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MISES AU POINT

Actualités dans le traitement de l’hépatite chronique C

Publié le 23/08/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

T. ASSELAH,

Hôpital Beaujon, Clichy

 

Actuellement, dans l’hépatite chronique C, l’utilisation d’une bithérapie associant interféron alpha pégylé (IFN-PEG) et ribavirine (RBV) permet d’obtenir une réponse virologique prolongée (RVP) dans environ 55 % des cas. Il apparaît que la RVP est durable et qu’elle est associée à une diminution du risque de cirrhose et
de carcinome hépatocellulaire.

Objectifs du traitement

L’objectif premier est l’éradication du virus permettant la guérison. L’autre objectif est de stabiliser, voire faire régresser les lésions de fibrose hépatique. Les indications du traitement reposent sur l’évaluation du risque d’évolution vers la cirrhose. Les effets secondaires et la diminution de la qualité de vie pendant le traitement doivent être pris en compte. Le bénéfice du traitement n’est pas prouvé pour les malades atteints d’hépatite chronique minime.

Les résultats de l’association interféron pégylé et ribavirine

Des études ont montré la supériorité de l’association IFN-PEG et RBV comparativement à l’association IFN standard et RBV. En cas de génotype 2 ou 3, une durée de 24 semaines, avec une posologie de RBV de 800 mg/jour, entraîne une RVP de 80 % (sans différence comparativement à une durée de 48 semaines). En cas de génotype 1, un traitement de 48 semaines avec des doses de RBV adaptées au poids est recommandé. Il permet d’obtenir une RVP de 50 %. Si, à la 12e semaine de traitement, la charge virale n’a pas diminué de plus de 2 log, ce traitement peut être arrêté.

Facteurs prédictifs de réponse au traitement

• Le virus : génotype non-1 et charge virale faible.
• Le malade : sexe féminin, âge jeune et fibrose minime.
• L’insulino-résistance a récemment été associée à une moins bonne réponse.

Traitement sur mesure

Prise en charge des facteurs associés à la non-réponse

• Avant traitement (encadré)

– Alcool : l’arrêt de l’alcool est recommandé, afin d’améliorer l’adhérence et la réponse au traitement antiviral.

– Stéatose, obésité et insulino-résistance : L’insulino-résistance doit être corrigée et/ou un surpoids par une activité physique régulière et un régime hypocalorique.

Prise en charge des facteurs associés à l’absence de réponse

• Pendant le traitement

– Effets secondaires des interférons

Les effets secondaires sont fréquents, nombreux, mais généralement peu graves et réversibles à l’arrêt du traitement. Le plus fréquent est le syndrome pseudo-grippal, modéré et bien contrôlé par le paracétamol.

Les autres effets secondaires sont une asthénie, un amaigrissement, une perte modérée de cheveux, des troubles du sommeil, des troubles de l’humeur et une sécheresse cutanée. Certains effets secondaires rares, comme les troubles psychiatriques, peuvent être graves et doivent être anticipés. Une dépression peut survenir dans 10 % des cas. Celle-ci doit être dépistée et traitée. Une dysthyroïdie peut se déclarer. Le traitement par IFN est contre-indiqué pendant la grossesse. La tolérance de l’IFN-PEG en monothérapie est globalement comparable à celle de l’IFN standard.

 Neutropénie

Une neutropénie est observée chez 20 % des malades recevant l’association IFNPEG/ RBV et est la cause majeure de réduction de la dose d’IFN-PEG. La chute rapide des polynucléaires neutrophiles (PNN) est constatée surtout au cours deux premières semaines de traitement, puis elle se stabilise. Les recommandations en cas de neutropénie sont de réduire la dose d’IFN-PEG de moitié si les PNN < 750/mm3 et de stopper le traitement si les PNN < 500/mm3. Cependant, ces mesures se prolongent rarement, car les taux de neutrophiles remontent à leur valeur initiale 2 à 4 semaines après l’arrêt de l’IFN-PEG.

 Thrombopénie

Chez les malades ayant une hépatite C, une thrombopénie est relativement fréquente et, lorsqu’elle est sévère, représente une contre-indication au traitement par IFN-PEG.

– Effets secondaires de la ribavirine

Le principal effet secondaire est l’anémie hémolytique. Une anémie conduit à un arrêt du traitement dans 5 % des cas. Une décompensation d’une coronaropathie ou d’une cardiopathie sous-jacente, liée à l’anémie, peut survenir. Une consultation de cardiologie est recommandée avant l’instauration du traitement en cas d’antécédent de cardiopathie, voire systématiquement si le patient a dépassé 50 ans. Le traitement par RBV est contreindiqué pendant la grossesse. Un moyen de contraception efficace est nécessaire avant la mise en route et pendant le traitement.

 Prendre en charge l’anémie induite par la ribavirine

Le maintien de la dose adéquate de RBV au cours du traitement est essentiel pour l’obtention d’une RVP. Il est nécessaire de prendre en charge rapidement l’anémie par adaptation de la dose de ribavirine et par la prescription d’EPO.

