H. ADAMSKI*/***, R. CORRE**/***
*Service de dermatologie
**Service de pneumologie
***Centre de compétence de la maladie de Rendu-Osler CHU
Pontchaillou, Rennes
La télangiectasie hémorragique héréditaire, encore
appelée maladie de Rendu-Osler (MRO) du nom de ses premiers
descripteurs, est une maladie rare. Sa prévalence est estimée à
1/10 000. Le diagnostic de MRO est clinique et repose sur
l’association : télangiectasies cutanées, épistaxis et
manifestations viscérales et hérédité. Il s’agit d’une maladie
génétique à transmission autosomique dominante d’expressivité
variable bien souvent révélée par ses complications
viscérales.
Génétique et physiopathologie (1)
Dans la MRO, la transmission autosomique dominante concerne plus
de 90 % des patients, les autres cas correspondant à des mutations
de novo. L’expressivité est variable (les manifestations
cliniques varient d’un individu à l’autre). La pénétrance est liée
à l’âge et elle est complète entre 40 et 50 ans : ainsi les signes
cliniques, qui sont habituellement absents à la naissance,
apparaissent progressivement avec l’âge. Les épistaxis sont le
premier symptôme pouvant apparaître dès l’enfance puis les
malformations artérioveineuses (MAV) pulmonaires à l’adolescence et
ensuite les télangiectasies cutanées ou viscérales à l’âge
adulte.
Les épistaxis sont le
premier symptôme pouvant exprimer la maladie dès l’enfance.
L’étude génétique a mis en évidence au moins deux gènes
impliqués dans la maladie qui codent des protéines interagissant
avec la superfamille TGF (transforming growth factor)-β :
facteur déterminant de l’intégrité de la paroi vasculaire. Le
premier localisé sur le chromosome 9 (9q33-q34) ENG code
pour l’endogline et le deuxième sur le chromosome 12 (19q11-14)
ACVLR1 pour un récepteur membranaire de l’activine à
activité kinase ALK-1. Plus récemment, des mutations ont été
décrites au niveau d’un troisième gène (MADH4 en position
18q21.1) codant pour la protéine SMAD4 chez les patients présentant
une polypose juvénile familiale et pour certains une MRO.
L’endogline et ALK-1 sont des récepteurs membranaires pour le TGF-β
exprimé à la surface des cellules endothéliales. La protéine SMAD4
participe à la signalisation intracellulaire par la voie du TGF-β.
Le développement de vaisseaux dystrophiques au cours de la MRO
serait consécutif aux anomalies de signalisation intracellulaire
par la voie du TGF-β. La participation de plusieurs gènes
expliquerait en partie l’hétérogénéité de la maladie. Les mutations
du gène ENG seraient responsables d’un risque plus élevé
d’épistaxis plus sévères et précoces ainsi que du risque de
développer une MAV pulmonaire. Les MAV hépatiques seraient plus
fréquentes en cas de mutation ACVLR1.
Diagnostic
Actuellement, le diagnostic de MRO reste clinique et
morphologique et ses critères ont été redéfinis selon la conférence
de consensus de Curaçao (tableau 1).
Il se fonde sur l’association : télangiectasies cutanées,
épistaxis spontanées et récurrentes, de localisations viscérales et
d’antécédents familiaux de MRO : le diagnostic est considéré comme
formel lorsque 3 au moins des critères sont présents (2).
Les manifestations viscérales présentent la particularité d’être
souvent asymptomatiques mais peuvent donner lieu à des
complications graves. Le médecin et le patient doivent en être
informés afin de proposer des mesures de diagnostic et de prise en
charge adéquates.
Manifestations cutanéomuqueuses (1,3)
Épistaxis
Les épistaxis sont dues à un saignement spontané de
télangiectasies de la muqueuse nasale. Elles représentent la
manifestation la plus commune de la MRO retrouvée chez plus de 90 %
des patients. Les épistaxis récurrentes débutent vers l’âge de 10
ans chez de nombreux patients. Elles sont classiquement
récidivantes, parfois sévères et abondantes. Ces épistaxis peuvent
entraîner un syndrome anémique et nécessiter de multiples
transfusions et une supplémentation orale ou intraveineuse en
fer.
