H. BENCHIKHI,
Service de dermatologie, CHU Ibn Rochd, Casablanca,
Maroc
Depuis la nuit des temps, l’homme a désiré l’apparence de
la jeunesse, en particulier par l’aspect extérieur de sa peau.
Cette idée se cristallise dans le concept de fontaine de jouvence :
le bain dans cette eau mythique permettrait la jeunesse éternelle.
En dehors de l’eau, d’autres produits sont appliqués au contact de
la peau afin de préserver ou de retrouver sa jeunesse, et cette
notion est ancrée dans toutes les civilisations, qu’elles soient
égyptienne, chinoise ou indienne. Aujourd’hui, des centaines de
produits et formules sont proposés pour lutter contre le
vieillissement cutané. Quelle place occupent les topiques pour s’y
opposer ? Nous proposons ici de passer en revue les actifs qui ont
démontré un effet sur le vieillissement cutané dans des travaux
publiés dans la littérature internationale.
Par produits topiques, on entend tout principe actif (crème,
émulsion, solution) appliqué quotidiennement sur la peau pour
réparer ou prévenir les signes du vieillissement cutané (VC). On
peut classer ces topiques en trois catégories : les médicaments,
délivrés sur ordonnance ; les cosmétiques, en vente libre ; les
cosméceutiques, terme créé il y a 25 ans pour désigner des produits
avec substances actives, qui ne peuvent être considérés comme des
cosmétiques ou des médicaments. La littérature médicale compte de
nombreuses revues générales sur les topiques anti-âge, et les
traitements les plus utilisés sont : les rétinoïdes, les
hydroxyacides (alpha, bêta et lipo), les antioxydants (vitamines et
co-enzymes), les hydratants et les photoprotecteurs externes (1).
Une autre catégorie est représentée par les dépigmentants qui sont
exclus volontairement de cette revue. Si on applique les règles de
l’evidence based medicine à ces produits, pour ne mentionner que
ceux qui ont fait l’objet d’études randomisées, contrôlées et en
double aveugle, seuls le rétinol et les antioxydants tels la
vitamine C et les co-enzymes peuvent être considérés comme des
substances efficaces sur le VC (2).
Les actifs anti-âge
Les rétinoïdes
Le chef de file des topiques antiâge est le groupe des
rétinoïdes qui comprend la vitamine A (ou rétinol) et ses dérivés :
acide rétinoïque (ou vitamine A acide ou trétinoïne) et le
rétinaldéhyde et ses rétinyl esters, ainsi qu’un grand nombre de
dérivés synthétiques. Les rétinoïdes induisent une grande variété
de processus cellulaires et agissent par le biais de récepteurs
nucléaires. Ainsi, la trétinoïne et ses analogues, par les effets
biologiques qu’ils induisent, sont quasiment considérés comme des
hormones et agissent via des récepteurs nucléaires appelés RAR de
type α, β et γ contrairement à d’autres dérivés qui agissent
sur RXR.
C’est par cette voie que les rétinoïdes topiques améliorent le
VC en modifiant différents programmes de différenciation cellulaire
:
– initiation de l’augmentation de la prolifération épidermique
;
– compaction du stratum corneum ;
– biosynthèse et dépôt de glycosaminoglycanes (3).
La trétinoïne ou vitamine A acide est le rétinoïde ayant le
plus fait l’objet de travaux dans le traitement du VC intrinsèque
ou extrinsèque. Son potentiel dans le traitement du VC photo-induit
a été initialement démontré par A. Kligman et coll. en 1984 sur un
modèle animal, puis en 1986 in vivo.
Par la suite, toutes les études réalisées ont clairement
démontré que la trétinoïne améliorait significativement les signes
du VC photo-induit (4-7) :
– cliniquement : amélioration des ridules, diminution de la
rugosité cutanée, amélioration de l’élasticité et de l’hydratation,
diminution de l’hyperpigmentation ;
– histologiquement : angiogenèse et dépôts de collagène de type I
et II.
Les effets de la trétinoïne sont perceptibles au bout de 3 mois,
et restent stables au-delà, au prix d’applications bi- ou
trihebdomadaires (8,9). La trétinoïne en crème peut être utilisée à
des concentrations variables allant de 0,025 à 1 %, sachant qu’aux
fortes concentrations, les effets secondaires tels l’irritation, le
prurit et les sensations de brûlures sont plus fréquents. C’est
pour les éviter que d’autres formes galéniques ont été élaborées :
solution et nanoparticules. Concernant le VC intrinsèque, seule une
étude contrôlée existe, celle de A.M. Kligman et coll. en 1993, qui
a montré une amélioration clinique modeste des signes du VC ; en
revanche, les modifications histologiques étaient nettes (10).
