Frédéric Schuind1, Saeid Eslami2, Pascal
Ledoux3,
1. Service d’Orthopédie-Traumatologie, HU Erasme, ULB,
Bruxelles
2. Service d’Orthopédie-Traumatologie, Hôpital Civil de
Charleroi
3. Centre de Chirurgie de la Main et de Microchirurgie, Clinique du
Parc Léopold, Bruxelles; Clinique Louis Caty, Baudour
Illustration : Robert Kienböck
Robert Kienböck, un pionnier autrichien de la radiologie,
a publié en 1910 sa description classique de l’ostéonécrose du
lunatum à laquelle son nom reste attaché. Kienböck pensait que ce
qu’il appelait la lunatomalacie était due à l’interruption
traumatique des ligaments et des vaisseaux périlunaires, causant
une ostéonécrose aseptique avec ramollissement et effondrement
progressif de l’os. En 1928, Hultén notait que la majorité des
patients de sa série (74%) de 23 cas de maladie de Kienböck
présentaient une variance ulnaire négative (Figure 1), alors que
dans un groupe contrôle de Suédois normaux, cette disposition
anatomique n’était présente que chez 23% des sujets; Hultén a dès
lors proposé comme traitement l’accourcissement du radius; plus
tard, Persson a suggéré de plutôt allonger l’ulna. Un siècle après
la description princeps de Kienböck, l’étiologie précise de cette
mystérieuse ostéonécrose reste inconnue. Cet article, fondé sur
notre publication de synthèse parue dans le Journal of Bone
and Joint Surgery en 2008 avec revue extensive de la
littérature (1), est également basé sur nos expériences cliniques
et reprend diverses autres contributions originales
(2-5).
Eléments anatomiques
Le lunatum est articulé proximalement avec le radius et le
fibrocartilage triangulaire, dont l’épaisseur est proportionnelle à
la variance ulnaire: au plus la variance est négative, au plus le
fibrocartilage est épais. Le lunatum s’articule distalement,
environ une fois sur trois, avec le capitatum; dans le reste des
cas, existe une seconde facette articulaire de 1 à 6mm de large
pour l’hamatum. Plusieurs auteurs ont étudié la vascularisation du
lunatum. Selon Lee, 26% des os ne disposent que d’un seul pédicule
artériel, soit palmaire, soit dorsal; dans 8% des cas, existent des
vaisseaux palmaires et dorsaux sans anastomose intraosseuse (6). Le
groupe de Gelberman a de son côté fait état d’une disposition
anatomique plaçant le lunatum à risque d’interruption vasculaire
traumatique, l’existence dans 7 à 20% des specimens normaux d’une
vascularisation purement palmaire (7, 8). Pichler s’est intéressé
au drainage veineux des os du carpe, assuré par de fins réseaux
plexuels dorsal et palmaire, particulièrement peu développés pour
le lunatum suite à sa forme semi-circulaire (9).
Eléments biomécaniques
Notre étude biomécanique de la transmission des forces au
poignet (3) a révélé qu’en position neutre, en moyenne 90,3% des
forces radio-ulno-carpiennes sont transmises au radius (61,0% au
niveau radioscaphoïdien, 39,0% au niveau radio-lunaire).
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Figure 1:
Maladie de Kienböck typique avec variance ulnaire négative.
