constate que ce concept
correspond à la réalité: la consommation de cannabis peut ouvrir la
voie à d’autres drogues. Le processus est influencé par la
vulnérabilité personnelle, la pression sociale existante ou
l’abondance de l’offre.
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En bref
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Parmi les utilisateurs de cannabis qui s’adressent aux services
d’aide, on distingue quatre grands groupes: l’utilisateur débutant,
l’utilisateur de longue durée, l’utilisateur de cannabis en tant
que médicament et le polytoxicomane.
Pour chacun de ces types de consommateurs, l’approche est
différente. Dans tous les cas, il est préférable de se centrer sur
les fonctions et sur les conséquences de l’utilisation plutôt que
sur le produit. |
Possibilités d’assistance en cas d’utilisation problématique de
cannabis
Chez une grande partie des utilisateurs de cannabis, la
consommation est soit expérimentale, soit intégrée; dès lors, la
consommation cadre avec un mode de vie acceptable pour
l’utilisateur et pour la société. Cependant, un groupe relativement
restreint finit par faire appel aux équipes d’aide par le biais de
divers canaux.
Au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes ayant
commencé à consommer du cannabis a augmenté. À l’avenir, nous
pouvons nous attendre à une augmentation proportionnelle du nombre
de personnes qui auront besoin d’une aide spécialisée. Les chiffres
du VLIS-VVBV (Vlaams Informatiesysteem van de Vlaamse Vereniging
voor Behandelingscentra Verslaafdenzorg) confirment que le nombre
de demandes d’aide émanant d’utilisateurs de cannabis montre une
tendance croissante depuis les années nonante. Toutefois, nous
devons nous garder de tirer des conclusions hâtives: les personnes
présentant une utilisation problématique de cannabis débouchent
dans plusieurs structures différentes, pour lesquelles nous ne
disposons pas de données similaires.
Sur la base des expériences essentiellement issues de la
pratique ambulatoire, nous pouvons établir divers profils
d’utilisateurs qui entrent en contact avec les services
d’aide.6
L’utilisateur débutant. Chez
l’utilisateur débutant, la demande d’aide vient généralement de
l’entourage, en particulier des parents. Les problèmes pointés par
ceux-ci sont les tensions dans la famille, les mauvais résultats
scolaires et le contact exclusif avec d’autres utilisateurs. Pour
le consommateur lui-même, l’utilisation est chargée d’une
connotation positive. L’intéressé minimise ses éventuels problèmes.
Il consomme surtout avec des amis, d’où le fait que la consommation
a aussi une fonction sociale.
L’utilisateur de longue durée. Si la
consommation de cannabis existe depuis plusieurs années, la demande
d’aide émane généralement du consommateur lui-même. Elle sera
motivée par des sentiments d’épuisement, de vide et de solitude; le
patient souffre d’insomnies, de troubles de la concentration et de
la mémoire et présente une dépendance psychique. Souvent, il
consomme seul et vit isolé. La consommation persiste en raison de
la dépendance psychique. Pour l’entourage, les principaux problèmes
résident dans l’isolement social, la passivité et la dépendance du
consommateur.
Automédication. Les personnes actives
dans les services d’aide décrivent un groupe de patients utilisant
du cannabis pour mieux gérer leurs symptômes psychiatriques. Cet
usage complique le traitement car il influence négativement
l’action pharmacologique des médicaments prescrits et surtout la
compliance thérapeutique. Chez les patients psychotiques, le
cannabis peut déclencher ou aggraver les crises.
Le polytoxicomane. Généralement, le
polytoxicomane consulte pour une autre toxicomanie. Il ne considère
pas l’utilisation de cannabis comme problématique et souhaite
continuer à utiliser ce produit.
Approche générale des services d’aide
Les soignants plaident pour une prise en charge adaptée au type
de consommateur, selon les profils esquissés ci-dessus. Ainsi, les
jeunes toxicomanes se sentent vite agressés; avec eux, il est
souvent plus difficile de parler d’utilisation et d’abus.
