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MISES AU POINT

Troubles musculo-squelettiques : quand le travail fait mal

Publié le 10/08/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

A. PETIT-LE MANAC’H, D. PELLÉ-DUPORTE, Y. ROQUELAURE,

Laboratoire d’ergonomie et d’épidémiologie en santé au travail (LEEST),
Unité associée à l’Institut de veille sanitaire, IFR 132 – UPRES EA 4336, Université d’Angers

 

Malgré quelques tentatives pour améliorer la situation dans certaines entreprises conscientes du coût humain, social, sociétal et économique des troubles musculo-squelettiques (TMS), les modes d'organisation du travail identifiés comme délétères pour la santé des travailleurs persistent. Permettre au salarié de prendre rapidement conscience de la signification de ces douleurs favorise la précocité de la prise en charge, essentielle pour réduire l'incidence de ces affections, améliorer le pronostic thérapeutique et favoriser le maintien et/ou le retour à l'emploi. 

Selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), en 2008, les TMS représentaient près de 40 000 cas de maladies professionnelles indemnisées par le régime de la Sécurité sociale, engendrant un coût direct annuel de près de 800 millions d'euros.

En 2008, les TMS représentaient près de 40 000
cas de maladies professionnelles indemnisées.

Quand penser à la maladie professionnelle ?

Les principaux TMS reconnus en maladie professionnelle (MP) sont le syndrome du canal carpien, les tendinopathies de la coiffe des rotateurs de l'épaule, les épicondylalgies latérales du coude, les lombalgies, les cervicalgies et l'hygroma du genou.

Une origine plurifactorielle

Trois grands types de facteurs jouent un rôle dans la survenue des TMS :

– les facteurs biomécaniques : répétitivité des gestes, travail en force, amplitude des gestes, maintien prolongé d'une posture statique, exposition au froid et aux vibrations, etc. ;
– les facteurs de susceptibilité individuelle : âge, genre, diabète, antécédent de tendinite, obésité, etc. ;
– les facteurs psychosociaux : travail sous contrainte de temps, monotonie, absence de temps de récupération, faible latitude décisionnelle, forte demande, stress, perte des collectifs de travail, manque de reconnaissance au travail, etc.

Les tableaux concernés

Les affections neurologiques et péri-articulaires des régions de l'épaule, du coude, du poignet, des mains, du genou et du talon sont décrites dans le tableau 57 du régime général (tableau 39 du régime agricole), les affections induites par les vibrations dans le tableau 69 (RA 29) et les lésions chroniques du ménisque dans le tableau 79 (RA 53). Concernant la pathologie rachidienne, le tableau 97 (RA 57) prévoit l’indemnisation pour les travaux soumis à des vibrations de basses et moyennes fréquences transmises au corps entier et le tableau 98 (RA 57bis) l’indemnisation pour les travaux de manutention manuelle de charges lourdes.

Quand déclarer une maladie professionnelle ?

Il n'y a pas de réponse univoque et l'analyse doit se faire au cas par cas. Si l'on se place sur le plan de la santé publique, il faut certainement déclarer les maladies professionnelles pour répondre à la logique du système de réparation français selon laquelle c'est le coût entraîné par les MP qui oriente la prévention. Le praticien se doit de déclarer une maladie professionnelle s'il considère qu'il y a une relation de cause à effet entre les conditions de travail et la pathologie observée. Cette déclaration est remise au salarié qui jugera de l'opportunité de l'envoyer à la caisse d'Assurance Maladie. Lorsque le risque de perte d'emploi ou les séquelles fonctionnelles sont faibles ou nulles, la reconnaissance en MP est plus avantageuse pour le salarié que la maladie ordinaire, et la reconnaissance de la maladie comme liée au travail peut dans certains cas être bénéfique (réparatrice) sur la plan psychologique.

Cependant, il faut prendre garde à ne pas augmenter le risque de passage à la chronicité si l'arrêt de travail se prolonge (victimisation, bénéfices secondaires). En cas de diminution importante des capacités fonctionnelles conduisant au licenciement, l'intérêt de la maladie professionnelle doit être nuancé. En effet, lorsque l'employabilité des patients est faible, a fortiori chez les salariés vieillissants et peu qualifiés travaillant dans des secteurs très compétitifs, les chances de retour à l'emploi sont minces et l'indemnisation en MP est loin de compenser la perte d'emploi prolongée. Le régime maladie peut permettre au médecinconseil le passage en invalidité 1re ou 2e catégorie. La rente d'invalidité ne pouvant se substituer à celle de la MP.

Il faut prendre garde à ne pas augmenter le risque de passage à la chronicité si l'arrêt de travail se prolonge.

Que dire au patient ?

Il faut mettre en balance les avantages financiers potentiels par rapport au risque de licenciement lié à l'éventuelle inaptitude ou restriction d'aptitude.

Les avantages de la reconnaissance en maladie professionnelle

La reconnaissance en MP ouvre droit à une prise en charge à 100 % pour les dépenses nécessaires au traitement, les frais d'hospitalisation, de transport ou de cure thermale en lien avec la maladie, de même que les frais de réadaptation et de rééducation (prestations en nature). Elle permet également de bénéficier d'une meilleure prise en charge des arrêts de travail, et ce, dès le lendemain de l'arrêt de travail sans délai de carence et pendant toute la durée de son incapacité de travail ainsi qu'en cas de rechute ou d'aggravation (prestations en espèces). La MP ouvre droit à des mesures de protection de l'emploi non négligeables avec obligation de reclassement professionnel dans l'entreprise (dans la mesure du possible) et en cas de licenciement, au doublement des indemnités avec accès prioritaire aux stages de reclassement et de rééducation professionnels. Enfin, l'employeur devra tenir compte des propositions de reclassements faites par le médecin du travail en cas d'inaptitude définitive au poste.

