L. MISERY,
Service de dermatologie, CHU Morvan, Brest
Illustration : signe du pli diagonal du lobe de l’oreille ou
signe de Frank.
Le signe de Frank ou signe du pli diagnonal du lobe de
l’oreille se révèle être un marqueur intéressant de coronaropathie
ou plus généralement d’une athérosclérose. À ce titre, il
mériterait d’être connu. Or, il semble que ce ne soit pas le cas.
Qu’est-ce que le signe de Frank ?
Paul Valéry disait : « La peau est ce qui est le plus
profond en l’homme ». Miroir de l’âme, la peau est aussi
incontestablement un miroir de l’organisme. Ainsi, l’examen
clinique cutané est un excellent moyen de faire le diagnostic de
nombreuses affections dites « internes ». C’est évidemment
le cas dans de très nombreuses maladies héréditaires, auto-immunes
ou endocriniennes ou allergiques. Et c’est aussi le cas pour des
maladies hématopoïétiques, métaboliques, nutritionnelles,
digestives, rénales, neurologiques, cardiovasculaires, pulmonaires,
infectieuses, etc. Les syndromes paranéoplasiques
cutanés ou phanériens révèlent souvent les cancers. N’oublions pas
non plus que des maladies psychiatriques peuvent souvent avoir des
conséquences cutanées. À l’heure où l’on insiste sur l’association
du psoriasis et du syndrome métabolique, et donc des conséquences
cardiovasculaires, il paraît important de rappeler ce qu’est le
signe du pli diagonal du lobe de l’oreille ou signe de Frank
(1).
Signification du signe de Frank
La présence de ce pli cutané diagonal sur au moins un tiers du
trajet du tragus au lobe de l’oreille semble bien être un facteur
prédictif de coronaropathie, surtout s’il est bilatéral. Plusieurs
études l’ont confirmé (2,3). Sa valeur apparaît même
significativement supérieure à celle du diabète, de l’hypertension
artérielle, du tabagisme, de l’hypercholestérolémie, de l’obésité
ou des antécédents familiaux de maladie coronarienne !
L’insuffisance coronarienne étant en général due à
l’athérosclérose, le signe de Frank serait donc aussi probablement
un marqueur d’athérosclérose. Il n’est pas associé au tabagisme. Il
est associé à l’obésité ou aux hyperlipémies (facteurs de risque de
l’athérosclérose) ou à l’hypertension artérielle (conséquence de
l’athérosclérose). Il est moins fréquent en cas d’absorption
modérée d’alcool (facteur protecteur vis-à-vis de
l’athérosclérose). Il y aurait donc intérêt à réaliser un
électrocardiogramme devant ce signe, mais aussi à exercer un suivi
plus régulier ou parfois une coronarographie, à informer les
patients et à agir sur les facteurs de risque. Malheureusement, ce
signe est trop rarement recherché. Certes, la présence du signe de
Frank ne signifie pas obligatoirement que l’insuffisance
coronarienne est sévère. Certes, ce signe devient de plus en plus
fréquent au fur et à mesure du vieillissement. Cependant, sa
sensibilité est quand même de 75 %, sa valeur prédictive négative
de 87 % et sa valeur prédictive positive de 68 % (4). C’est surtout
chez les patients de moins de 70 ans qu’il peut constituer un signe
d’alerte, bien que l’association de ce signe à une atteinte
coronarienne apparaisse quand même indépendante de l’âge.
Comment expliquer le signe de Frank ?
Histologiquement, on peut retrouver une dégénérescence des
fibres élastiques et une sclérose vasculaire. Il semble que la
constitution de ce pli soit liée à une ischémie chronique. Le lien
avec une insuffisance coronarienne peut se concevoir car la
vascularisation du lobe de l’oreille a la particularité d’être
organisée de manière similaire à celle du réseau coronaire. Par
ailleurs, une étude récente a montré que la présence de ce signe
était souvent associée à un raccourcissement des télomères chez les
patients atteints de syndrome métabolique et qu’il serait ainsi un
marqueur de vieillissement précoce et donc d’athérosclérose
précoce(4). Le diagnostic différentiel est essentiellement
représenté par un pli vertical du lobe de l’oreille. Il correspond
souvent à une cicatrice de perforation pour mise en place de
boucles d’oreille, et survient surtout si des boucles un peu
lourdes ont été portées : le caractère vertical est lié à la
pesanteur.
Conclusion
Les dermatologues, qui ont l’habitude de repérer des anomalies
sur la peau et sont entraînés à le faire, sont très bien placés
pour rechercher le signe de Frank et ainsi participer au dépistage
de l’insuffisance coronarienne. Le signe de Frank devrait être
recherché systématiquement chez tout patient de plus de 50 ans et
chez tout patient atteint de psoriasis pour éventuellement dépister
ensuite une insuffisance coronarienne et plus généralement une
athérosclérose.
Références
1. Frank ST. Aural sign of coronary artery disease. N Engl J Med
1973 ; 289 : 327-8.
2. Evrengül H et al. Bilateral diagonal earlobe crease and coronary
artery disease: a significant association. Dermatology 2004 ; 209 :
271-5.
3. Edston E. The earlobe crease, coronary artery disease, and
sudden cardiac death: an autopsy study of 520 individuals. Am J
Forensic Med Pathol 2006 ; 27 : 129-33.
4. Higuchi Y et al. Diagonal earlobe creases are associated with
shorter telomere in male Japanese patients with metabolic syndrome.
Circ J 2009 ; 73 : 274-9.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, décembre 2009
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Signe de Froment
Le 28 janvier 2010
Ce signe m'a été enseigné lors de mes études de médecine à Lyon quand j'étais externe en service de cardiologie mais s'appelait le signe de Froment, éminent cardiologue lyonnais.
Ancien médecin militaire, reconverti à la médecine du travail =, ce signe clinique m'incite à rechercher l'ensemble des FRCV chez les salariés qui en sont porteurs et selon l'interrogatoire et l'examen clinique, à préconiser un bilan cardio-vasculaire avec épreuve d'effort par le biais de leur médecin traitant.
Dr Jean-Michel Castelan
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