P. LE DOSSEUR, C. DE VECCHI,
Service Imagerie pédiatrique et foetale, CHU de Rouen
Les traumatismes crâniens de l’enfant déterminent des
lésions intra- ou péricérébrales qui sont essentiellement fonction
du type de traumatisme et de l’âge de l’enfant. Le scanner est
l’examen le mieux adapté à la prise en charge des traumatisés
crâniens en urgence et ce dans toutes les indications
neurochirurgicales. En revanche, il est peu performant pour une
datation au-delà du 10e jour, et il comporte des pièges techniques
et sémiologiques qu’il faut connaître.
Pourquoi le scanner ?
Une bonne connaissance de l’anatomie des espaces péricérébraux
est indispensable à la compréhension des images. L’échographie
transfontanellaire avec une sonde à focale courte permet une bonne
illustration des différents espaces (figure 1). Seul l’espace
sous-arachnoïdien est normalement identifiable, contenant le
liquide céphalo-rachidien péricérébral. Les autres espaces sont
virtuels, parcourus par des vaisseaux. Si l’échographie fournit les
plus belles images de la surface du cerveau, elle a l’inconvénient
de n’explorer que la région médiane proche de la fontanelle
antérieure. Elle peut donc ignorer les épanchements en région
frontale, pariétale ou occipitale (figure 2). La déviation des
structures médianes n’est pas un signe assez sensible pour faire de
cette technique une méthode d’exploration utile en pratique. Le
scanner reste donc l’outil le mieux adapté à la prise en charge des
traumatisés crâniens en urgence car il est plus disponible et plus
rapide que l’IRM, plus complet que l’échographie transfontanellaire
et il reconnaît toutes les indications neurochirurgicales. En
revanche, il est moins exhaustif et moins « pronostique à long
terme » que l’IRM, il est peu performant pour une datation au-delà
du 10e jour, il est irradiant et peut nécessiter une sédation, et
il comporte des pièges techniques et sémiologiques.
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Figure 1. Échographie. L’espace
sousarachnoïdien est bien différencié de l’espace sous-dural en
raison de la présence d’un hématome sous-dural bilatéral.
L’espace souspial est le plus richement vascularisé des
trois.
Figure 2. Les hématomes de la convexité, bien visualisés en IRM, ne
sont pas accessibles à l’échographie transfontanellaire
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Protocole d’interprétation d’un scanner
crânien
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Figure 4.
L’étude de la voûte, des fontanelles, des sutures, des os wormiens,
nécessite un travail de fenêtrage et de reformatage pour
différencier ces structures normales des fractures, surtout en cas
de maltraitance.
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Figure 3.
L’analyse des images doit être complète : voûte, espaces
péricérébraux, cortex, substance blanche, ventricules, citernes
prépontiques. À 6 mois, la substance blanche, peu myélinisée,
apparaît hypodense. Figure 5. À 3 ans, les structures
cérébrales ont un aspect proche de celui de l’adulte.
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• Crâne et parties molles :
– travail des fenêtres de lecture (figure 4) ;
– reconnaissance des sutures normales et accessoires ;
– étude de la base du crâne et de la charnière OC.
• Espace sus-tentoriel :
– mesure d’une déviation des structures médianes ;
– étude des espaces péricérébraux et des sillons ;
– recherche d’une hyper/hypo densité du parenchyme ;
– étude du système ventriculaire (dilatation, asymétrie) ;
– études de la faux et des sinus veineux (figure 5).
• Espace sous-tentoriel :
– reformatage des images dans les trois plans ;
– recherche d’un effacement des citernes de la base ;
– étude de la tente et des sinus veineux.
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Sémiologie des images anormales
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Figure 6.
L’hématome extra-dural suraigu est facile à reconnaître, image
hyperdense hétérogène biconvexe comprimant le cortex et refoulant
le ventricule homolatéral.
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Figure 7.
L’hématome sous-dural récent est
hyperdense, souvent peu épais, tapissant
la voûte, s’insinuant le long de la faux du
cerveau.
Figure 8. Les ruptures axonales, typiques de l’enfant secoué, sont
mieux vues en IRM : hémorragies à la jonction cortex-substance
blanche en hyper signal T1, avec oedème périphérique en hyposignal
à gauche. L’IRM est utile au pronostic.
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Hématome extra-dural ou sous-dural. Dans les deux cas, les
images sont faciles à reconnaître : les images biconvexe d’hématome
extra-dural (figure 6) ou plus linéaire d’hématome sous-dural sont
d’autant plus identifiables que le saignement est récent du fait de
leur hyperdensité par rapport au parenchyme. L’oedème cérébral est
également facile à identifier, refoulant la faux et comprimant le
ventricule (figure 7).
Les hématomes intra-cérébraux, de densité souvent
hétérogène, sont également faciles à identifier. Plus difficiles
sont les hémorragies plus fines et éventuellement plus dispersées,
telles qu’en génèrent des ruptures axonales chez l’enfant secoué
(figure 8).
Surveillance. L’intérêt du scanner est aussi de suivre
l’évolution des lésions intra-crâniennes (figures 9, 10 et 11).
