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MISES AU POINT

Maladie de Kaposi : à propos d'un cas

Publié le 23/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

F.Z. LAMCHAHAB, B. GUERROUJ, B. HASSAM, Y. AFIFI

Service de dermatologie-vénéréologie, CHU Ibn Sina, Rabat, Maroc

 

Illustration : Moritz Kaposi (1837-1902)

 

La maladie de Kaposi, anciennement appelée « sarcome de Kaposi » a été décrite à la fin du XIXe siècle par un dermatologue viennois, Mortiz Kaposi Kohn. Ayant été considérée comme rare à cette époque, elle est actuellement en nette augmentation depuis la pandémie du VIH(1). Il s’agit d’une affection virale dont l’agent incriminé est le HHV8 ou encore dénommé HVSK (herpes virus of Kaposi’s sarcoma)(2). La confirmation diagnostique repose sur l’aspect clinique et l’étude anatomopathologique. Nous rapportons ici un cas de localisation cutanée isolée au niveau de la plante du pied.

Observation

Mme L.M., âgée de 86 ans, hypertendue et traitée par bêtabloquants, a été admise dans notre formation pour une lésion nodulaire plantaire gauche évoluant depuis 5 mois. À l’examen clinique, on notait la présence d’une lésion nodulaire mesurant 2 cm, violacée, recouverte d’une croûte noirâtre et fixe par rapport aux deux plans (figure), indolore, sans notion de fistulisation ni d’écoulement. Les aires ganglionnaires étaient libres. Le reste de l’examen physique était sans anomalie.

Diagnostic

Devant la localisation unique et le siège de la lésion nodulaire, plusieurs diagnostics ont été évoqués, notamment un angiosarcome, une maladie de Kaposi (MK), un dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand, un carcinome épidermoïde, un mélanome achromique, ou encore une mycose profonde, notamment une histoplasmose. L’examen anatomopathologique de la lésion après exérèse chirurgicale était en faveur d’une MK avec une prolifération vasculaire faite de cellules fusiformes localisées.

Lésion nodulaire violacée plantaire gauche. 

Au niveau dermique, se trouvent des vaisseaux irréguliers de petite taille bordés d’un endothélium. Un infiltrat inflammatoire lymphoplasmocytaire périvasculaire avec un dépôt d’hémosidérine était associé. L’immunomarquage par le HHV8 était positif. La sérologie HHV8 au niveau du sang était positive à 180 UI/l. Le diagnostic retenu est celui de maladie de Kaposi. La radiographie standard n’avait pas objectivé d’atteinte osseuse. Aucun bilan d’extension n’a été réalisé devant le caractère unique de la lésion. Une surveillance clinique a été préconisée. La patiente n’a pas présenté de récidive, ce avec un recul de 3 ans.

Discussion

Chez notre patiente, la présence d’une sérologie HHV8 sérique et cutanée avait permis de confirmer l’implication de ce virus dans la genèse de la MK. L’oncogenèse virale induite par les cytokines et la survenue de MK dans des états d’immunodépression représentent des conditions importantes pour le développement de cette tumeur(3,4). Quatre formes cliniques ont été décrites : la forme classique méditerranéenne, la forme africaine, la forme associée au sida et la forme associée aux immunodépressions iatrogènes. Tous les organes et les ganglions lymphatiques peuvent être atteints. La MK touche de façon prédominante le sexe masculin. L’âge de survenue varie entre 49 et 81 ans avec une moyenne de 70 ans(5).

