N. TEISSIER,
Hôpital Robert Debré, Paris
La paralysie faciale (PF) concerne une personne sur 2 000
par an. Dans 70 % des cas, adultes et enfants, il s’agit d’une
paralysie faciale de Bell ou a frigore. Celle-ci est d’évolution le
plus souvent favorable.
Chez l’enfant, il faut différencier les paralysies faciales
acquises (PF), des congénitales rentrant éventuellement dans le
cadre d’un syndrome. Cependant, toute la complexité de la prise en
charge des paralysies faciales réside dans l’importance de ne pas
méconnaître une paralysie faciale d’une autre origine, pour
laquelle le pronostic et le traitement peuvent être spécifiques. Il
ne faut donc poser le diagnostic de PF a frigore qu’après
élimination des autres diagnostics.
Certains critères cliniques ou nosologiques doivent donc être
considérés comme des signaux d’alerte remettant en doute le
diagnostic de paralysie faciale simple.
Comment reconnaître une paralysie faciale ?
La paralysie faciale périphérique se définie par une immobilité
plus ou moins marquée de l’hémiface correspondante, touchant le
territoire supérieur ainsi que le territoire inférieur. Au niveau
du territoire supérieur, on constate la disparition des rides
frontales. L’oeil est ouvert, les battements palpébraux sont rares
ou inexistants. Le signe de Bell se caractérise par le roulement
postérieur de l’oeil lors de la fermeture palpébrale, alors que le
signe de Souques se définit par l’existence de cils plus long du
côté de la PF lors de la fermeture des yeux. Le sillon naso-génien
est effacé. Au niveau du territoire inférieur, la bouche est déviée
du côté sain et la déformation est particulièrement visible lors
des pleurs ou des rires.
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On peut aussi retrouver le signe de la pipe, avec un défaut
d’étanchéité labiale au gonflage des joues. Par ailleurs, s’y
associent l’absence de larme et une hyposialie du côté paralysé. À
l’examen audiométrique, le réflexe stapédien peut être aboli en
fonction de la hauteur de l’atteinte sur le trajet du nerf facial.
La gravité de l’atteinte peut être évaluée selon la gradation de
House et Brackman qui cote de I à VI l’importance de la paralysie
faciale (tableau 1) ou par la gradation de Freyss qui répartit
l’hémivisage en dix groupes musculaires.
L’activité musculaire de chacun est chiffrée de 0 (absence de
mouvement) à 3 (mobilité normale) pour un total maximal de 30
(figure 1).
Quels autres signes faut-il rechercher lors de l’examen initial
?
L’interrogatoire doit préciser le mode de survenue, l’existence
de la PF dès la naissance ou secondaire, et la vitesse
d’installation. La douleur ou l’existence de céphalées ne sont pas
retrouvées dans les tableaux de PF simples. On recherchera
l’existence d’une baisse de l’audition, d’acouphènes, une notion de
traumatisme ou de vertiges. L’examen clinique doit s’appliquer à
rechercher des signes associés qui remettraient en question le
diagnostic de PF de Bell. En particulier, il faut savoir éliminer
une atteinte centrale, dont la prise en charge sera différente et
surtout plus urgente. En effet, dans le cas d’une atteinte centrale
(en dehors de l’atteinte du noyau du VII), compte-tenu de
l’innervation croisée du territoire supérieur, on ne retrouve
qu’une atteinte de l’hémiface inférieure. Les autres paires
crâniennes doivent être systématiquement explorées.
Tendons l’oreille aux signes ORL
L’examen ORL peut permettre d’orienter vers une étiologie
locale. En particulier, il faut s’atteler à rechercher des signes
de l’oreille externe tels que des vésicules douloureuses du
conduit, qui orientent vers une origine zostérienne (4,5 % des PF),
et de l’oreille moyenne tels qu’une otite moyenne aiguë (1,3 % des
PF), des signes évocateurs d’un cholestéatome ou d’une autre
pathologie de l’oreille moyenne. La palpation de la parotide et de
la région pétreuse permet de rechercher l’existence d’une lésion
tumorale (1,7 % des PF), ceci d’autant plus que l’installation de
la PF s’est faite sur plusieurs semaines. De plus, il faut
rechercher des signes évocateurs d’une origine traumatique (10 %
des PF), telle une chute avec fracture du rocher (4 % des PF). La
moindre anomalie retrouvée à l’examen justifie d’effectuer un
scanner éventuellement couplé à une IRM.
