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MISES AU POINT

Sciatalgies bilatérales

Publié le 16/08/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

G. AYOUB, J.-D. LAREDO,

Hôpital Lariboisière, Paris

Une femme de 85 ans est hospitalisée pour des sciatalgies bilatérales, de trajet plutôt S1, évoluant depuis plusieurs semaines. Il existe une légère altération de l’état général associée, à type d’asthénie. La patiente n’indique pas d’antécédent notable, hormis un diabète et une hypertension bien contrôlés. L’examen clinique met en évidence un rachis douloureux à la mobilisation, surtout en flexion-extension, et à la palpation sans limitation majeure. Il ne reproduit pas l’irradiation des douleurs dans les membres inférieurs et ne révèle pas de déficit sensitif ou moteur. Le bilan radiologique montre des images d’ostéolyse sacrée avec des lésions vertébrales (figures 1 à 8). Une biopsie sacrée réalisée sous contrôle scannographique (figure 9) permet d’observer un aspect histologique et immunohistochimique correspondant à un lymphome malin B à grandes cellules d’aspect diffus. 

Commentaires

La clinique des tumeurs sacrées est généralement pauvre, sauf si le diagnostic est fait à un stade tardif. Elle peut être faite de douleurs, de sensation de pesanteur, de radiculalgies dont la topographie est souvent mal systématisée, ou de symptômes de compression digestive ou urinaire. La radiographie standard souffre d’une faible sensibilité.

Un scanner ou une IRM sont à demander au moindre doute. Les tumeurs sacrées sont généralement classées comme suit :

- tumeurs primitives bénignes, dont les tumeurs à cellules géantes (plus de 60 % des cas), les kystes anévrysmaux, les ostéomes ostéoïdes, et les ostéoblastomes ;

- tumeurs primitives malignes, dont les chordomes (près de 50 %), les lymphomes, les myélomes multiples, les sarcomes d’Ewing, les chondrosarcomes, et les ostéosarcomes ;

- tumeurs secondaires, qu’elles soient d’origine pulmonaire, mammaire, rénale, ou prostatique. Une tumeur sacrée peut également correspondre à l’extension d’une tumeur pelvienne, méningée, ou nerveuse.

  Figure 1.
Coupe scannographique frontale, fenêtre
osseuse, montrant des images d’ostéolyse sacrée.
Figure 2.
Autre coupe scannographique frontale, fenêtre
osseuse, montrant l’ostéolyse sacrée avec un aspect mité.
Figure 3.
Coupe scannographique sagittale, fenêtre
osseuse, montrant une lésion mixte de la 1re pièce sacrée.

• La tumeur à cellules géantes (TCG) est la plus fréquente des tumeurs sacrées bénignes, et représente entre 10 et 15 % de l’ensemble de celles-ci, ce qui en fait la 2e tumeur primitive du sacrum en fréquence après le chordome. D’ailleurs, la localisation sacrée est la plus fréquente des TCG vertébrales. Elle survient essentiellement entre 15 et 40 ans, et touche deux femmes pour un homme. La lésion est en règle générale latéralisée, et une extension iliaque est toujours possible. Le bilan radiologique retrouve une image de lyse, ou de soufflure osseuse, sans cloisons intralésionnelles ni calcification. La présence d’une hémorragie et/ou d’une nécrose avec image kystique n’est pas rare.

• Le kyste anévrysmal est la seconde tumeur sacrée bénigne la plus fréquente. Vingt-cinq pour cent des kystes anévrysmaux sont localisés au rachis et le sacrum représente 20 % de ses localisations vertébrales du kyste anévrysmal. Il touche essentiellement des patients jeunes, dans la 2e décennie. L’imagerie montre une lésion soufflante, latéralisée à une hémivertèbre, avec des septa, et des niveaux liquide-liquide. Sa croissance est explosive au début.

• L’ostéome ostéoïde du sacrum représente seulement 2 % des tumeurs sacrées. Il touche essentiellement les hommes entre 10 et 20 ans. Le processus articulaire de S1 est souvent concerné. L’image radiologique typique est celle d’une lacune centrale (nidus) de moins de 2 cm de diamètre, contenant une calcification centrale avec une sclérose périphérique.

• Les métastases osseuses sont les tumeurs sacrées les plus fréquentes. Le primitif est souvent le poumon, le sein, le rein, ou la prostate. Les lésions sont souvent ostéolytiques, et généralement multiples, pouvant toucher aussi le bassin, et le rachis. En cas de lésion unique, le diagnostic est en règle générale posé par biopsie.

Figure 4.
Coupe scannographique axiale, fenêtre tissus
mous, montrant une masse présacrée. 
Figure 5.
Autre coupe scannographique axiale, fenêtre tissus mous, montrant
une volumineuse masse des parties molles en avant du rachis.
Figure 6.
Coupe scannographique frontale, fenêtre tissus mous, montrant une
érosion de la corticale antérieure du sacrum et une volumineuse masse des
parties molles antérieures.