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En moyenne, 9,7% des forces sont dissipées au sein du
fibrocartilage triangulaire. Les pressions articulaires de contact
sont les plus élevées au niveau radioscaphoïdien, en regard du pôle
proximal du scaphoïde, avec un rapport des pressions articulaires
de contact radioscaphoïdiennes/ radio-lunaires de 1,6, et
radio-lunaires/ ulno-lunaires de 4,0. La charge appliquée sur le
lunatum est fonction de la proportion d’os non couverte sous
l’auvent radial et, dans une mesure moindre, de la variance
ulnaire. Iwasaki s’est intéressé aux effets du collapsus carpien et
a démontré que dans les premiers stades de l’affection (II and
III-A), la position encore normale du scaphoïde prévenait dans une
certaine mesure la transmission de forces excessives au lunatum
(10). Au fur et à mesure que la hauteur du carpe se réduit, avec
flexion palmaire concomitante du scaphoïde (stade III-B), les
contraintes appliquées sur le lunatum augmentent, accélérant
l’écrasement et la fragmentation de l’os. Plusieurs études se sont
intéressées à la manière de réduire les forces appliquées sur le
lunatum. Les interventions d’accourcissement du radius ou
d’allongement de l’ulna redistribuent une partie des contraintes
radio-lunaires au niveau radio-scaphoïdien et ulno-carpien. Pour
autant que le radius ne soit pas accourci de plus de 4mm,
l’intervention ne semble pas modifier la transmission des forces au
niveau radio-ulnaire distal. Certaines arthrodèses intra-carpiennes
s’avèrent également efficaces pour réduire les contraintes
radio-lunaires, par exemple l’arthrodèse
scapho-trapézotrapézoïdienne, l’arthrodèse scapho-capitale et
l’arthrodèse capitatum-hamatum avec accourcissement associé du
capitatum. Des résultats contradictoires ont été rapportés
concernant les ostéotomies modifiant l’inclinaison radiale. Il est
probable que les ostéotomies latérales de fermeture ne diminuent
pas globalement les forces radio-lunaires, mais, en permettant une
meilleure couverture du lunatum sous l’auvent radial, répartissent
mieux les contraintes en évitant des pressions excessives.
Eléments cliniques
La maladie de Kienböck touche plus volontiers l’adulte jeune,
entre 20 et 40 ans, bien souvent un homme, travailleur manuel.
L’affection est en général unilatérale, sans prédominance de côté,
mais des cas bilatéraux ont été rapportés.
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Figure 2:
Maladie de Kienböck au stade III-B: notez la flexion palmaire
anormale du scaphoïde (signe de l’anneau).
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L’histoire d’un événement traumatique spécifique est fréquente,
des mois ou des années avant le diagnostic. Le patient se plaint le
plus souvent de douleurs dorsales de poignet et d’une diminution de
la force de poigne, qui semblent plus causées par le collapsus
carpien que par l’ostéonécrose. Un syndrome du canal carpien
associé est fréquent.
Imagerie
Le diagnostic repose le plus souvent sur des radiographies
conventionnelles, qui permettent en outre d’établir le stade de
l’affection et de déterminer le traitement optimal, notamment en
fonction de la variance ulnaire (Figure 1). La classification de
Lichtman, une modification des classifications anciennes de Ståhl
et de Decoulx, est la plus utilisée, avec une bonne fiabilité et
une reproductibilité acceptable. Dans le stade I, la minéralisation
et la forme du lunatum sont normales. En fait, le diagnostic
d’ostéonécrose repose sur la résonance magnétique. Dans le stade
II, le lunatum apparaît densifié, mais conserve sa morphologie
normale. Le stade III, celui où est en général posé le diagnostic,
est caractérisé par le collapsus du lunatum. Le stade III a été
subdivisé en stades III-A, sans collapsus carpien associé, et
III-B, avec diminution de la hauteur du carpe et subluxation en
flexion palmaire du scaphoïde (signe de l’anneau sur la
radiographie de face – figure 2). La distinction entre stades III-A
et III-B n’est pas évidente; il a été proposé que tout patient dont
l’angle radioscaphoïdien dépasse 60° soit considéré comme stade
III-B. Le stade IV est défini par l’existence d’une arthrose
secondaire avancée. La tomodensitométrie révèle l’existence de
traits fracturaires; un trait frontal, séparant l’os en fragments
palmaire et dorsal, n’est pas inhabituel; parfois le lunatum est
véritablement fragmenté (Figure 3). La résonance magnétique est
utile au début de l’affection, lorsque les radiographies sont
encore normales au stade I. On observe en imagerie T1 une
diminution de l’intensité du signal (Figure 4).
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Figure 3:
Résonance magnétique démontrant la fragmentation d’un lunatum
nécrotique.
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Cette image, qui n’est pas spécifique, doit être interprétée
avec prudence: un aspect similaire se voit en cas d’oedème
sous-chondral, par exemple en cas d’impaction ulno-carpienne ou
après traumatisme du poignet.