Télangiectasies cutanéomuqueuses
Les télangiectasies se présentent sous l’aspect de macules
rougeâtres, pourpres ou violacées, bien limitées, arrondies en tête
d’épingle, pâlissant à la vitro-pression.
Les lésions prennent un aspect parfois en relief avec le temps :
« point rubis ».
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Figure 2.
Maladie de Rendu-Osler :
télangiectasies papuleuses
du menton, de la joue
gauche et de la lèvre
inférieure.
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Figure 1.
Maladie de Rendu-Osler :
télangiectasies de
la joue droite.
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Des angiomes stellaires, de simples dilatations capillaires ou
veineuses peuvent également être observés. Les télangiectasies
cutanées apparaissent typiquement plus tardivement que les
épistaxis, classiquement entre 20 et 30 ans, et se multiplient
souvent par poussées, notamment pendant la grossesse. Elles sont
présentes chez les trois quarts des patients atteints de MRO. Les
lésions cutanées siègent électivement sur l’extrémité céphalique
(figures 1 et 2) : joues, nez, lèvres, oreilles, front, menton,
paupières. Le cuir chevelu est généralement respecté. Des lésions
peuvent s’observer aux membres notamment au niveau des mains
(figure 3). Il peut exister des saignements de ces télangiectasies
cutanées, mais ils sont rarement importants.
Les télangiectasies
cutanées apparaissent
classiquement entre 20 et 30 ans.
Les lésions muqueuses concernent plus fréquemment les fosses
nasales, la paroi pharyngée et la cavité buccale (figure 4) : bord
et dos de la langue, face interne des joues, gencives, palais. Les
télangiectasies correspondent au début à des dilatations des
veinules postcapillaires dermiques puis deviennent des
communications artériolo- veinulaires avec disparition des segments
capillaires.
Manifestations viscérales
Manifestations pulmonaires (3,4)
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Figure 3.
Maladie de Rendu-Osler :
télangiectasies digitales.
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Elles sont présentes dans 30 % des cas et sont dues essentiellement
aux MAV pulmonaires.
Ces malformations, souvent multiples, prédominent dans les lobes
inférieurs et sont de taille très variable.
Elles consistent en des communications directes d’une branche de
l’artère et de la veine pulmonaire à travers un anévrysme à parois
fines entraînant un shunt droitegauche.
Les complications sont de deux types :
• Fonctionnelles :
- avec création d’un shunt droitgauche pouvant entraîner une
hypoxémie à l’origine d’une dyspnée d’effort qui est le symptôme
respiratoire le plus fréquent.
Parfois, elle s’exprime lors du passage de la position
horizontale à la position verticale : on parle de platypnée.
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Figure 4.
Maladie de Rendu-Osler :
multiples télangiectasies
de la langue.
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Elle s’explique par une localisation préférentielle des MAV aux
bases pulmonaires, la position debout entraîne une augmentation de
l’afflux sanguin dans les bases, ce qui aggrave l’effet shunt.
L’hypoxémie peut également entraîner une cyanose et l’apparition
d’un hippocratisme digital.
Un souffle auscultatoire peut être entendu en regard de la MAV
;
- la perte du « filtre » capillaire peut être responsable
d’embolie cruorique ou septique.
Des microemboles échappent, à travers la MAV pulmonaire au
filtre capillaire, et atteignent ainsi les artères systémiques, le
plus souvent le cerveau, à l’origine d’abcès cérébraux, d’accidents
ischémiques transitoires ou constitués. Environ 25 à 30 % des
patients porteurs de MAV pulmonaires dans le cadre d’une MRO
présenteront une symptomatologie cérébrale ischémique.
• Mécaniques : les vaisseaux anormaux peuvent se rompre
spontanément dans 9 à 13 % des cas dans une bronche ou dans une
cavité pleurale, entraînant une hémoptysie ou un hémothorax
d’abondance variable.
La rupture spontanée des vaisseaux serait favorisée par la
grossesse du fait de l’augmentation de la volémie et du débit
cardiaque. L’intérêt du dépistage des MAV pulmonaires est donc
fondamental en cas de MRO définie ou possible. La tomodensitométrie
thoracique spiralée est l’examen de référence pour affirmer la
présence de MAV (figure 5).