Caractéristiques de la PF a frigore (ou de Bell)
La PF de Bell correspond à 60 % des paralysies faciales de
l’enfant, soit moins que chez l’adulte. Elle touche autant les
garçons que les filles, préférentiellement entre 3 et 15 ans.
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Figure 1. Gradation de Freyss
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Le diabète est reconnu comme un facteur de risque (3 % des PF).
La littérature récente suggère le rôle possible de l’Herpes simplex
1 dans l’étiopathogénie de cette pathologie. Elle se caractérise
par une parésie de l’hémiface apparaissant en moins de 3 jours,
associée aux autres signes d’atteinte du nerf facial, en
particulier, une atteinte du parasympathique et une altération du
goût au niveau des deux tiers antérieurs de la langue et de la
sensibilité du conduit auditif externe.
Enfin, on peut retrouver une abolition du réflexe stapédien, qui
représente un critère pronostique de récupération quand il est
retrouvé. L’évolution est le plus souvent favorable.
Faut-il tiquer sur la maladie de Lyme ?
La PF secondaire à une maladie de Lyme est en fait relativement
rare sur l’ensemble des PF, mais son incidence varie grandement en
fonction de l’endroit géographique : il existe un gradient
croissant ouest-est et décroissant nord-sud. La PF peut cependant
in- téresser jusqu'à 20 % des phases secondaires de la borréliose.
Peuvent s’y associer d’autres signes d’atteintes neurologiques
telles qu’une méningo-encéphalite ou radiculite.
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| Figure 2. Empreinte de forceps
lors d’une manoeuvre d’extraction compliquée d’une paralysie
faciale néonatale transitoire. |
La PF est le plus souvent d’évolution lente, mais de bon
pronostic une fois la maladie causale traitée. Le bilan peut alors
comporter une sérologie de borréliose. La nécessité d’une ponction
lombaire, qui peut mettre en évidence une réaction lymphocytaire,
une hyperprotéinorachie et des IgG spécifiques, reste discutée. Le
traitement doit alors comporter un traitement par amoxicilline à 50
mg/kg/j pendant 14-21 jours ou par doxycycline chez les enfants de
plus de 8 ans à 4 mg/kg/j, ou encore ceftriaxone 75-100 mg/kg/j
pendant 14-21 jours.
En cas de méningite associée, le traitement par ceftriaxone sera
maintenu 21-28 jours.
Cas particuliers des enfants
Chez le nouveau-né, on distingue deux tableaux cliniques : la PF
survenue à la suite d’un traumatisme obstétrical (0,2 à 6 % des PF)
et les PF congénitales. La première est souvent de bon pronostic,
elle serait due à la compression du nerf lors d’une manoeuvre
d’extraction in utero ou encore lors du passage de la filière
(figure 2) ; elle récupère en quelques semaines.
Si on ne note pas de récupération après 2 mois, un bilan
radiologique et une éventuelle décompression chirurgicale peuvent
être proposés. Elle est à différencier d’une paralysie congénitale
sans traumatisme dont on distingue deux types :
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Figure 3. Paralysie faciale congénitale touchant
préférentiellement a) le territoire inférieur ou b) le territoire
supérieur.
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• Les paralysies touchant principalement le territoire inférieur
(figure 3a), en particulier dans le cas du syndrome de Cayler
(hypoplasie du rameau mentonnier ou du muscle triangulaire,
associée à une cardiopathie).
Les aplasies majeures, et plus rarement les mineures, peuvent
s’accompagner d’une PF, en particulier dans le cas le syndrome
oto-mandibulaire par défaut de développement du premier ou deuxième
arc. Le syndrome de Goldenhar est plus rare et associe une aplasie
majeure, des anomalies cervicales et ophtalmologiques.
• Les paralysies intéressant principalement le territoire
supérieur (figure 3b), telle la PF faciale congénitale isolée, où
le scanner peut retrouver un canal facial étroit au niveau de la
troisième portion, mais qui peut aussi être strictement normal.