L’évolution ultérieure et le bilan des séquelles devront être
réalisés par IRM sur un examen programmé chez un enfant plus calme
(figure 12). Le scanner doit être utilisé avec parcimonie. La dose
est loin d’être nulle, en particulier pour le cristallin. Des
publications alarmistes ont fait penser que le scanner chez
l’enfant pouvait altérer à terme les fonctions cognitives. Rien
n’est prouvé dans ce domaine. Par contre, à partir du cinquième
scanner, chez certains sujets, l’apparition d’une cataracte
pourrait être favorisée. Les pièges techniques L’examen rapide
d’une planche de 12 ou 15 images sélectionnées permet en général
d’apprécier globalement la présence ou non d’une lésion indiquant
la chirurgie. En revanche, l’étude exhaustive des lésions nécessite
le travail sur écran.
En effet :
• L’examen de toutes les coupes est indispensable pour
reconnaître certains pièges comme les hémorragies très localisées
au niveau du vertex (figure 13) et de la fosse postérieure.
• Le travail de fenêtrage est nécessaire pour différencier
l’espace sous-arachnoïdien de l’espace sous-dural (figure 14), pour
bien différencier la substance blanche du cortex, en particulier au
niveau des noyaux gris centraux et du tronc cérébral. Le travail
des fenêtres est indispensable pour explorer la voûte du crâne
lorsqu’il y a un contexte de maltraitance (figure 15). Les
fractures de la base peuvent orienter vers la recherche d’une
hypoacousie, d’une otorrhée, d’une rhinorrhée.
• Le reformatage est souvent utile pour confirmer une lésion
suspectée sur le plan axial. L’aspect de la substance blanche
spontanément hypodense chez le nourrisson doit être symétrique dans
tous les plans. Une hypodensité localisée peut correspondre à une
zone d’ischémie (figures 16 et 17). Le reformatage permet aussi de
mieux identifier les sinus veineux lorsque le plan d’acquisition
initial n’est pas strictement normalisé. L’aspect hyperdense des
sinus veineux chez le nourrisson est une particularité qui doit
être différenciée d’une thrombose ou d’une hémorragie sous-durale
interhémisphérique fréquente dans la maltraitance.

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Figure 16.
Enfant de 1 mois accidenté. Hématome sous-dural et hémorragie
méningée. Effacement de l’hypodensité normale de la substance
blanche et hypodensité corticale pariéto-occipitale
anormale.
Figure 17.
Même enfant que fig. 16. IRM pondérée T1 : hématome sous-dural à
cheval sur la tente du cervelet ; séquence en diffusion,
cartographie ADC (apparent diffusion coefficient) : phase d’oedème
cytotoxique traduisant l’ischémie des lobes occipitaux. L’IRM est
utile au pronostic.
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Les pièges sémiologiques
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Figure 18.
Deux enfants de 14 mois avec des espaces péricérébraux larges, qui
semblent à première vue de tonalités
identiques. À gauche, les sillons et scissures sont bien creusés,
les ventricules sont larges : macrocranie à cerveau normal. À
droite, les sillons et scissures sont effacés, les ventricules sont
comprimés : hématome sous-dural bilatéral.
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La faux du cerveau et la tente sont spontanément hyperdenses chez
l’enfant. Elles apparaissent sous la forme d’un liseré dense,
régulier, fin, qu’il ne faut pas confondre avec une hémorragie
sous-durale, qui est en général plus irrégulière. Les espaces
sous-arachnoïdiens normaux ont une épaisseur très variable chez le
nourrisson et le jeune enfant. Les macrocrânies simples, à cerveau
normal, ne doivent pas être confondues avec un hématome ou un
hydrome sousdural bilatéral et symétrique (figure 18). L’effacement
des sillons, la disparition des vallées sylviennes, la compression
des ventricules latéraux sont des signes en faveur d’une collection
sous-durale et non d’un simple espace sousarachnoïdien un peu
large. Un hématome sous-dural peut être dilué par du liquide
sousarachnoïdien. Il devient alors moins dense et sa topographie
est plus irrégulière. Lorsque la différenciation cortexsubstance
blanche n’est pas apparente, il faut la rechercher à l’aide d’un
travail des fenêtres. Sa disparition est évocatrice d’oedème
cérébral. Si celle-ci s’accompagne d’une hypodensité localisée, il
peut s’agir d’une lésion ischémique. Quand celle-ci est symétrique,
elle peut être difficile à affirmer.
Les pièges de la datation
Lorsqu’un contexte de maltraitance est évoqué, le problème de la
datation des lésions se pose. Il existe des pièges et il convient
d’être très prudent. La confrontation avec l’IRM est indispensable
même si celle-ci ne donne que rarement des informations définitives
en termes de datation. Un saignement hyperdense est probablement un
saignement datant de moins d’une semaine. Un saignement iso- ou
hypodense au cortex est probablement plus ancien, mais il y a de
nombreuses causes d’erreur.
Pour en savoir plus
• Adamsbaum C. Imagerie pédiatrique et foetale. Traumatismes
cranio-encéphaliques. Flamarion éd. 2007.
• Fernando S et al. Neuroimaging of nonaccidental head trauma:
pitfalls and controversies. Pediatr Radiol 2008 ; 38 :
827-38.
• Lonergan G et al. Child abuse: radiologic- pathologic
correlation. Radiographics 2003 ; 23 : 811-45.
Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, septembre 2009