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Figure 5.
Maladie de Rendu-Osler :
malformation artérioveineuse
du lobe inférieur pulmonaire
gauche mesurant 3 cm avec
présence de vaisseaux afférents et
efférents, visualisée en tomodensitométrie
(flèche) qui a été ensuite embolisée.
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Afin de mettre en évidence un effet shunt droitegauche,
plusieurs examens sont réalisés. La mesure de la PaO2 et
de SaO2 par gazométrie artérielle : une hypoxémie
témoigne de l’existence de MAV pulmonaire, mais elle peut être
normale si le shunt est modéré. Le facteur de transfert du CO peut
être abaissé.
Le dépistage des MAV
pulmonaires est fondamental
en cas de MRO définie ou possible.
L’échographie cardiaque de contraste est un des examens clés
actuels, très sensibles et non invasifs pour la recherche du shunt
non détecté par la gazométrie. En présence de MAV pulmonaire, les
bulles ne sont plus arrêtées par le capillaire pulmonaire et
apparaissent dans l’oreillette gauche 3 à 8 cycles cardiaques (2 à
5 secondes) après avoir quitté le ventricule droit. En cas de shunt
intracardiaque, les bulles apparaissent immédiatement dans
l’oreillette gauche. Les MAV pulmonaires tendent à augmenter de
taille, surtout si elles sont multiples et en cas de grossesse et
régressent rarement spontanément. L’hypertension artérielle
pulmonaire est rare (< 1 %) au cours de MRO. Elle peut résulter
d’une augmentation du débit cardiaque du fait des MAV
systémiques.
Manifestations neurologiques
Les manifestations neurologiques sont observées dans 8 à 12 %
des cas. Elles peuvent être observées à tout âge, avec un pic
d’incidence dans les 3e et 4e décennies. Elles résultent de deux
mécanismes physiopathologiques distincts :
– les MAV pulmonaires, déjà évoquées plus haut, font perdre au
poumon sa fonction de « filtre », favorisant ainsi le passage
d’emboles dans la circulation cérébrale, responsable des deux tiers
des manifestations neurologiques observées dans la MRO (abcès
cérébraux, méningites purulentes, accidents ischémiques
transitoires ou constitués) ;
– les malformations vasculaires cérébro-médullaires : il peut
s’agir de malformations caverneuses, d’angiomes veineux, de MAV.
Leur incidence n’est pas clairement définie. Elles peuvent être,
après rupture, à l’origine d’hémorragies sous-arachnoïdiennes ou
intracérébrales (5).
Manifestations digestives et
hépatiques
L’incidence des manifestations digestives est estimée entre 11
et 40 % des cas. Elles sont tardives, et surviennent après 50 ans.
Il s’agit d’hémorragies récurrentes du tractus gastro-intestinal se
produisant sous la forme de mélaena le plus souvent et se
compliquant d’anémie. Par ordre de fréquence, elles sont dues à des
télangiectasies de l’estomac, du duodénum, de l’oesophage et enfin
de l’intestin. L’aspect endoscopique est la télangiectasie
capillaire sous-muqueuse, ronde et rouge assez proche de l’aspect
des lésions cutanées (6). L’incidence des manifestations hépatiques
est estimée à 8-16 % des cas. C’est une manifestation tardive
(après 60 ans). Les signes cliniques sont le plus souvent très
discrets : hépatomégalie sensible et souffle vasculaire dans
l’hypochondre droit. Les troubles sont corrélés à l’importance et
la nature des MAV hépatiques (sus-hépatique, porte) et à l’origine
d’insuffisance cardiaque par hyperdébit, d’hypertension portale ou
d’encéphalopathie hépatique. Les facteurs aggravants sont l’anémie,
la fibrillation auriculaire et le dernier trimestre de la
grossesse. En dehors de ces épisodes aigus, la biologie hépatique
ne montre qu’une élévation modérée des phosphatases alcalines et
des γGT (7).
Diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel de MRO est multiple et se fait en
fonction de symptômes participant au diagnostic, comme les
télangiectasies, les épistaxis ou les malformations
artérioveineuses viscérales. Dans ce paragraphe, seront abordées
les principales affections caractérisées par des télangiectasies.
