J.-F. MUIR,
Centre Hospitalier Universitaire, Rouen
Si l’asthme et la BPCO ont comme point commun la présence
d’une obstruction des voies aériennes, celle-ci est classiquement
variable et réversible dans l’asthme, alors qu’elle est progressive
et souvent irréversible dans la BPCO. Ces deux affections sont
aussi sous-tendues par une inflammation chronique de l’arbre
respiratoire en rapport avec l’expression de plusieurs protéines
inflammatoires (cytokines, chémokines, molécules d’adhésion,
enzymes et récepteurs inflammatoires). Toutes deux sont émaillées
d’épisodes aigus lorsque l’intensité du phénomène inflammatoire
s’accentue.
Asthme et BPCO sont largement représentés chez les sujets âgés
(1) avec une prévalence de l’asthme comprise entre 2,5 et 6,5% où
48 % des patients signalent un début de leurs symptômes après l’âge
de 40 ans, alors que la prévalence de la BPCO oscille entre 10 et
15 %. En association avec d’autres facteurs étiologiques comme les
déformations thoraciques liées à l’âge, la présence d’une
insuffisance cardiaque latente et la prise de substances
potentiellement dépressives respiratoires, ces deux affections
rendent compte de l’incidence croissante de l’insuffisance
respiratoire chronique multifactorielle du sujet âgé (1).
Des mécanismes inflammatoires et une histopathologie
différents
• Les profils inflammatoires intervenant au niveau pulmonaire
diffèrent en ce qui concerne la répartition des cellules
inflammatoires et les médiateurs (2).
Plusieurs des cytokines et chémokines, sécrétées à la fois dans
l’asthme et la BPCO, sont régulées par le facteur nucléaire de
transcription NFkB qui est activé dans les cellules épithéliales
des voies aériennes et les macrophages dans les deux maladies (3).
Ce facteur pourrait donc jouer un rôle important d’amplification de
l’inflammation des voies aériennes.
• Sur le plan histopathologique (figure), on observe des
modifications importantes entre les deux maladies ; les biopsies
bronchiques effectuées chez les asthmatiques mettent en évidence
une infiltration éosinophile, une activation mastocytaire à la
surface des voies aériennes et la présence de lymphocytes T
activés.
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Mécanismes de l’obstruction bronchique
en cas de BPCO et d’asthme (d’après Devillier 2008).
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On retrouve également un dépôt de collagène sous l’épithélium,
parfois décrit comme un épaississement de la membrane basale,
associé à un épaississement de la couche musculaire lisse en
rapport avec une hyperplasie et une hypertrophie musculaire, plus
communément retrouvées chez les patients porteurs d’un asthme
sévère. Les cellules épithéliales sont fragilisées, friables et se
détachent de la basale au cours des prélèvements biopsiques. On
note aussi une augmentation du nombre de vaisseaux du fait d’une
angiogenèse en réponse à l’augmentation de sécrétion de VEGF. Une
hyperplasie muqueuse est souvent retrouvée dans les biopsies
bronchiques associée à une augmentation de la taille des glandes
sousmuqueuses. Dans la BPCO, il n’y pas d’activation des cellules
mastocytaires, mais on retrouve une infiltration des lymphocytes T
et une augmentation du nombre de neutrophiles (4-6).
La fibrose sousépithéliale n’est pas apparente, mais il existe
une fibrose autour des petites voies aériennes constituant un
phénomène de remodelage qui pourrait représenter un élément
essentiel du rétrécissement irréversible caractéristique de cette
maladie (7). La densité en fibres musculaires lisses n’est
d’ordinaire pas augmentée chez les sujets atteints de BPCO par
rapport aux sujets normaux ; les cellules épithéliales peuvent
revêtir un aspect pseudo-stratifié en rapport avec l’irritation
chronique liée au tabac ou à d’autres polluants. Comme dans
l’asthme, il existe une hyperplasie de la muqueuse (tableau 1).