La MP ouvre droit à des mesures de protection de l'emploi non négligeables.

La déclaration n'est pas toujours avantageuse pour le patient

Paradoxalement, la reconnaissance des TMS en maladie professionnelle est loin d'être toujours plus avantageuse que la maladie ordinaire pour les salariés. En effet, exceptés les cas exceptionnels des salariés ayant de très faibles revenus et une IPP ≥ 50 %, il faut savoir que le maintien des salariés en maladie ordinaire est plus favorable que l'obtention du statut en MP si les séquelles peuvent entraîner la mise en invalidité première ou deuxième catégorie puisque les revenus sont, dans ce cas, bien supérieurs aux rentes de MP compte tenu des taux d'IPP attribués pour les TMS le plus souvent compris entre 5 et 15 %.

Le plus souvent, le maintien des salariés en maladie
ordinaire est plus favorable que l'obtention du statut en MP.

Quelles démarches envisager ?

Conformément à la loi du 25 octobre 1919, une maladie peut être reconnue et indemnisée comme une maladie professionnelle à la condition d'être désignée dans un tableau et de satisfaire à toutes les autres conditions médicales, techniques et administratives qui s'appliquent à elle (travail exposant, délai de prise en charge, durée d’exposition éventuel). Dans ce cas, il y a imputation au travail sur la base de la présomption d’origine. La procédure « incombe à la victime ». Concernant les salariés de la fonction publique, si tous les critères d'un tableau du régime général sont satisfaits, le fonctionnaire titulaire peut engager une demande de reconnaissance de « maladie survenue en service », sous réserve que l'expert chargé d'évaluer techniquement le dossier affirme que la maladie ne relève pas d'une étiologie étrangère au service. Pour les maladies « contractées ou aggravées en service », absentes des tableaux du régime général, le dossier est soumis à l'avis de la Commission de réforme qui statut sur la demande et l'attribution des droits sollicités.

Organismes impliqués dans la reconnaissance et l'indemnisation

L'Assurance Maladie (branche AT/MP de la CNAM-TS)

La caisse d'Assurance Maladie vérifie le respect des clauses administratives et soumet le dossier pour avis au médecin-conseil afin que soit vérifiée la conformité du diagnostic proposé avec celui qui est inscrit dans le tableau. La caisse informe l'employeur et l'inspecteur du travail de la déclaration ; sa décision (accord ou refus) fait l'objet d'une information en direction du salarié laquelle peut être contestée par la voie du contentieux général.

Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP)

Selon la loi du 27 janvier 1993, si un ou plusieurs des critères administratifs cités plus haut ne sont pas satisfaits, la reconnaissance en MP est dite « au titre du 3e alinéa ». Dans ce cas, les conditions médicales restent applicables de façon stricte et l'évaluation du lien causal entre la maladie et le travail est confiée au CRRMP ; comité composé de 3 médecins experts et dont l'avis s'impose à l'organisme de Sécurité sociale. La reconnaissance « au titre du 4e alinéa » relève également du CRRMP pour les maladies non mentionnées dans un tableau.

L'Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH)

Ces fonds permettent d'obtenir des financements aidant au maintien dans l'emploi des salariés (aménagements de situations de travail, formations, etc.). Peuvent en bénéficier les salariés reconnus travailleurs handicapés auprès de la Maison départementale des personnes handicapés (MDPH = ex-COTOREP), reconnus en AT/PM avec IPP ≥ 10 %, bénéficiant d'une carte ou d'une pension d'invalidité, ou pensionnés de guerre.

 

En pratique

 Les TMS représentent le premier risque professionnel en Europe.
 Les TMS s'inscrivent dans un modèle probabiliste et multifactoriel de mécanismes complexes.
 L'intérêt de la déclaration en MP doit être évaluée au cas par cas.

Pour en savoir plus

• Fouquet B et al. Santé mentale, appareil locomoteur et pathologies professionnelles. Collection de pathologie locomotrice et de médecine orthopédique. Édition Masson, Paris, 2005.
• Fouquet B, Hérisson C. Vieillissement des salariés et troubles musculo-squelettiques. Collection de pathologie locomotrice et de médecine orthopédique. Édition Masson, Paris, 2006.
• Catilina P. Médecine et risque au travail. Guide du médecin en milieu de travail. Édition Masson (2e édition).
• Institut de veille sanitaire. TMS d'origine professionnelle : une préoccupation majeure. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 9 février 2010 ; 5-6.
• Roquelaure Y. Troubles musculo-squelettiques, ces gestes qui font mal. Le Concours médical, 11 décembre 2007 ; 37 : 1 319-34.
• Roquelaure Y et al. Déclarer une lombosciatique en maladie professionnelle. Est-ce l'avantage bien compris du patient ? Revue du Rhumatisme 2005 ; 72 : 531-3.
• Choudat D, Goulfier G, Limido G. Prévention, reconnaissance et indemnisation des maladies professionnelles en France. Encycl Med Chir, Toxicologie- Pathologie professionnelle, Paris, Elsevier éd. 1998 ; 16-730-A10.



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