Etiologie
Si l’étiologie précise de l’affection reste inconnue, il est
clair que le stade ultime de collapsus et de fragmentation est
secondaire à une ostéonécrose; l’examen histologique est évident à
cet égard. L’interruption vasculaire peut être la conséquence soit
de troubles circulatoires primaires, soit de fractures
sous-chondrales avec effondrement progressif du lunatum et
dévascularisation secondaire des travées. Comme exposé plus haut,
une proportion significative d’os lunatum normaux sont à risque
d’interruption de leur apport vasculaire. En cas de Kienböck, le
forage de l’os nécrotique révèle des pressions intra-osseuses
excessives par rapport à celles mesurées au sein des os voisins.
Cette observation accrédite l’hypothèse que la maladie de Kienböck
résulte d’un trouble du retour sanguin veineux. En faveur également
de l’hypothèse vasculaire, l’observation du bénéfice chez certains
patients de l’implantation d’un pédicule vasculaire ou d’un greffon
osseux vascularisé au sein de l’os nécrosé, et le fait que la
maladie de Kienböck est occasionnellement observée en cas de
drépanocytose avec infarctus osseux et chez certains patients
souffrant de paralysie cérébrale avec une posture exagérée en
flexion palmaire du poignet. Selon la théorie mécanique, la nécrose
des trabécules lunaires serait la conséquence de l’effondrement
progressif de l’os, du fait de contraintes compressives excessives,
causant des microfractures répétées. Il y aurait un effet
«casse-noisette» du lunatum entre le capitatum et, proximalement,
du côté radial, le radius relativement rigide, et, du côté ulnaire,
le fibrocartilage triangulaire relativement élastique, en
particulier en cas de variance ulnaire négative. Certains poignets
seraient prédisposés, du fait d’une morphologie particulière
causant une répartition inhomogène des contraintes au sein du
lunatum. La lésion initiale serait une petite fracture après un
traumatisme relativement bénin. L’interruption de vaisseaux
intra-osseux entraînerait une nécrose trabéculaire localisée.
Plusieurs facteurs anatomiques défavorables ont été suggérés dans
la littérature, sans qu’il y ait de consensus. Depuis l’observation
princeps de Hultén, une série d’auteurs (mais pas tous) ont observé
une relation statistique entre variance ulnaire négative et maladie
de Kienböck.
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Figure 4:
Maladie de Kienböck au stade I chez un adolescent de 15
ans.
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Il y a quelques rares cas publiés de maladie de Kienböck en cas
de variance ulnaire négative d’origine congénitale (4) ou
traumatique, mais il faut reconnaître que l’affection n’est pas
observée après accourcissement chirurgical de l’ulna. Notons que
chez certains patients présentant une maladie de Kienböck fort
évoluée, la variance ulnaire négative résulte en fait de
l’apposition d’os au niveau de la marge ulnaire du radius distal,
en réaction à l’effondrement du lunatum (Figure 5). La relation
possible entre variance ulnaire et maladie de Kienböck semble
différer selon l’origine ethnique des patients. De même qu’il
existe plus de sujets normaux avec une variance ulnaire positive
dans les populations noires et asiatiques, la maladie de Kienböck
est régulièrement observée en Asie chez des patients présentant une
variance ulnaire positive, une observation exceptionnelle chez les
patients européens. D’autres facteurs anatomiques pourraient être
importants, mais n’ont pas bien été documentés: insuffisance de
couverture de l’os sous l’auvent radial, forme du lunatum,
existence d’une facette articulaire médio-carpienne avec l’hamatum,
angle d’inclinaison du radius distal. Sont en faveur de l’hypothèse
mécanique: le fait que de nombreux patients relatent l’histoire
d’un événément traumatique initial, avec parfois fracture ou même
dissociation scapho-lunaire, le fait que lorsqu’on demande une
tomodensitométrie, on observe fréquemment une fragmentation de
l’os, et notre étude par éléments finis, démontrant qu’en cas de
situtation anatomique défavorable, lorsque le lunatum s’appuie du
côté radial sur la fossette lunarienne relativement rigide, et du
côté ulnaire sur une structure très élastique, un épais
fibrocartilage triangulaire, une répartition inhomogène des
contraintes est observée au sein du lunatum, le prédisposant à la
fracture; lorsque celle-ci survient, les contraintes osseuses
augmentent encore, engendrant des microfractures supplémentaires
avec finalement effondrement de l’os (5).