 Sur le plan clinique, l’atteinte cutanée domine le tableau. Une grande diversité clinique est décrite, allant d’une lésion unique peu évolutive à des lésions spécifiques innombrables. L’aspect le plus fréquent est la forme nodulaire. Il s’agit de nodules rouge violine, voire bleuté pourpre, entourés d’un halo jaune pâle et de taille variable de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Ils siègent principalement au niveau des membres inférieurs, notamment au niveau du dos du pied(6-8). Ces nodules kaposiens sont habituellement indolores et asymptomatiques, mais au cours de leur évolution, ils peuvent saigner, se surinfecter, s’ulcérer et devenir douloureux, empêchant le port de chaussures, voire la marche. Ces lésions cutanées se reconnaissent facilement, bien qu’au début elles puissent être prises à tort pour des ecchymoses, des morsures d’insecte ou encore des dermatofibromes(8). L’atteinte des muqueuses est fréquente, principalement au niveau de la muqueuse buccale, décrivant une nappe rougeâtre du palais souvent extensive(6,7). Notre patiente ne présentait pas d’atteinte muqueuse.

 L’aspect histologique associe une prolifération vasculaire tapissée de cellules endothéliales entourées de faisceaux enchevêtrés de cellules fusiformes. S’y associe souvent un infiltrat inflammatoire lymphoplasmocytaire, en proportions variables selon le stade de la maladie. Il peut également y avoir des érythrocytes extravasés et des macrophages remplis d’hémosidérine. Dans la forme nodulaire, cette composante mixte occupe tout le derme et parfois une partie du tissu hypodermique. Il existe une prolifération de cellules fusiformes, dispersées entre les amas de collagène et entourées par des fentes vasculaires. Ces cellules peuvent présenter des atypies nucléaires ainsi que des mitoses en nombre généralement peu important(9).

 Le traitement de la MK dans la forme monolésionnelle est généralement simple, reposant sur l’abstention thérapeutique ou l’extraction de la lésion unique, voire une cryothérapie. Si les lésions sont agressives et nombreuses, on peut avoir recours à une monochimiothérapie, l’électrocoagulation, la cryochirurgie au protoxyde d’azote ou au laser CO2. Quand la maladie est diffuse, le traitement systémique doit être envisagé, notamment chimiothérapie, électrochiomiothérapie ou radiothérapie(7,10). Des traitements intralésionnels utilisant de l’interféron alpha 2b ont été proposés comme une alternative à la radiothérapie et à la chimiothérapie avec des résultats assez satisfaisants(11). Pour les autres formes, le traitement peut être plus agressif avec une chimioradiothérapie associée à une diminution de l’immunodépression pour la MK iatrogène et aux antirétroviraux pour la MK épidémique(7,10). La découverte d’HHV8 avait permis d’envisager de nouvelles perspectives thérapeutiques. Cependant, la place des antiviraux reste à ce jour mal déterminée. Il semble que le foscarnet permette de diminuer l’apparition de nouvelles lésions, voire d’agir sur les lésions préexistantes. Inversement, le ganciclovir aurait un effet prophylactique sur la survenue de la MK(12,13).

Références

1. Sanders CJ et al. Lancet 2004 ; 364 : 1 549-52.
2. Hengge UR et al. Lancet Infect Dis 2002 ; 2 : 281- 92.
3. Rady PL et al. J Am Acad Dermatol 1998 ; 38 : 429- 37.
4. Hbid O et al. Pathology 2005 ; 37 : 288-95.
5. Cook-Mozaffari P et al. Br J Cancer 1998 ; 78 : 1 521-8.
6. Pantanowitz L, Dezube BJ. BMC Cancer 2008 ; 8 : 190.
7. Lebbé C. Ann Dermatol Venereol 2006 ; 133 : 936-9.
8. Pitche P et al. Med Trop (Mars) 1995 ; 55 : 246-8.
9. Bathelier E, Balme B. Ann Dermatol Venereol 2006 ; 133 : 728-30.
10. Von Roenn JH, Krown SE. Oncology 1998 ; 12 : 1- 24.
11. Hauschild A, Petres-Dunsche C. Hautarzt 1992 ; 43 : 789-91.
12. Glesby MJ et al. J Infect Dis 1996 ; 173 : 1 477-80.
13. Costagliola D, Mary-Krause M. Lancet 1995 ; 346 : 578.



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