Toutefois, certains changements semblent se profiler ces dernières
années: un nombre croissant de jeunes désirent s’informer
correctement; ils se montrent ouverts à des informations nuancées,
même si celles-ci ne sont pas positives. Parmi le groupe
d’utilisateurs plus âgés, l’utilisation et l’abus de cannabis sont
plus faciles à aborder; la raison s’en trouve peut-être dans le
fait que la demande d’aide vient généralement du patient
lui-même.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas judicieux de se centrer
uniquement sur le produit. Il vaut mieux envisager les fonctions et
les conséquences de l’utilisation de cannabis.
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En bref
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| La détection précoce de l’usage de cannabis est essentiellement
du ressort de la première ligne. Le test urinaire permet de
confirmer la consommation. On peut recourir à des questionnaires
pour le diagnostic d’une toxicomanie. Généralement, aucun
médicament n’est nécessaire pour le sevrage. |
Il n’est pas rare que les parents ou le partenaire demandent au
généraliste d’induire l’abandon de la consommation. La détection
précoce de l’usage problématique ou non de cannabis est surtout du
ressort de la première ligne.
Comme avec d’autres produits, l’utilisateur a généralement une tout
autre conception des risques et des problèmes liés à l’utilisation
que celle de son entourage et du soignant. Toutefois, il faut
partir de l’idée que cette différence de définition du problème
n’est pas une contre-indication. Au contraire, elle constitue la
base d’un processus de motivation méthodique. Nous savons que la
motivation à modifier un comportement se déroule par étapes;
celles-ci sont décrites dans le modèle de Prochaska et Di
Clemente.8 Pour influencer la motivation, on peut introduire les
principes de l’entretien motivationnel dans la consultation
(9).
Détection précoce de l’usage de cannabis
Les complications somatiques liées à l’usage de cannabis étant
plutôt rares, il faudra plutôt rechercher des indices dans le
contexte psychosocial. On sera attentif aux modifications
comportementales, aux conflits relationnels, aux échecs dans
différents domaines, aux expériences négatives pouvant être la
conséquence d’un usage expérimental, etc. Si le patient reconnaît
l’usage au cours d’un entretien ouvert et non menaçant, on peut
procéder à une anamnèse plus étendue en matière de toxicomanie.
Test d’urine
Pour étayer une suspicion de consommation de cannabis, on
peut faire une analyse d’urine. À cet effet, il existe des tests de
dépistage comparables aux tests de grossesse. Cependant, les
résultats les plus fiables sont obtenus avec un test
chromatographique en laboratoire. De préférence, on supervisera le
prélèvement de l’échantillon afin d’éviter toute falsification.
L’ingestion d’une quantité importante d’eau peut particulièrement
influencer le résultat. En cas de suspicion de dilution de l’urine,
un dosage de la créatinine peut se révéler utile.
L’analyse d’urine ne dit pas tout sur la consommation; elle offre
encore moins une solution. Il ne s’agit que d’un instantané
faiblement pourvu d’informations sur le type d’utilisation et sur
les motifs de la consommation. Le recours à l’analyse d’urine doit
se faire dans le respect du patient et du secret médical. Dans
le cas contraire, on compromet les possibilités d’une communication
ouverte au sujet de l’utilisation.
Établir la problématique de toxicomanie
Pour le diagnostic, on peut recourir à deux outils de dépistage:
le CUDIT* (Cannabis Use Disorders Identification Test)10 pour
l’usage du cannabis et, pour la problématique de toxicomanie en
général, l’Europ-ASI, qui porte sur 7 domaines de vie
différents.