Traitement
La maladie de Kienböck est rare, et il n’existe pas d’arguments
factuels pour préférer tel type d’intervention par rapport à tel
autre. En fait, il n’est même pas certain que le traitement
chirurgical soit supérieur aux mesures conservatrices. L’option
opératoire pourrait même être pire, car après intervention
chirurgicale, plus d’un patient n’est pas à même de reprendre ses
lourdes occupations professionnelles. Cependant, plusieurs études
rétrospectives suggèrent de meilleurs résultats en cas
d’accourcissement du radius par rapport à l’abstention
chirurgicale.
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Figure 5:
Fausse variance ulnaire négative par apposition osseuse au niveau
de l’os sous-chondral du radius en regard de
la fossette lunarienne.
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Le suivi à long terme de patients non opérés démontre une
détérioration radiologique progressive. Il faut cependant
reconnaître que la symptomatologie est mal corrélée à la sévérité
du collapsus du lunatum. De nombreux patients sont assez bien
améliorés par l’immobilisation temporaire du poignet; certains
gardent même une excellente fonction jusqu’au stade IV. C’est
pourquoi l’option chirurgicale doit être réservée aux patients très
symptomatiques, après un essai honnête de traitement par
immobilisation et antiinflammatoires. De nombreuses options
chirurgicales existent, nous les présentons selon notre algorithme
thérapeutique.
Stades I et II
Le chirurgien dispose dans ces stades précoces d’une opportunité
unique de revasculariser l’os et de guérir l’affection. Notre
attitude est dictée par la variance ulnaire. Si la variance est
négative, en particulier en cas de couverture insuffisante du
lunatum, nous considérons la situation anatomique comme
défavorable. Nous recommandons alors un accourcissement du radius
(Figure 6). L’allongement de l’ulna, qui a les mêmes effets
biomécaniques, n’a pas notre préférence car les résultats cliniques
semblent moins bons (problèmes radio-ulnaires distaux,
consolidation parfois problématique de l’ostéotomie).
L’accourcissement du radius est classiquement pratiqué par abord
radiopalmaire de la diaphyse, avec ostéosynthèse par plaque vissée
DCP de 3,5mm. La compression excentrique grâce au système des trous
ovales permet une fermeture progressive de l’espace au niveau de
l’ostéotomie. Il faut prendre garde à éviter un accourcissement
excessif, qui pourrait entraîner une limitation de la
pronation-supination, voire un syndrome d’impaction ulno-carpienne.
Nous n’avons pas l’expérience des ostéotomies accourcissantes
obliques, ni des ostéotomies métaphysaires. La localisation
métaphysaire est plus favorable pour la consolidation osseuse, mais
il existe un risque significatif de défaillance de l’ostéosynthèse,
même avec plaque verrouillée. La revue de la littérature indique
que les résultats de l’accourcissement du radius sont plutôt bons
pour ce qui concerne les douleurs et la force de poigne, sans
guérir l’affection. Les résultats les meilleurs sont observés chez
les patients les plus jeunes, avec parfois chez eux des signes de
revascularisation quelques années après l’ostéotomie; au-delà de 30
ans, les résultats sont nettement moins favorables. Lorsque la
variance ulnaire est neutre, ou dans les cas exceptionnels (en
Europe) de variance ulnaire positive, une intervention de
revascularisation du lunatum est probablement raisonnable, en
notant cependant que la restauration de l’apport sanguin pourrait
précipiter l’effondrement de l’os. La revascularisation est obtenue
soit par l’implantation d’un pédicule artério-veineux métacarpien
dorsal (technique de Hori), soit par un greffon vascularisé du dos
du radius (pédicule du quatrième compartiment des extenseurs, via
le pédicule du cinquième compartiment). Afin de protéger le lunatum
durant les premières semaines de revascularisation, le poignet est
temporairement déchargé par un fixateur externe radiométacarpien.
Les premiers signes de revitalisation du lunatum ne sont pas
observés avant 18 à 36 mois, et seulement chez environ un patient
sur deux.
Stade III symptomatique
L’accourcissement du radius reste une option, mais ne corrige
pas le collapsus carpien. Il y a plus de 20 ans, nous avons proposé
de restaurer la hauteur du carpe par arthrodèse scaphotrapézo-
trapézoïdienne sous distraction transarticulaire par fixation
externe, avec lunarectomie de l’os nécrotique. Nous recommandons
plutôt actuellement l’arthrodèse scaphoïde-capitatum, techniquement
plus facile.