Autres rétinoïdes
D’autres rétinoïdes sont utilisés dans le VC :
• L’isotrétinoïne topique à 0,1 % est efficace sur les fines
rides, le VC léger à modéré et l’apparence globale(11,12).
• Le tazarotène, nouveau rétinoïde acétylénique, agit sur les
récepteurs RXR et est aussi efficace comparé à la trétinoïne aux
concentrations de 0,01, 0,025 et 0,1 %(13,14).
• L’adapalène agit sur les récepteurs RAR β/γ et peut être
utilisé en seconde intention chez des personnes ayant une
intolérance aux rétinoïdes conventionnels car il est très bien
toléré (15).
• D’autres rétinoïdes sont en cours d’évaluation dans le VC :
alitrétinoïne et sélitinoïde, qui nécessitent encore des études
randomisées et contrôlées à grande échelle (16). Le rétinol a
également un effet sur la peau mature, mais son extrême instabilité
le fait associer à d’autres produits, par exemple la vitamine C
(17,18). Certains dérivés du rétinol, tels le rétinyl acétate, le
rétinyl propionate et palmitate n’ont pas montré d’amélioration
significative du VC (19).
• Le rétinaldéhyde est un précurseur de l’acide rétinoïque
métabolisé dans la peau. J.H. Saurat et coll., en 1994, ont montré
qu’il augmente l’épaisseur de l’épiderme. Plusieurs études
cliniques et profilométriques ont montré que le rétinaldéhyde
réduisait les rides et la rugosité cutanée par rapport à
l’excipient (20-23), de même lorsqu’il est associé à un laser non
ablatif (24). Il a beaucoup moins d’effets secondaires que les
rétinoïdes ; on peut conclure que le rétinaldéhyde est un bon
topique pour le traitement du VC photo-induit.
Les alphahydroxyacides
Autre catégorie de topiques anti-âge, les alphahydroxyacides
(AHA), acides glycolique, lactique, citrique, acétique ont été
découverts par R.J. Yu et E.J. Van Scott dans les années 70 et
induisent tous une normalisation de la kératinisation et une
desquamation. Une nouvelle génération, les polyhydroxyacides (PHA),
ont les mêmes effets bénéfiques avec moins d’effets indésirables.
Alphaet polyhydroxyacides induisent une biosynthèse des
glycosaminoglycanes et des fibres collagènes, permettant ainsi un «
repulpage » de la peau et une augmentation de l’épaisseur
du derme(25). Dans le VC photo-induit, les AHA sont associés aux
rétinoïdes et à des agents antioxydants pour un maximum d’effets,
avec en général des concentrations qui restent inférieures à 15 %.
Les PHA ont en plus des propriétés hydratantes et humectantes
supplémentaires et des propriétés antioxydantes. On peut citer par
exemple le gluconolactone et l’acide lactobionique. Autre avantage,
les PHA sont compatibles avec tous les types de peau (26).
La vitamine C
La vitamine C, ou acide ascorbique sous sa forme lévogyre, a
fait l’objet de nombreux travaux dans la littérature. Il faut tout
d’abord souligner que P. Humbert et coll. ont démontré qu’il
existait une diminution du taux de la vitamine C dans le derme en
fonction de l’âge (27,28). La vitamine C fut le premier actif
cosmétique à faire l’objet d’une preuve d’efficacité à la fois
clinique et biologique. En effet, dans une étude versus placebo
réalisée chez des femmes de 50 à 60 ans traitées pendant 6 mois par
vitamine C topique au niveau du décolleté, il a été montré une
modification significative du relief de la peau qui, d’anisotrope
devenait isotrope, d’une part (29,30), et que, d’autre part, cette
application permet l’induction d’une production de collagène I et
III démontrée par des biopsies en microscopie électronique et par
la mesure du taux des ARN messagers dans la peau (31). Par
ailleurs, il est intéressant d’observer que les taux de vitamine C
cutanés s’effondrent dans la peau lors de l’exposition solaire et
l’induction d’un érythème actinique (32). Enfin, il pourrait
exister une potentialisation de l’effet de la vitamine C topique
lorsqu’elle est associée à d’autres actifs anti-âge tels que le
madécassoside (33). La vitamine C augmente aussi la néosynthèse des
fibres élastiques, comme en témoigne une étude chez 10 femmes avec
histologie et microscopie électronique (34). Par ailleurs, une
étude incluant 20 femmes avec score clinique, échelle analogique,
cornéométrie et profilométrie a montré une amélioration de la
surface de la peau altérée par l’âge et une protection contre les
effets du vieillissement induit par les UVA(35).