Définir le type de réponse

La non-réponse est définie par un ARN VHC détectable à la fin du traitement. La rechute est définie par un ARN VHC non détectable à la fin du traitement, puis détectable 6 mois après le traitement. Il convient de distinguer le groupe particulier de répondeurs « lents » dont la charge virale a diminué entre 12 semaines et la fin du traitement. La cinétique virale pourrait permettre d’adapter le traitement (durée et dose). On distingue la réponse virologique rapide (S4) et la réponse virologique précoce (S12). En cas de génotype 1, si la charge virale à S12 n’a pas diminué de plus de 2 log, ce traitement peut être arrêté.

Les nouveaux schémas thérapeutiques

Malades avec génotype 2 et 3 « faciles à traiter » : traitement court

En résumé (figure 1), un traitement de 24 semaines est recommandé en cas de génotypes 2 et 3. Pour les malades « faciles à traiter » ayant tous les facteurs de bonne réponse (âge jeune, fibrose modérée) avec un ARN du VHC indétectable à S4, et une mauvaise tolérance au traitement, ce dernier pourrait être écourté.

  Figure 1.
Durée du traitement en cas de génotypes 2 et 3.

Pour les patients avec génotype 3 et charge virale élevée, ainsi qu’un ARN du VHC détectable à S4 et une bonne tolérance au traitement, ce dernier pourrait être prolongé à 48 semaines.

Malades avec génotype 1 et charge virale basse : traitement de 24 semaines

Lorsque l’ARN du VHC est indétectable à S4 de traitement, le taux de RVP d’un traitement de 24 semaines est supérieur à 80 %.

Malades avec génotype 1 : traitement de 72 semaines

Les malades avec un ARN du VHC détectable à la semaine 12 pourraient bénéficier d’un traitement de 72 semaines (figure 2).

Génotype 1 : la dose de ribavirine est importante

En résumé(figure 2), en cas de génotype 1, un traitement de 48 semaines avec des doses de RBV adapté au poids est recommandé.

 Figure 2.
Durée du traitement en cas de génotype 1.

Si la charge virale à S12 de traitement n’a pas diminué de plus de 2 log, ce traitement peut être arrêté. Si la charge virale initiale est basse, que l’ARN du VHC est indétectable à S4, que la fibrose est modérée, et que le traitement est mal toléré, celui-ci peut être interrompu à S24. Une durée de traitement de 72 semaines pourrait être proposée aux malades avec réponse virologique lente.

Les nouvelles molécules

Les antiprotéases

Des résultats prometteurs ont été rapportés avec deux antiprotéases.

• L’antiprotéase (Boceprevir®) est un inhibiteur de la protéase NS3-NS4A. En monothérapie, après 14 jours de traitement chez des malades non répondeurs à l’IFNPEG, une diminution de la charge virale d’environ 1,5 log a été observée. Chez des malades non répondeurs à une bithérapie IFN-PEG et RBV, l’association IFN-PEG alpha 2b + SCH 50-3034 a permis une diminution de la charge virale de 2,5 log après 13 jours de traitement. Un essai de phase III est en cours.

• L’antiprotéase NS3-NS4A (telaprevir®). Deux études ont montré que la triple thérapie 3 mois, suivie de 3 mois de traitement standard, pouvait augmenter la RVP de 20 % chez les malades génotype 1.

Points essentiels

• La réponse virologique prolongée est équivalente à l’éradication virale.
• Les indications du traitement reposent sur l’évaluation du risque de cirrhose
• Une réponse virologique prolongée est obtenue dans 55 %.
• En cas de génotype 1, un traitement de 48 semaines avec des doses de RBV adaptées au poids est recommandé. Si à S12, la charge virale n’a pas diminué de plus de 2 log, ce traitement peut être arrêté.

Pour en savoir plus

. Asselah T, Boyer N, Marcellin P. Traitement de l’hépatite C. EMC, Hépatologie 2003 ; 7-015-B-51.
. Shiffman ML, Suter F, Bacon BR et al. Peginterferon IFN-2a and ribavirin for 16 or 24 weeks in HCV genotype 2 or 3. N Engl J Med 2007 ; 357 : 124-34.
. Berg T, von Wagner M, Nasser S et al. Extended treatment duration for hepatitis C virus type 1: comparing 48 versus 72 weeks of peginterferon--2a plus ribavirin. Gastroenterology 2006 ; 130 : 1086-97.
. Lamarre D, Anderson PC, Bailey M et al. An NS3 protease inhibitor with antiviral effects in humans infected with hepatitis C virus. Nature 2003 ; 426 : 186-9.
. Sarrazin C, Rouzier R, Wagner F et al. SCH 503034, a novel hepatitis C virus protease inhibitor, plus pegylated interferon -2b for genotype 1 nonresponders. Gastroenterology 2007 ; 132(4) : 1270-8.
. Hezode C, Forestier N, Dusheiko G et al. Telaprevir and peginterferon with or without ribavirin for chronic HCV infection. N Engl J Med 2009 ; 360 : 1839-50.
. Asselah T, Bieche I, Narguet S et al. Liver Gene Expression Signature to Predict Response to Pegylated interferon plus Ribavirin combination therapy in Patients with Chronic Hepatitis C. Gut 2007.



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