L’atteinte bilatérale nucléaire du syndrome de Moebius se
caractérise par une diplégie faciale parfois asymétrique et une
paralysie bilatérale du nerf abducens probablement secondaire à une
ischémie du tronc cérébral. La PF peut être un des signes d’un
syndrome de CHARGE associant un colobome, une cardiopathie, une
atrésie des choanes, un retard mental, des anomalies génitales et
cochléovestibulaires. Ces atteintes congénitales sont de pronostic
moins favorable.
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Figure 4. Paralysie faciale congénitale isolée
chez un enfant : la PF concerne les territoires supérieur et
inférieur. Le scanner retrouve à gauche une hypoplasie de la 1re
portion du nerf facial dans sa portion intra-pétreuse à droite,
alors qu’elle est préservée à gauche. L’IRM ne retrouve que 3 nerfs
sur les 4 dans le conduit auditif interne droit : le nerf facial
n’est pas retrouvé, mais les nerfs auditif, vestibulaires inférieur
et supérieur sont présents. Les quatre sont présents à
gauche.
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Chez l’enfant plus âgé, les mêmes étiologies que chez l’adulte
sont retrouvées, avec une incidence plus importante des causes
otitiques et virales, en particulier les virus Ebstein-Barr, les
parvovi rus, les adénovirus et les oreillons. Dans le contexte
traumatique, les PF sont de meilleur pronostic que chez l’adulte
car le plus souvent d’apparition secondaire.
Enfin, il faut se méfier des pathologies malignes telles que des
lymphomes malins non hodgkiniens, des leucémies, d’autres
hémopathies. Une acidose métabolique peut aussi se révéler par une
PF.
Autres étiologies de PF
D’autres pathologies peuvent présenter une PF dans leur tableau
clinique ; il faut alors chercher à identifier les autres signes
accompagnateurs pouvant orienter le diagnostic.
Une méningite peut associer confusion et des signes d’atteinte
neurologique. Une séroconversion HIV ou une syphilis tertiaire peut
se révéler par une paralysie faciale. La PF peut être révélatrice
d’une sarcoïdose par le biais d’un syndrome de Heerfordt associant
PF, fièvre, parotidite et uvéite (0,8 % des PF).
Les collagénoses et vascularites concernent 0,7 % des PF. Une PF
périphérique bilatérale peut compliquer un syndrome de
Guillain-Barré, une sarcoïdose, une maladie de Lyme, une myasthénie
grave ou encore un syndrome de Melkersson-Rosenthal.
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Figure 5. Réhabilitation d’une paralysie faciale
gauche post-opératoire pour rhabdomyosarcome, alliant une
transposition du muscle temporal et une réinnervation du territoire
supérieur par une greffe neurale. On note une bonne récupération de
la fermeture palpébrale et un tonus satisfaisant labial.
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Ce dernier tableau associe une PF à bascule ou récidivante, un
aspect fissuré de la langue et éventuellement des migraines.
Quel bilan entreprendre ?
Le bilan dépend grandement de l’existence de signes associés
retrouvés lors de l’examen clinique. En cas de PF a frigore, on
pourrait se contenter des constations cliniques, mais l’éventualité
d’une PF inaugurale d’une hémopathie chez l’enfant ou d’une autre
pathologie infectieuse peut justifier, pour certains, la
prescription d’une numération formule sanguine associée au dosage
de la CRP. La sérologie de Lyme ne sera demandée qu’en cas de
notion de balade en forêt ou d’érythème migrant. En l’absence de
récupération après 2 mois, dans un contexte évocateur d’une PF a
frigore, une IRM pourra être demandée afin d’éliminer une lésion
sur le trajet du nerf facial ; dans le cas de la PF a frigore, on
peut retrouver une prise de contraste du nerf. L’audiogramme, mais
surtout la recherche de reflexe stapédien peut être utile comme
critère pronostique ; la réapparition du réflexe stapédien
constitue un élément pronostic favorable. L’électromyogramme permet
de confirmer la nature périphérique de la PF, d’établir
l’importance de la dénervation et d’évaluer la persistance d’une
trophicité du muscle pour une éventuelle réhabilitation. Certains
proposent l’élec- troneurogramme pour évaluer de manière plus
précise la récupération neurale.
Quel traitement dans l’immédiat et à distance ?
