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MISES AU POINT

Ostéoporose : l’avis du gériatre

Publié le 02/09/2010   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

C. JEANDEL,

CHU de Montpellier

 

L’augmentation de l’espérance de vie s’est accompagnée de l’émergence de certaines maladies. En font partie les complications fracturaires de l’ostéoporose chez la femme mais aussi chez l’homme, qu’il s’agisse de la fracture de l’extrémité supérieure du fémur (FESF), modèle fracturaire gériatrique par excellence, mais également des fractures vertébrales (FV).

Fractures ostéoporotiques : un modèle typiquement gériatrique

Les fractures de l’extrémité supérieure du fémur et des vertèbres constituent un double marqueur pronostique vital et fonctionnel. Les fractures de l’ESF surviennent très tardivement et sont un marqueur très gériatrique de fragilité extrême où s’intriquent plusieurs déterminants : la dénutrition, la sarcopénie, les chutes et l’ostéoporose. Les fractures vertébrales de survenue plus précoce sont un marqueur d’un risque accru de récidive fracturaire.

Dépistage et traitement de l’ostéoporose : des avancées considérables

Repérage du risque : avènement de l’ostéodensitométrie

Technique non invasive et convenablement reproductible, l’ostéodensitométrie permet maintenant en routine d’évaluer la masse osseuse en mesurant la densité minérale osseuse (DMO). Le résultat s’exprime en T-score, nombre d’écarts-types entre la DMO du sujet et la DMO moyenne d’une population jeune de même sexe. Un T-score ≤ -2,5 déviations standards définit une ostéoporose et indique un risque fracturaire élevé. Compris entre -2,5 et -1, il traduit une ostéopénie. La DMO basse n’est qu’un des facteurs de la fragilité osseuse. Mais, confrontée aux facteurs de risque anamnestiques et cliniques de fracture, elle permet d’anticiper une décision thérapeutique sans attendre l’accident fracturaire, la radiographie n’étant parlante que tardivement. Les marqueurs de risque font l’objet d’une recherche systématique pour pouvoir poser l’indication d’une ostéodensitométrie. Ils ont bien été définis par la HAS en 2001, permettant le remboursement de cet examen. Puis, les recommandations de l’Afssaps en 2006 ont déterminé des stratégies de prise en charge qui prennent en compte trois groupes de paramètres : l’âge et le sexe, les antécédents fracturaires et les facteurs de risque.

Traitements antiostéoporotiques : une vraie révolution thérapeutique

  Modification du paysage thérapeutique

Alors que le fluor a disparu des procédures thérapeutiques et que la classe des bisphosphonates résumait la thérapeutique et se réduisait à un seul produit, l’étidronate (Didronel ®), on a assisté au développement des bisphosphonates et à l’apparition de nouvelles classes thérapeutiques.

  Développement des bisphosphonates

Les bisphosphonates diminuent la résorption osseuse. Cette classe de références a considérablement évolué avec un travail sur les modalités de prescription dans le but de lutter contre le risque de mauvaise observance des formes à prise quotidienne. Ainsi, l’alendronate (Fosamax®) et le risédronate (Actonel®) existent en prise quotidienne et sous forme hebdomadaire. L’ibandronate (Bonviva®) et le risédronate (Actonel®) existent en forme mensuelle et le zolédronate (Aclasta® 5 mg) en injection intraveineuse annuelle.

  Apparition de nouvelles classes thérapeutiques

Si le raloxifène (SERM : Selective Estrogen Receptor Modulator) n’a pas d’indication après 70 ans, ce n’est pas le cas de l’analogue de la PTH, le tériparatide, et du ranélate de strontium.

• Le tériparatide (Forsteo®) utilisé en injection sous-cutanée quotidienne stimule la formation osseuse et est indiqué à partir d’une seconde fracture vertébrale.
• Le ranélate de strontium (Protelos®) est une molécule originale qui à la fois stimule la formation osseuse et diminue la résorption osseuse. Elle a montré son efficacité pour réduire le risque de FV et de FESF et ce, sur 5 ans.

De vraies études gériatriques !

En plus d’être un modèle pathologique gériatrique, l’ostéoporose est exemplaire au plan méthodologique des essais thérapeutiques. Elle s’est récemment illustrée par des études ayant spécifiquement porté sur des populations de 80 ans et plus : avec le risédronate et le ranélate de strontium. Ce point est à souligner car, hormis le champ de la démence, il n’est pas si fréquent de pouvoir disposer d’études ayant spécifiquement porté sur une population authentiquement gériatrique.