On distingue les formes acquises et héréditaires (8).
Télangiectasies acquises
La rosacée, notamment dans sa phase
érythro-couperosique (figure 6).
Les télangiectasies en forme d’étoile vasculaire ou angiome
stellaire (centré par un point rouge dont s’échappent des
arborisations centrifuges). Elles sont accompagnées d’érythème et
parfois de pustules qui surviennent brusquement par poussées après
certains facteurs déclenchants (repas chauds, prise d’alcool,
stress, exposition solaire, changements brutaux de température,
etc.).
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Figure 6.
Angiomes stellaires des joues
au cours d’une rosacée.
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Les lésions siègent sur le visage, particulièrement au niveau du
nez et des joues, sans atteinte de la muqueuse buccale.
Le CREST syndrome est une forme de
sclérodermie avec calcinoses sous-cutanées digitales, syndrome de
Raynaud et atteinte oesophagienne. Les télangiectasies siègent
au niveau du visage (figure 7) et des doigts et elles sont très
proches cliniquement de la MRO (9). Cette affection survient
souvent après 40 ans. Il n’y a pas d’épistaxis associée.
La grossesse et les cirrhoses hépatiques
(figure 8) sont des situations associées à l’apparition de
télangiectasies, habituellement de type angiome stellaire : le rôle
de facteurs hormonaux est postulé dans les deux cas.
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Figure 7.
Télangiectasies au cours
d’une sclérodermie.
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Citons la forme télangiectasique des
mastocytoses, qui est souvent méconnue car la turgescence par
frottement peut manquer.
Télangiectasies héréditaires
Les télangiectasies héréditaires bénignes
se distinguent difficilement des télangiectasies de la MRO.
Elles sont souvent précoces dans l’enfance, d’évolution lente et
ont un aspect plutôt en étoile.
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Figure 8.
Érythème avec étoiles
vasculaires multiples du décolleté
au cours d’une cirrhose
(angiomes stellaires).
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C’est surtout l’absence d’atteinte des muqueuses et systémique
associée qui oriente vers ce diagnostic.
Les télangiectasies héréditaires bénignes se distinguent
difficilement des télangiectasies de la MRO.
● L’ataxie-télangiectasie est une maladie autosomique
récessive rare comportant une ataxie cérébelleuse, un déficit
immunitaire et des télangiectasies de type chevelu capillaire
survenant vers 3 à 5 ans au niveau de la conjonctive, du nez, des
oreilles et au pli des coudes. Les autres signes sont : taches café
au lait, eczéma, photosensibilité et cancers cutanés et viscéraux.
Le gène muté dans cette maladie code une enzyme qui phosphoryle la
protéine p53.
Stratégie de dépistage et de surveillance
• Chez les patients atteints de MRO, une prise en charge
diagnostique des membres de la famille est à réaliser. Les
recherches mutationnelles des gènes ALK1 et ENG
sont à proposer à tout patient dont le diagnostic est cliniquement
certain ou possible et aux sujets apparentés à un sujet atteint
chez qui la mutation familiale responsable de la MRO a été
identifiée.
• La recherche de MAV pulmonaire est systématique chez les
malades et les membres de leur famille en raison des complications
pulmonaires et neurologiques par radiographie thoracique,
tomodensitométrie spiralée et échographie cardiaque de contraste.
Chez un patient asymptomatique, les examens de dépistage doivent
être répétés, pour s’assurer de l’absence de nouvelles MAV (3).
• Le dépistage des malformations vasculaires neurologiques doit
comporter tout d’abord un interrogatoire et un examen clinique
orienté(5). La réalisation d’une angio-IRM cérébrale et spinale
pour le dépistage de MAV est recommandée chez les femmes en âge de
procréer avant toute grossesse et peut être proposée chez les
nourrissons atteints de la maladie.