Le traitement, dans un premier temps, comporte quatre axes :
– les soins oculaires associent des larmes artificielles
plusieurs fois par jour et une occlusion palpébrale nocturne après
mise en place de la vitamine A en pommade ;
– un traitement corticoïdes per os à 1 mg/kg/j pendant une semaine
;
– un traitement spécifique de l’étiologie causale, quand elle est
retrouvée. Dans le cas de la paralysie faciale a frigore, un
traitement antiviral par acyclovir peut être associé pendant une
semaine. Une maladie de Lyme sera traitée par antibiothérapie. La
prise en charge sera chirurgicale en cas de cholestéatome, de
tumeur sur le trajet du nerf facial, avec décompression en cas de
PF traumatique.
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Figure 6. Arbre décisionnel devant une
paralysie faciale de l’enfant. (Clicquez sur l'image pour
l'agrandir)
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– une rééducation précoce sans électrostimulation ni gomme à
mâcher, éventuellement basée sur le biofeedback, permettrait
d’éviter l’installation de syncinésies.
Si, malgré cela, des syncinésies apparaissent, certains
proposent des injections de toxines botuliques. Idéalement, le
patient sera revu initialement à 15 jours du début de la PF pour
apprécier la récupération précoce, puis régulièrement pour évaluer
les possibles séquelles et l’installation de complications telles
que des syncinésies.
En cas d’inquiétude sur l’état oculaire du patient, une
consultation ophtalmologique pourra être proposée. La
réhabilitation chirurgicale peut être proposée pour des paralysies
faciales totales ou subtotales de grade V ou VI. Cependant, la
chirurgie ne s’applique pas à des déficits moins importants, car
elle ne permet pas d’envisager une récupération fonctionnelle
meilleure qu’un grade III. Elle peut être effectuée, soit d’emblée,
lors d’un geste nécessaire de sacrifice du nerf facial, soit à
distance, devant la non-récupération d’une paralysie faciale
non-iatrogène.
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En cas de paralysie faciale ancienne associée à un muscle
hypotrophique, la transposition du muscle temporal sera plus
indiquée que l’anastomose nerveuse et permettra de réhabiliter le
secteur inférieur avec un transfert musculaire dynamique. Lors
d’une section iatrogène en cas de chirurgie parotidienne, une
anastomose utilisant une greffe de nerf sural peut être associée à
un déroutage du trajet du nerf facial en intrapétreux.
En cas d’absence de tronc proximal ou de prise en charge
tardive, on peut proposer une anastomose hypoglossofaciale, qui
correspond à la technique de référence pour les paralysies faciales
post-opératoires après chirurgie de l’angle pontocérébelleux. En
fonction de la gêne oculaire et des lésions ophtalmologiques malgré
un traitement local bien conduit, la lagophtalmie sera traitée par
une suspension canthale latérale, voire une blépharorraphie en cas
d’ulcération aiguë.
Pour en savoir plus
• Alvarez V, Dussoix P, Gaspoz JM. Paralysie faciale :
diagnostic et prise en charge par le médecin de premier recours.
Nouveautés en médecine interne générale. Rev Med Suisse. 2009 ; 5 :
258-62.
• Barr JS, Katz KA, Hazen A. Surgical management of facial nerve
paralysis in the pediatric population J Pediatr Surg. 2011 ; 46(11)
: 2168-76.
• Duval M, Daniel SJ. Facial nerve palsy in neonates secondary to
forceps use. Arch Otolaryngol Head Neck Surg. 2009 ; 135(7) :
634-6.
• Kitsko DJ, Dohar JE. Inner ear and facial nerve complications of
acute otitis media, including vertigo. Curr Allergy Asthma Rep 2007
; 7(6) : 444-50.
• Marianowski R, Manac’h Y, Diagnostic d’une paralysie faciale.
Médecine thérapeutique/ Pédiatrie. 2000 ; 3(1) : 46-50.
• Musumeci EA, Dulguerov P, Maire R. Paralysie faciale : diagnostic
et prise en charge. Revue Médicale Suisse 2006 ; n° 81.
• Shargorodsky J, Lin HW, Gopen Q. Facial nerve palsy in the
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411-7.
• Skogman BH et al. Lyme neuroborreliosis in children: a
prospective study of clinical features, prognosis, and outcome.
Pediatr Infect Dis J 2008 ; 27(12) : 1089-94.
Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, mars 2012
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