Chez les jeunes qui obtiennent un score élevé lors d’un test
de dépistage, on peut utiliser le CIDI (Comprehensive International
Diagnostic Interview) pour confirmer ou exclure un trouble lié à
l’usage de cannabis et la problématique associée. Le CIDI permet
d’établir le diagnostic selon la systématique du DSM-IV.10
Sevrage
En général, le sevrage ne nécessite pas de médicaments, sauf si
le patient présente des symptômes tels qu’agitation intense,
anxiété et décompensation psychotique. En cas d’anxiété ou
d’agitation, on peut prescrire du diazépam (a) pendant un
court délai. En cas d’agitation intense ou de décompensation
psychotique, il vaut mieux instaurer un bref traitement par
neuroleptique, par exemple la rispéridone (b) . En cas de
décompensation psychotique pendant un traitement ambulatoire, on
envisagera l’hospitalisation (11).
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En bref
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| À côté de l’abus de substances, on trouvera souvent un autre
trouble psychique: psychose, dépression ou anxiété par exemple.
Dans tous ces troubles, il est conseillé d’arrêter ou de réduire
l’usage de cannabis. De préférence, la toxicomanie et le trouble
psychique seront traités simultanément. Parfois, il sera indiqué de
référer le patient à un centre spécialisé. |
Troubles associés
En présence d’un trouble lié à l’usage de cannabis, la
problématique est souvent multiple. Dès lors, il ne sera souvent
pas suffisant de poser le diagnostic de trouble lié à l’abus de
substances. D’autres problèmes somatiques, psychiatriques et
sociaux compliquent le tableau clinique et rendent le traitement
difficile.
Idéalement, le diagnostic de trouble psychique associé n’est posé
qu’après une période d’abstinence de 3 à 4 semaines; en pratique
toutefois, un tel délai n’est souvent pas réaliste. On conseille de
procéder à l’anamnèse aussi exhaustive que possible de l’histoire
de la toxicomanie; de préférence, cette anamnèse sera complétée par
des tests urinaires et sanguins.
Traiter la comorbidité
Quelques rapports récents évoquent les derniers traitements
evidence-based et/ou best practice de l’abus et de la dépendance à
des substances, ainsi que de la comorbidité psychiatrique
(12-14).
Lorsqu’il est question de comorbidité, les deux troubles (la
toxicomanie et le trouble psychique) sont de préférence traités
simultanément.
Toutefois, les améliorations d’un trouble ne sont pas
nécessairement associées aux améliorations de l’autre.
Psychose
Pour le traitement de l’usage problématique de cannabis et de la
psychose (schizophrénie et trouble bipolaire), le National
Comorbidity Project australien a défini les recommandations
suivantes (14).
Il est important d’établir une
distinction entre un épisode psychotique aigu consécutif à l’usage
de drogues, un premier épisode de trouble psychotique et un épisode
aigu d’un trouble psychotique chronique déjà diagnostiqué.
En présence d’un épisode psychotique
aigu découlant de l’usage d’une drogue, l’arrêt de la consommation
entraînera la disparition de l’épisode. Parfois, le recours aux
antipsychotiques ou aux benzodiazépines est indiqué pendant
quelques jours.
En général, il faut recommander aux
patients présentant des troubles psychotiques de ne pas consommer
de cannabis.
Dépression
Le NCP a également émis quelques recommandations importantes à
propos du traitement de la dépression, en cas d’abus ou de
dépendance au cannabis.
En raison de l’action sédative du
cannabis, il convient de recommander aux patients dépressifs
d’arrêter ou de réduire leur consommation de façon à ce que les
symptômes dépressifs puissent être mieux évalués.
En association avec le cannabis, il
existe un risque – probablement limité – que les SSRI aient des
effets indésirables. Les patients doivent en être informés.
Si des SSRI sont administrés alors que
le patient consomme toujours du cannabis, il convient d’informer le
patient des symptômes du syndrome sérotoninergique
Troubles anxieux
Le cannabis ayant un effet anxiogène potentiel, il est conseillé
aux personnes souffrant d’un trouble anxieux d’arrêter ou de
diminuer leur consommation de façon à ce que les symptômes puissent
être mieux évalués. Souvent, l’abstinence se solde par une
diminution générale des symptômes anxieux.