• Pour la recherche de MAV hépatique, il sera effectué un bilan
biologique (γGT, phosphatases alcalines, transaminases) afin
d’évaluer le retentissement hépatique et la confirmation de
l’absence du virus de l’hépatite B (patients à haut risque
transfusionnel). Les examens d’imagerie comporteront une
échographie et un Doppler hépatique avec mesures du diamètre des
vaisseaux et des vitesses de flux et/ou un scanner ou une IRM. Une
échographie cardiaque de départ sera réalisée pour en évaluer le
retentissement des MAV hépatiques sur la fonction myocardique
(7).
• Il n’y a pas de bénéfice à dépister systématiquement des
angiomes digestifs sans signe d’appel, car les actions préventives
n’ont pas montré actuellement leur utilité (6).
• En raison du risque de poussées évolutives de la MRO lors de
certaines périodes de la vie du patient, la surveillance doit être
renforcée pendant la grossesse qui majore le risque de MAV.
Traitement
● Épistaxis
La grande majorité des épistaxis en phase aiguë est contrôlée
par tamponnement antérieur et postérieur. Le traitement préventif
fait appel à différentes techniques telles que les cautérisations
chimiques ou électriques, la cryothérapie à l’azote liquide, le
laser CO2, Yag ou KTP, les injections in situ
d’éthibloc, les injections sousmuqueuses de colle biologique, la
dermatoplastie chirurgicale endonasale, les ligatures artérielles,
l’embolisation des deux pédicules sphénopalatins et des deux
artères faciales, la fermeture bilatérale des fosses nasales
(10).
● Télangiectasies cutanées
Les traitements ont longtemps été limités à l’électrocoagulation
et à la cryothérapie avec risque d’un résultat imparfait et de
séquelles cicatricielles. Ils sont dominés actuellement par le
développement des techniques lasers « vasculaires » (KTP,
colorant pulsé, etc.), progrès indiscutable, qui donnent de bons
résultats(8). Les mesures préventives qui visent à diminuer
l’intensité et la fréquence des récidives sont à proposer aux
patients (photoprotection, arrêt d’une corticothérapie injustifié,
etc.).
● Manifestations pulmonaires
Chez les sujets porteurs de MAV pulmonaires, une
antibioprophylaxie (β-lactamines ou synergistines en cas d’allergie
aux pénicillines) est recommandée en cas de gestes invasifs
(intervention chirurgicale) ou de soins (dentaires par exemple). Le
traitement de choix des malformations artérioveineuses pulmonaires
dont le vaisseau afférent est ≥ 3 mm est l’embolisation (spirales
métalliques) dans le même temps que l’angiographie, qui donne de
bons résultats et supplante actuellement la chirurgie pulmonaire
lourde et mutilante (3,4).
● Manifestations neurologiques
La survenue d’un abcès cérébral doit faire rechercher
systématiquement une MAV pulmonaire. Le traitement, rarement
chirurgical, repose sur l’antibiothérapie(5). Le traitement des MAV
fait appel à trois techniques utilisées seules ou en association :
chirurgie, embolisation et stéréotaxie. Dans les formes
asymptomatiques, une surveillance est discutée.
● Manifestations digestives et hépatiques
En cas de syndrome hémorragique digestif, la coagulation des
lésions télangiectasiques par laser sous endoscopie est le
traitement de choix permettant de diminuer les besoins
transfusionnels. La sclérothérapie peut permettre de juguler les
hémorragies récidivantes nécessitant une supplémentation en fer.
Des traitements estrogéniques ou progestatifs ont été proposés (6).
La prise en charge des MAV hépatiques est complexe et souvent
décevante. Le recours à l’embolisation ou à la chirurgie est
actuellement exceptionnel. La transplantation hépatique est
discutée en cas de cirrhose évoluée (7).
Conclusion
La morbidité de la maladie de Rendu-Osler est considérable et la
mortalité est estimée à 10 % : elles sont principalement liées aux
malformations artérioveineuses cérébrales et pulmonaires. Cette
affection rare, d’expression variable avec le temps, nécessite une
prise en charge multidisciplinaire. Des progrès importants ont été
réalisés récemment dans le dépistage et la prise en charge
thérapeutique de la maladie (mise en place d’études génétiques et
techniques d’imagerie performantes peu invasives pouvant être plus
facilement proposées aux malades), ainsi qu’une structuration des
soins avec établissement de centres de compétences (liste
disponible sur http://www.amro-france.org/).
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Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, février 2010