• Le chordome représente 2 à 4 % des tumeurs malignes primitives de l’os, mais c’est la tumeur maligne la plus fréquente du sacrum. Il compte pour plus de 20 % des tumeurs sacrées primitives. C’est une tumeur osseuse embryonnaire, développée à partir des reliquats de la notochorde foetale et rencontrée presque exclusivement sur le rachis et ses extrémités. Il est localisé dans près de la moitié des cas au sacrum, dans un tiers des cas dans la région sphéno-occipitale et dans les 15 % restants sur le rachis mobile. L’homme est 2 fois plus fréquemment touché que la femme, à un âge moyen de 50 ans, mais la survenue est possible à tout âge. La tumeur est généralement de grande taille, touchant les dernières pièces sacrées (S3 à S5) ou le coccyx, et respectant presque toujours S1. Au sacrum, le centre de la tumeur se projette sur la ligne médiane ou sur un trou sacré. La radiographie met en évidence une lyse mal limitée avec des calcifications. La scintigraphie montre une hypofixation, et le scanner des débris calcifiés ou une matrice cartilagineuse hypodense contenant des calcifications, avec un aspect en logettes, et une extension aux tissus mous. L’IRM montre un hypersignal T2 intense (contenu myxoïde). Le chordome se caractérise par une agressivité locale importante. Des métastases sont notées dans 20 à 40 % des cas. La survie est de l’ordre de 50 % à 5 ans. Le traitement est essentiellement chirurgical et consiste si possible en une résection en bloc avec des limites d’exérèse passant en zone saine. Une radiothérapie à visée palliative peut être associée si la chirurgie est incomplète. Le chordome chondroïde est une forme particulière de chordrome contenant du tissu catilagineux et des calcifications, touchant des sujets plus jeunes, notamment féminins, avec une agressivité plus importante.

• Les localisations sacrées du lymphome ne sont pas rares. Il peut s’agir d’un lymphome osseux primitif de Parker et Jackson ou de la localisation secondaire d’un lymphome ganglionnaire. Le sacrum représente 5 % des atteintes osseuses du lymphome. L’imagerie révèle une ostéolyse avec un aspect mité ou perméatif, une infiltration de la moelle osseuse à radiographie normale, et souvent une masse importante des parties molles comme dans le cas présenté ici.

• L’atteinte sacrée du myélome multiple a l’aspect habituel des autres localisations plus classiques de la maladie. Le plasmocytome présente l’aspect d’une lésion lytique, soufflante et cloisonnée, assez volumineuse.

• Le chondrosarcome est la 2e tumeur primitive maligne du sacrum après le chordome par ordre de fréquence. La radiographie montre une ostéolyse avec des calcifications. Au scanner, on observe une ostéolyse aux limites lobulées, en hypersignal T2 franc en IRM (contenu myxoïde). On peut également mettre en évidence des calcifications, une extension aux tissus mous, et éventuellement une prise de contraste septale, nodulaire ou diffuse. Le chondrosarcome est à différencier du chordome chondroïde où la prise de contraste est plus faible, et la localisation plutôt médiane et distale.

• Le sarcome d’Ewing touche avec prédilection les sujets jeunes, de moins de 20 ans, essentiellement les garçons, et apparaît sous forme d’une ostéolyse avec extension aux tissus mous.

• L’ostéosarcome est, par ordre de fréquence, la 4e tumeur primitive maligne du sacrum. Il peut être primitif, ou secondaire à une maladie de Paget, ou à une radiothérapie. L’imagerie montre une image lytique, souvent calcifiée, avec une extension aux tissus mous.

• On peut également citer, dans le diagnostic différentiel d’une tumeur sacrée, les tumeurs méningées, comme les méningocèles, ou les kystes de Tarlov, et les tumeurs nerveuses comme le neurofibrome et le schwannome. 

 Figure 7.
Autre coupe scannographique frontale, fenêtre tissus mous, montrant
un aspect hétérogène du sacrum et une masse des parties molles antérieures
et postérieures.
Figure 8.
Coupe scannographique sagittale, fenêtre tissus mous, montrant une masse présacrée.
Figure 9.
Biopsie sous contrôle scannographique de la masse des parties molles postérieures.

Pour en savoir plus

1. Diel J et al. The sacrum: pathologic spectrum, multimodality imaging, and subspecialty approach. Radiographics 2001 ; 21 : 83-104.
2. Disler DG, Miklic D. Imaging findings in tumors of the sacrum. AJR 1999 ; 173 : 1 699-706.
3. Gerber S et al. Imaging of sacral tumours. Skeletal Radiol 2008 ; 37 : 277-89.
4. Llauger J et al. Primary tumors of the sacrum: diagnostic imaging. AJR 2000 ; 174 : 417-24.



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