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Une différence essentielle entre la BPCO et l’asthme est
représentée par la destruction des parois alvéolaires constituant
l’emphysème. Cette complication survient chez les patients BPCO à
la suite d’une dégradation des éléments du tissu conjonctif et tout
particulièrement de l’élastine, médiée par les protéases, ainsi que
de l’apoptose des pneumocytes de type 1 et peut-être aussi des
cellules endothéliales. La production d’enzymes élastolytiques,
comme l’élastase neutrophile et plusieurs métalloprotéinases, est
augmentée dans les poumons de patients porteurs de BPCO(8). Dans le
déficit en alpha-antitrypsine, à l’origine d’un emphysème
congénital, existe classiquement une diminution du taux
d’antiprotéases.
Une présentation clinique parfois déroutante
Alors que dans leurs présentations typiques le diagnostic
différentiel ente asthme et BPCO ne pose pas de problème
particulier, il n’en va pas toujours de même dans les formes
évoluées et chez le sujet âgé. Certaines similarités peuvent rendre
difficile le diagnostic différentiel entre les deux maladies. Il
existe en effet plusieurs situations où ces affections revêtent des
caractéristiques communes (notamment en cas d’asthme sévère) qui
pourront être retrouvées chez le sujet âgé et en cas de BPCO
réversible (2).
Asthme sévère
On estime qu’environ 5 % de la population asthmatique (surtout
recrutée parmi les asthmes non atopiques ou intrinsèques) développe
une maladie sévère responsable de plus de la moitié des dépenses de
santé consacrées à la maladie asthmatique, et qui répond de façon
insuffisante aux traitements habituels. Le profil inflammatoire de
l’asthme sévère se rapproche alors de celui de la BPCO, avec une
augmentation du nombre de neutrophiles dans l’expectoration
associée à une augmentation des taux de CXCL8 et de TNF (6). Il
existe également une augmentation du stress oxydatif et une faible
réponse aux corticoïdes, comparable à celle habituellement
rencontrée chez les BPCO (tableau 2). De surcroît, comme dans
l’asthme modéré, les cellules Th2 prédominent. Dans les formes les
plus sévères, une infiltration conjointe de cellules Th1 et Th2 est
retrouvée dans les biopsies bronchiques, de même qu’une
augmentation des CD8+. Cette présentation ressemble ainsi à
l’infiltration de cellules immunitaires constatée dans la BPCO.
L’inflammation neutrophile présente en cas d’asthme sévère peut
être induite par la production d’IL-17 par les cellules Th17 qui
entraînent le relargage de la chémokine neutrophilique CXCL8 à
partir des cellules épithéliales des voies aériennes. Un profil
neutrophilique d’inflammation associé à un niveau élevé de CXCL8
est aussi retrouvé dans l’expectoration de l’asthmatique fumeur
(tableau 2).
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À l’instar des patients porteurs d’une BPCO, ces patients ont
une faible réponse aux corticoïdes, même administrés à fortes doses
par voie orale.
BPCO réversible ou bronchospastique
On estime à 10 % la proportion de patients BPCO porteurs d’une
réversibilité de plus de 12% pour le VEMS et qui, de ce fait, se
présentent beaucoup plus comme des sujets asthmatiques. De plus, on
retrouve chez ces patients des éosinophiles dans l’expectoration,
une augmentation du NO expiré et une meilleure réponse clinique aux
corticoïdes. On peut alors légitimement considérer que ces patients
sont porteurs d’un asthme et d’une BPCO concomitants.
Exacerbations
Les deux affections sont susceptibles de se présenter sous la
forme d’exacerbations, ce qui rend parfois difficile leur
distinction. On estime classiquement les exacerbations de
l’asthmatique, déclenchées par des infections des voies aériennes
ou de polluants atmosphériques (Rhinovirus), des exacerbations des
patients BPCO, plutôt initiées par des infections bactériennes ou
virales. Quoi qu’il en soit, les exacerbations sont associées dans
les deux maladies à une poussée inflammatoire des voies aériennes,
comme l’atteste l’augmentation du nombre de cellules infiltrant la
muqueuse bronchique et l’augmentation des concentrations
pulmonaires de médiateurs inflammatoires.