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Figure 6:
Accourcissement du radius, ostéosynthèse par plaque vissée DCP.
Notez que la variance ulnaire est devenue légèrement positive, et
la densification du lunatum nécrotique.
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Les buts des arthrodèses intracarpiennes sont de restaurer la
hauteur du carpe, de corriger la subluxation arthrogène du
scaphoïde et de décharger le lunatum s’il est conservé. Cependant,
ces arthrodèses partielles causent une limitation des amplitudes
articulaires du poignet et des complications sévères sont observées
(non-consolidation, algodystrophie, arthrose secondaire). Une autre
option est l’allongement progressif du capitatum après résection du
lunatum (modification selon Wilhelm de la technique de Graner –
11).
Stade IV symptomatique
En présence d’arthrose, les options chirurgicales de sauvetage
comprennent la dénervation du poignet, la résection de la première
rangée des os du carpe (si les surfaces articulaires du capitatum
et du radius sont préservées, éventuelle évaluation arthroscopique
préopératoire) et l’arthrodèse totale du poignet. Si les plaintes
dominantes sont liées à un syndrome associé du tunnel carpien, le
traitement est simplement une neurolyse du médian.
Autres options thérapeutiques
La lunarectomie partielle ou totale peut diminuer les symptômes,
mais ne prévient évidemment pas le collapsus carpien. Les implants
en silicone sont contre-indiqués car ils peuvent être à l’origine
d’une ostéolyse sur particules d’usure; par ailleurs, il n’est pas
exceptionnel que ces implants se luxent au sein du tunnel carpien.
Saffar a proposé de remplacer le lunatum par un transfert
vascularisé du pisiforme (12). Divers auteurs, en particulier
japonais, ont proposé des ostéotomies latérales de fermeture du
radius distal, ce qui pourrait s’avérer intéressant en cas de
variance ulnaire neutre ou positive. Comtet a recommandé
l’allongement hémi-épiphysaire de l’ulna (13). Illarramendi
rapporte des bons résultats après simple «décompression»
métaphysaire radiale ou ulnaire, sans ostéotomie, avec d’excellents
résultats cliniques à dix ans (14). Nous n’avons aucune expérience
d’autres techniques comme l’accourcissement du capitatum, avec ou
sans arthrodèse capitatum-hamatum, ni de la première technique de
Graner, d’allongement en un temps du capitatum avec arthrodèse
intracarpienne (15).
Conclusions
L’étiologie de la maladie de Kienböck reste mal comprise. Des
facteurs mécaniques sont certainement importants, en particulier au
début de l’affection. L’histoire naturelle est peu connue et la
symptomatologie clinique est mal corrélée aux lésions
radiologiques. Le traitement chirurgical n’a pas clairement
démontré sa supériorité sur les mesures conservatrices. Les séries
comparatives rétrospectives doivent être interprétées avec prudence
car ce sont souvent les patients présentant les lésions les plus
évoluées qui ont été opérés. Dans nos pays, un ouvrier qui présente
des douleurs persistantes postopératoires et une diminution de la
force de poigne présente des risques importants de perdre son
emploi, et ce travailleur manuel sera difficile à reclasser. Pour
ces raisons, l’accourcissement du radius reste probablement la
meilleure option chirurgicale chez un tel patient présentant un
Kienböck symptomatique stades I à III-A avec variance ulnaire
négative, parce qu’en l’absence d’arthrotomie du poignet, les
mobilités articulaires préopératoires sont préservées. La
consolidation osseuse doit être obtenue dans des délais
raisonnables; pour cette raison, nous réalisons systématiquement
lors de l’ostéotomie une autogreffe spongieuse. Au stade IV,
l’arthrodèse totale du poignet peut donner un résultat acceptable,
permettant au patient de reprendre son travail avec un poignet
certes ankylosé mais non douloureux. La maladie de Kienböck affecte
de temps en temps des enfants (Figure 4). On recommande alors
l’abstention opératoire avec immobilisation plâtrée prolongée, car
l’affection peut guérir spontanément; alternativement, un
accourcissement du radius peut être réalisé chez l’adolescent.
Références
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Copyright © RMN, Ortho-Rhumato, Vol 8, N°3, 2010