Lorsque le patient utilise le cannabis comme automédication, il est
indiqué de lui proposer un traitement pharmacologique ou une
thérapie cognitivocomportementale spécifiquement axée sur
l’anxiété.
Centres d’aide
Nous disposons de nombreux services d’aide différenciés pour la
toxicomanie problématique. Toutefois, peu de centres disposent
d’une offre thérapeutique correspondant spécifiquement aux
personnes qui présentent un problème lié au cannabis.
Dans le secteur spécialisé, les stratégies thérapeutiques les plus
fréquentes sont aussi celles pour lesquelles la littérature offre
le plus de preuves d’efficacité: l’entretien motivationnel, la
thérapie cognitivocomportementale et l’accompagnement familial.
Certains centres offrent des activités ponctuelles de groupe
pour les jeunes dont l’entourage estime la toxicomanie
problématique. Les séances de groupe prennent la forme d’un cours
ou d’une activité de soutien. L’objectif est d’inciter les jeunes à
la réflexion sur la consommation et le comportement à risque.
En outre, il existe des groupes orientés vers l’échange entre les
parents. L’objectif de ces groupes est de donner aux parents le
sentiment d’avoir prise sur la situation. Actuellement, l’offre de
groupes de parents est beaucoup plus étendue que celle de groupes
destinés aux jeunes.
a. Diazepam EG, Diazepam Teva, Diazepam ratiopharm, Valium
b. Risperdal
Références
1. Bayingana K, Demarest S, Gisle L, et al. Gezondheidsenquête
door middel van interview, België, 2004.
Brussel: Wetenschappelijk Instituut Volksgezondheid; 2006.
2. Health Behaviour School-aged Children (HBSC). Gent: Universiteit
Gent. URL: http://allserv.ugent.be/~cvereeck/hbsc/.3.
Kinable H. Bevraging van Vlaamse leerlingen in het kader van een
drugbeleid op school. Syntheserapport schooljaar 2004-2005.
Vereniging voor Alcohol-
en andere Drugproblemen: Brussel; 2005.
4. Hibell B et al. The ESPAD Report 2003. Alcohol and Other Drug
Use Among Students in 35 European Countries.
Stockholm: The Swedish Council for Information on Alcohol and Other
Drugs (CAN) and the Pompidou Group at the Council of Europe;
2004.
5. Nuytinck G. Drugtesting. Thema-avond van de Druglijn op 27 mei
1999.
6. Kinable H. Dossier cannabis. Brussel: VAD; 2004.
7. Rigter H et al. Cannabis: feiten en cijfers 2003.
Achtergrondstudie Nationale Drugmonitor. Utrecht: Bureau NDM;
2003.
8. Prochaska JO, Di Clemente C. Transtheoretical therapy: Toward a
more integrative model of change; 1982.
9. Miller W, Rollnick S. Motivational Interviewing. New
York/London: Guilford Press; 1989.
10. Rigter H. Cannabis: preventie en behandeling bij jongeren.
Utrecht: Trimbos-instituut; 2006.
11. Richtlijn detox. Verantwoord ontgiften door ambulante of
intramurale detoxificatie.
Publicatie uitgebracht in opdracht van GGZ Nederland binnen het
project Resultaten Scoren. Amersfoort; 2004.
12. Van der Stel JC. Co-morbiditeit: verslaving plus een psychische
stoornis. ZonMW, Programma Verslaving; 2006.
13. Lingford-Hughes AR, Welch S, Nutt DJ. British Association for
Psychopharmacology. Evidence-based guidelines for the
pharmacological management of substance abuse, addiction and
comorbidity; recommendations from the British Association for
Psychopharmacology. J Psychopharmacol 18: 293-335.
14. National Comorbidity Project. Canberra: Commonwealth Department
of Health and Ageing; 2003.
Copyright © Medisurf, Patient Care, Fevrier 2007