Cas particulier du sujet âgé
Nombre de patients âgés sont hospitalisés en raison d’une
dyspnée en rapport avec une exacerbation où il est souvent
difficile de faire la part d’un asthme vieilli, d’une BPCO, ou
encore d’une étiologie cardiaque en rapport avec une décompensation
cardiaque gauche. La présentation clinique de la défaillance
respiratoire du sujet âgé est dominée par la présence d’une dyspnée
expiratoire en rapport avec une réaction bronchospastique ; si
celle-ci ne réagit pas rapidement aux médications conventionnelles
(oxygénothérapie, bronchodilatateurs, corticoïdes, antibiothérapie
en cas d’infection bactérienne avérée), il est important de
rechercher en parallèle une insuffisance ventriculaire gauche
latente susceptible de se révéler sous la forme d’une exacerbation
à forme bronchospastique («pseudo-asthme cardiaque»). Il
existe en effet, en cas d’insuffisance ventriculaire gauche, un
oedème de la paroi bronchique et une stase vasculaire au niveau des
vaisseaux bronchiques secondaire à une hyperpression veineuse. Il
s’ensuit une réduction de calibre bronchique et une augmentation
des pressions vasculaires pulmonaires. La réalisation conjointe
d’un bilan électrocardiographique, d’une échographie cardiaque et
d’un dosage du proBNP permet de redresser le diagnostic et de
mettre en place une thérapeutique cardiotrope salvatrice.
L’IRC multifactorielle du sujet âgé : une étiologie
croissante
Asthme vieilli, BPCO évoluée et insuffisance cardiaque latente
peuvent avoir pour résultante l’apparition d’une insuffisance
respiratoire chronique. Cette IRC est à l’origine de l’augmentation
aux urgences du nombre de patients âgés avec décompensation
cardiorespiratoire inaugurée par une accentuation dyspnéique. La
proportion de ces insuffisances respiratoires du sujet âgé pourrait
représenter à l’heure actuelle le quart des indications
d’assistance respiratoire au long cours à domicile, essentiellement
représentées par l’oxygénothérapie et, à moindre titre, par la
ventilation non invasive. Ce type d’insuffisance respiratoire est
d’origine multifactorielle, associant fréquemment chez les sujets
de plus de 75 ans une atteinte de l’échangeur parenchymateux (BPCO,
asthme vieilli, séquelles tuberculeuses, voire remaniement
fibrotique) et une atteinte de la pompe ventilatoire (rigidité
thoracique liée à l’âge, remaniements arthrosiques des
articulations sternocostales et costovertébrales et du rachis
dorsal, dégénérescence musculaire intéressant les muscles
respiratoires, effet dépresseur respiratoire des médications
hypnotiques et antalgiques fréquemment utilisées à cet âge).
Références
1. Viegi G, Maio S, Simoni M, Baldacci S, Annesi-Maesano I. The
epidemiological link between ageing and respiratory diseases. Eur
Respir Mon 2009 ; 43 : 1-17.
2. Kraft M. Asthma and chronic obstructive pulmonary disease
exhibit common origins in any country! Am J Respir Crit Care Med
2006 ; 174 : 238-40.
3. Barnes PJ. Against the Dutch hypothesis: asthma and chronic
obstructive pulmonary disease are distinct diseases. Am J Respir
Crit Care Med 2006 ; 174 : 240-3. 4. Barnes PJ. Mechanisms in COPD:
differences from asthma. Chest 2000 ; 117: 105-45.
5. Barnes PJ. Mediators of chronic obstructive pulmonary disease.
Pharm Rev 2004 ; 56 : 515-48.
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pulmonary disease. J Clin Invest 2008 ; 118 : 3546-56.
7. Hogg JC, Chu F, Utokaparch S et al. The nature of small-airway
obstruction in chronic obstructive pulmonary disease. New EngI J
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8. Ohnishi K, Takagi M, Kurokawa Y, Satomi S, Konttinen YT. Matrix
metalloproteinase- mediated extracellular matrix protein
degradation in human pulmonary emphysema. Lab Invest 1998 ; 78 :
1077-87.
9. Muir JF, Benhamou D, Molano C, Cuvelier A. Noninvasive
ventilation: a remedy for geriatric patients. Eur Respir Mon 2009 ;
43 : 286-305.
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