Philippe BRENOT,
Directeur d’enseignement à l’Université Paris V, Président de
l’Observatoire international du couple, Paris
Illustration : Saturne dévorant ses enfants par Goya
Après un troisième «oubli» d’un enfant par son père, dont
deux décès, en quelques mois, la question de l’intérêt des hommes
pour leur progéniture se pose de façon aiguë à toutes les femmes
bien sûr, mais peut-être aussi à certains représentants masculins
de l’espèce humaine. « Mais l’instinct ? » ,me direz-vous.
L’instinct n’existe certainement pas, ni chez les hommes ni chez
les femmes.
On sait combien certaines mères abandonniques montrent une
absence totale de lien d’attachement avec l’enfant. Il existe, par
contre, un ensemble de mécanismes bio-psychologiques qui organisent
un attachement puissant, durable et inaliénable entre l’enfant qui
vient de naître et l’être qui lui est le plus proche :en général,
la mère. Le mécanisme d’« empreinte »,décrit par Konrad Lorentz
chez les ovipares et plus largement dans le monde animal, a été
clairement montré chez les humains, même si la période
d’imprégnation est certainement plus longue et difficile à
définir.
On pourrait résumer ainsi l’empreinte éthologique par un
mécanisme génétiquement déterminé qui, à la naissance, imprègne le
nouveau-né de l’objet permanent le plus proche de lui pendant les
premières semaines, les premiers mois. Ce formidable élan
d’attachement est alors vécu par la mère sur un mode émotionnel qui
la marque profondément et crée à son tour un profond lien
psychologique, qui sera ensuite modulé par les éléments de la
personnalité que sont la responsabilité, la culpabilité, la
conscience…
La psychologie de la grossesse est enfin l’un des grands
bouleversements de la vie féminine mêlant des sensations charnelles
au sentiment de dédoublement et créant une sorte de conscience
permanente envers cette part de soi-même progressivement autonome
,mais fragile et bouleversante. La mère se sent alors «
terriblement responsable » de cet être fragile qu’elle vient de
mettre au monde , attentive, vigilante, tant la proximité est
grande avec ce nouveau- né issu d’elle-même.
Rien de tout cela pour le père. Le père, lui, n’existe pas !
Comme il n’a jamais existé, à part quelques rares exceptions, chez
les mammifères. «Pourquoi ?, me direz-vous, ce n’est pas logique.
Je connais des pères très investis, très impliqués, très
maternants. Oui, bien sûr, mais le mécanisme n’est pas du tout le
même ». Leur responsabilisation procède d’un investissement
personnel par une construction psychologique, aujourd’hui plus
répandue, qui fait à certains pères partager avec la mère une part
de l’accompagnement du petit enfant. Mais,plus fondamentalement, le
père n’existe pas chez les mammifères, en raison de la grossesse
«cachée» des femelles qui ne leur permet pas de faire une relation
de cause à effet entre une copulation (souvent avec plusieurs
partenaires) et une naissance neuf mois plus tard.
Le père est ainsi, chez les humains, une construction psychique
secondaire. Comme le dit si justement Boris Cyrulnik,« la mère
baptise le père en disant à l’enfant :c’est lui ton père ! ». Le
plus généralement, cet homme est le père naturel, mais ce peut
également être le conjoint, l’homme du moment, un étranger de
passage… Cette profonde asymétrie entre le mâle et la femelle à
propos de l’enfant se poursuit tout au cours de l’élevage du petit
humain :le lien enfant mère est une donnée puissante et
inaliénable, créant une conscience permanente de la présence ou de
l’absence, souvent une vigilance de tous les instants. C’est
d’ailleurs un fréquent reproche des hommes envers les femmes :«
Pour toi, il n’y a que les enfants qui comptent ! ». Et une
difficulté pour de nombreuses femmes à investir le couple en
présence des enfants. La conscience féminine du lien parent enfant
contraste alors d’autant plus avec l’absence de sollicitude et
parfois, le désintérêt de certains pères. La représentation qu’ont
les hommes et les femmes de leur enfant est extrêmement différente,
surtout lorsque le père n’a pas investi la fonction parentale.
