Philippe BRENOT,
Directeur DIU de sexologie,
Université Paris Descartes
Illustration : Ernst Gräfenberg (1881-1957), inventeur du
stérilet (1928) et découvreur du point G (1950).
Cette information vient de faire la Une des journaux
comme un scoop, tant le sexe est devenu un amusement pour les
médias et, pour beaucoup de pseudo-spécialistes, l’enjeu de fausses
idéologies. C’est ainsi que le Daily Mail du 5 janvier
dernier titrait : « The G-spot is a fantasy ! : That elusive
erogenous zone doesn’t exist, say researchers »
(le point G est un fantasme : cette insaisissable zone érogène
n’existe pas, affirment des chercheurs).
La difficulté dans cette affaire est que se mêlent sans
distinction des observations scientifiques et une interprétation
populaire relayée par des médias qui ont fait de ce point une sorte
de déclencheur potentiel de l’orgasme, répondant en cela à une
inquiétude séculaire, celle des hommes qui désirent la jouissance
de leur partenaire et n’en ont pas trouvé la clé. C’est la version
moderne du filtre d’amour, du secret orgasmique ! Car si ce point
était identifiable chez toutes les femmes, la question de l’amour
physique serait alors totalement résolue ! Il suffirait, comme un
sex-toy, d’appuyer sur la bonne commande pour obtenir le
résultat souhaité ! En réalité, le point G est un fait
d’observation qui prête toujours à discussion, comme c’est le cas
pour de nombreuses observations scientifiques.
Le point G
Cette zone située sur la paroi antérieure du vagin chez la
femme, de 1 à 4 cm de l’orifice vulvaire, a souvent l’aspect d’une
excroissance palpable, mais il n’est pas certain que cette
localisation soit la même chez toutes les femmes. La forme, la
localisation et l’importance de cette zone semblent varier
considérablement d’une femme à l’autre ; pour certaines, cette
région serait plus focalisée, pour d’autres, l’ensemble de la paroi
antérieure serait différemment sensible du reste du vagin. Cette
zone est anatomiquement à la jonction des deux circulations
sanguines (profonde et superficielle) qui irriguent le vagin, elle
est également accolée aux racines profondes du clitoris (certains
ont pu prétendre qu’il ne s’agissait que d’une stimulation
clitoridienne à travers la paroi du vagin). Cela étant, que le
point G existe ou non, cette région antérieure de la paroi vaginale
semble particulièrement et différemment sensible que le reste du
vagin chez certaines femmes.
Recherches scientifiques
De nombreuses recherches ont été effectuées, notamment par
Beverly Whipple qui a montré la potentialité de cette zone érogène
intravaginale chez une majorité de femmes à l’âge adulte. En outre,
des travaux anatomiques* ont pu évoquer un lien avec ce que l’on
nomme « la prostate féminine », structure résiduelle
péri-urétrale d’une ébauche embryologique de prostate chez la
femme, se situant dans cette région proche de la paroi vaginale. De
très rares cas de cancer de la prostate ont ainsi été décrits chez
la femme. L’étude citée par le Daily Mail est un travail
d’enquête du département de recherche du très réputé laboratoire de
génétique du King’s College de Londres, qui a étudié par
questionnaires les réponses de 900 paires de jumelles âgées de 23 à
83 ans (vraies et fausses jumelles) à la question suivante : «
ressentez-vous une excitation particulière à la stimulation
d’une région spécifique de votre vagin ? ». Les réponses des
vraies et fausses jumelles n’étant pas homogènes, ils en ont conclu
que le point G n’existait pas ! Hâtive conclusion ! Il est certain
qu’il existe de l’idéologie des deux côtés, certain également
qu’existe une zone différemment sensible sur la face antérieure du
vagin que certaines femmes peuvent avoir développé (c’est tout
l’enjeu de l’anatomie fonctionnelle) par une initiation sexuelle
précoce, et l’entraînement à l’excitation. C’est ce que montrent
bien les travaux, un peu anciens maintenant, de réchauffement
volontaire du vagin par apport sanguin chez des femmes entraînées à
l’amour.
*Zaviacic M. et al. La prostate féminine : historique,
morphologie fonctionnelle et implications en sexologie, Sexologies,
XI, 41, 38-49. (cf. www.aihus.fr,
publications)
Copyright © Len medical, Gynecologie pratique, février 2010