Autres vitamines
Parmi les vitamines autres que la vitamine C, nous avons parlé
de la vitamine A, mais citons la vitamine E (α tocophénol) et la
vitamine B3 (vitamine PP ou niacinamide). La niacinamide en topique
à 5 % a été utilisée versus excipient chez 40 femmes âgées de 35 à
60 ans. À 12 semaines, l’analyse en 3D montrait une amélioration de
la texture de la peau et des lentigos solaires (36). En effet, la
niacinamide stimule la synthèse d’un néocollagène par des
fibroblastes de peau âgée en culture, régularise la synthèse des
céramides, améliorant ainsi la barrière cutanée, et augmente la
synthèse des marqueurs de la différenciation kératinocytaire
(involucrine et filaggrine). En fait, le rôle antioxydant et les
propriétés anti-inflammatoires pour toutes ces vitamines ont été
démontrés. Cependant, pour obtenir une efficacité optimale, ces
produits doivent être délivrés dans des formulations appropriées
(37).
Les antioxydants
La dernière catégorie de topiques anti-âge bien étudiés est
représentée par les antioxydants ou antiradicalaires, dans lesquels
on retrouve la vitamine C et la vitamine B3, mais aussi :
– la vitamine E, la kinétine, l’acide α lipoïque, l’ubiquinone
10, l’idébénone (38) ;
– les phyto-hormones-like, comme les isoflavones, le resvératrol,
l’acide férulique ;
– le diméthylaminoéthanol (DMAE), précurseur de l’acétylcholine et
la vitamine B9 qui est un coenzyme. L’efficacité réelle de ces
produits dans le VC, à part la vitamine C et les co-enzymes, reste
encore à démontrer, de même que celle des actifs «
Botox-like », peptides censés limiter les
microcontractions musculaires, des sirtuines dites « molécules
de longévité », etc., et des biocosmétiques nouvellement
arrivés.
En fait, pour tous ces cosmétiques dits actifs, il faut se poser
les trois questions énoncées par D. Kligman relatives aux
cosméceutiques( 39) :
– le principe actif pénètre-t-il le stratum corneum ?
– y a-t-il un mécanisme d’action ?
– y a-t-il des essais thérapeutiques en double aveugle contre
placebo ? P
our parler d’un effet sur le VC, encore faut-il pouvoir avancer
des preuves !
Les autres topiques utiles
Les agents hydratants
Le maintien d’une bonne hydratation cutanée est essentiel pour
limiter l’apparition des rides et permettre un meilleur aspect
général de la peau. Il faut choisir des actifs augmentant
l’affinité de la kératine pour l’eau (NMF et allantoïnes).
Les photoprotecteurs
On sait que l’exposition solaire a comme conséquence, entre
autres, à long terme, une accélération du VC. Une étude a montré
que les photoprotecteurs externes (PPE) préviennent certains effets
biologiques induits par les UV même reçus à des doses minimes
(40).
Conclusion
On peut classer les produits topiques anti-âge par catégorie de
la manière suivante : rétinoïdes, AHA, antioxydants (vitamine C,
vitamine E), hydratants et photoprotecteurs externes. Le niveau de
preuve d’efficacité, tel qu’il est rapporté dans la littérature,
doit toujours être présent à l’esprit. Les cosmétiques actifs
semblent prendre de plus en plus d’ampleur dans les gammes
proposées par les industriels, ce qui est probablement la
conséquence de cette course à la recherche des preuves. En raison
de la complexité du processus du vieillissement cutané, chaque
catégorie a une spécificité d’action étroite, par conséquent, leur
association est synergique. Dans la prise en charge globale du VC,
ces topiques anti-âge sont à intégrer à toutes les étapes : de
manière précessive, en accompagnement et en relais des autres
techniques anti-âge (toxine botulinique, produits de comblement,
peelings, lasers, chirurgie). De ce fait, ils exigent un certain
niveau d’expertise dans leur prescription.
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Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, juin 2010