Prise dans des angoisses de tous les instants, surtout lorsqu’il
est tout petit, la mère se sent terriblement responsable et ne peut
oublier son enfant, tandis que certains pères peuvent avoir des
inattentions, des négligences, voire même un « oubli de l’enfant »,
tant il n’est pas dans le registre de leurs préoccupations, de
leurs représentations mentales. Par obligation morale, cet homme
peu investi tente alors de participer aux tâches d’accompagnement
parental et peut, à l’extrême, « oublier » son enfant, avec les
conséquences dramatiques que l’on vient de vivre. Ces deux drames
illustrent, s’il en était besoin, l’absence d’instinct paternel,
mais également d’investissement psychologique de l’enfant, par de
nombreux mâles de l’espèce humaine. Ce « meurtre par oubli »
apparaît comme l’aboutissement extrême d’un comportement masculin
qui fait si souvent violence aux femmes :le désinvestissement
domestique et parental. Nulle excuse à cela, nulle atténuation de
la culpabilité, c’est aujourd’hui aux hommes de comprendre ce que
vivent leurs compagnes et de partager ce vécu s’ils veulent
construire un couple avec elles. La fonction paternelle n’existant
pas de façon naturelle, les hommes ne peuvent l’acquérir que par
apprentissage, c’est-à-dire par intérêt pour la mère de cet enfant
qui est souvent le leur.
Copyright © Len medical, Neuronale, janvier/février 2009
Chez les chats
Le 18 mars 2009
En ce qui concerne les chats vivants en milieu fermé, nous avons eu ma femme et moi un couple de persans qui ne sortaient pas. Lors de la deuxième portée, le mâle s'est occupé des chatons, à partir du 3° jour, et s'est interposé entre le panier où était les chatons âgés de 8 jours et le chat que mon fils avait amené avec lui, chat également très habitué à la maison et avec qui il n'y avait aucun problème d'entente jusque là.
Philippe Bergerault
Deux divergences fondamentales
Le 20 mars 2009
Pour ma part, je partage aussi une grande partie des éléments de cet article avec cependant deux divergences fondamentales.
La première, comme l'a dit E. Badinter, l'instinct maternel n'existe pas systématiquement et les multiples exemples récemment médiatisés ne font que rappeler que l'infanticide maternel est plus courant que l'ont veut bien nous le faire croire et qu’il ne date pas d'hier. L'instinct maternel se bâtit beaucoup plus dans la réalisation d'une grossesse désirée et dans l'ensemble des facteurs physiques et psychologiques entourant la grossesse y compris dans la douleur de l'accouchement (quand il y en a eut), alors que l'empreinte est d'abord la démarche du nouveau né qui reconnaît sa mère ( K.Lorentz). Ce n'est que bien plus tard, par apprentissage (pas toujours réussi d'ailleurs) que sa mère arrivera à reconnaître la nature des pleurs de son nouveau né (il faudra même souvent attendre le second né de la fratrie pour voir la perception de la nature des cris être correctement évaluée).
La seconde est aussi souvent la conséquence de la première, c'est à dire à la liaison fusionnelle intervenue entre la mère et l'enfant qui exclu le père de cette relation (ce qui posera plus tard le problème de la mère qui n'est plus une amante mais seulement une mère). Le père est présenté à l'enfant par la mère (même quelque fois si ce n'est pas lui le vrai père : 2éme enfant de 10% des familles allemandes parait-il).
Alors parler de « meurtre par oubli » me semble plutôt excessif. Je m'étonne là aussi, de l'absence de jugement des mères censées surveiller leur enfant qui s'est noyé dans la piscine familiale au point de justifier réglementairement l'installation de coûteux procédés pour éviter ces "oublis".
Pour ma part, j'y vois là, les limites de l'instinct dans des vies socialement complexes (que n’ont pas les modèles animaux), plus qu'une volonté meurtrière inconsciemment élaborée.
Stéphane Roussel
Culturel plus que biologique
Le 30 mars 2009
Est ce que on peut parler d'instinct chez l'être humain alors que c'est apparemment le seul animal qui la capacité de raisonnement.
Cette analyse et cet article s'appliquent surtout au sociétés occidentales où le concubinage et les naissances en dehors du mariage sont tolérés mais qu'en est il des autres sociétés !
Je crois que ce qu'on appelle instinct paternel(ou maternel)a une dimension culturelle plus que biologique.
Dr Kamel Bouafia
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