En plus d’être un modèle pathologique gériatrique, l’ostéoporose
est exemplaire au plan méthodologique des essais thérapeutiques.

Mais une sensibilisation clinique inversement proportionnelle aux avancées !

  Insuffisance de repérage des sujets à risque

Malgré tous les progrès en termes de moyens thérapeutiques et de possibilités scientifiques (DMO) et sociales (remboursement) pour dépister les sujets à risque et leur proposer un traitement qui réduise la morbimortalité de façon significative, on reste confronté à une grande insuffisance de repérage de ces personnes.

Et ce, pour deux raisons :

– les facteurs de risque des fractures ostéoporotiques restent insuffisamment recherchés ;
– les fractures vertébrales, dont on sait que seulement un tiers d’entre elles sont symptomatiques, restent largement sous-diagnostiquées. Notre performance diagnostique n’étant pas ou peu améliorée, un effort particulier doit être porté sur son optimisation. Une sensibilisation au sein de la population et du corps médical s’impose. Par ailleurs, nous sommes à la recherche d’outils simples constituant un modèle d’identification des sujets à risque, tel que l’outil FRAX en cours de validation.

  Insuffisance de prévention nutritionnelle

Nous ne sommes pas encore assez vigilants sur ce point fondamental : vérifier l’état nutritionnel et le statut vitamino-calcique de nos patients. Nos populations âgées ont le plus souvent une carence vitaminocalcique. En EHPAD, ce sont même 90 % des personnes qui sont concernées. Cette carence est révélatrice d’un état nutritionnel altéré et appelle un bilan nutritionnel plus global. On soulignera ici la nécessité d’un apport protidique contribuant à l’optimisation de la rééducation après un accident fracturaire. D’autre part, la compensation du déficit vitamino-calcique représente en soi un moyen de prévention de la fracture, mais aussi de la chute. Enfin, les médicaments antiostéoporotiques n’ont montré leur efficacité que dans des essais qui assuraient tous un apport en calcium et vitamine D. Il est donc indispensable de compenser le déficit vitaminocalcique avant d’entamer un traitement antiostéoporotique.

On soulignera ici la nécessité d’un apport protidique contribuant
à l’optimisation de la rééducation après un accident fracturaire.

Un progrès technique : la vertébroplastie percutanée

Apparue depuis quelques années, cette technique de radiologie interventionnelle pratiquée sous neuroleptanalgésie consiste à injecter par voie percutanée du ciment dans la vertèbre fracturée. Bien indiquée, elle permet une analgésie rapide et une réduction spectaculaire de la durée d’immobilisation, avec son cortège de risques. Ses effets secondaires sont rares. Le second volet de la prévention des fractures ostéoporotiques concerne la prévention des chutes abordée ailleurs. Chez les sujets chuteurs à haut risque de fracture de l’ESF, signalons l’intérêt des protecteurs de hanche. Leurs avantages jusqu’ici controversés semblent être confirmés par une étude récente.



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Vos réactions

La plupart des Françaises devraient être complémentées

Le 04 septembre 2010

Je me demande depuis longtemps pourquoi les gynécologues, qui ont prescrit au cours des dernières décennies un THS à des millions de femmes afin de prévenir l'ostéoporose (avec les conséquences que l'on sait sur l'incidence du cancer du sein), ne s'intéressent pas au statut en vitamine D de leurs patientes, et ce à tout âge. Il n'y a pas que les femmes ménopausées qui ont un statut déficitaire, et la plupart des Françaises devraient être complémentées. Question naïve : faut-il voir là l'influence des labos pharmaceutiques ?
Par ailleurs, des affiches informatives sur la prévention nutritionnelle de l'ostéoporose (notamment alimentation alcalinisante : riche en fruits et légumes, et diète pauvre en sel) et sur l'importance d'une activité physique régulière (y compris à l'adolescence) pourraient être installées dans toutes les salles d'attente des praticiens. En effet, la prévention de l'ostéoporose doit commencer bien avant la ménopause (elle concerne d'ailleurs aussi les hommes, même si ces derniers sont moins touchés). Encore faudrait-il que les médecins soient davantage formés et s'intéressent un peu plus à la prévention des pathologies chroniques.

Marie Grosman

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