H. BLAIN*, E. THOMAS**
*Pôle de Gériatrie, Centre Antonin Balmes, CHU de
Montpellier
**Département de Rhumatologie, Hôpital Lapeyronie, CHU de
Montpellier
Illustration : IRM évocatrice de SDRC.
Depuis 1995, on dénomme syndromes douloureux régionaux
complexes (SDRC) les tableaux cliniques dénommés auparavant
algodystrophie sympathique, algoneurodystrophie, syndrome
épaule-main, ou maladie, atrophie de Sudeck, médecin allemand qui
le premier a décrit ce syndrome(1).
Diagnostic et évolution clinique
Critères cliniques de diagnostic
Depuis 2010, le diagnostic du SDRC repose sur les critères de
Budapest (2) (tableau). Pour retenir le diagnostic, le patient doit
présenter :
• une douleur articulaire continue, disproportionnée par rapport
à l'événement incident, de type allodynie (stimulation
habituellement non douloureuse ressentie comme douloureuse) ou
hyperalgésie (stimulation douloureuse ressentie comme très
douloureuse).
Il s'agit d'une douleur mécanique (aggravée par le mouvement
articulaire) ou au toucher, aggravée le soir et par le froid
(parfois par la chaleur). Cette douleur est souvent décrite comme
une brûlure ;
• des troubles vaso-moteurs en phase initiale, la zone
douloureuse étant le plus souvent chaude et inflammatoire, plus
rarement froide. Le plus souvent, la couleur cutanée est anormale
tantôt rouge, témoin de l'inflammation ou prend un aspect marbré ou
pâle et cireux ;
• des troubles sudomoteurs ou oedèmes : le plus souvent, on note
un oedème diffus au niveau de l'extrémité atteinte et des
modifications de la sécrétion de la sueur en regard ;
• des troubles moteurs ou trophiques :
– la force musculaire active est diminuée en regard de
l'articulation atteinte rendant difficile la réalisation de
mouvements du quotidien, tels que fermer le point et les doigts
quand le SDRC touche le membre supérieur.
La faiblesse musculaire peut être accompagnée de tremblements,
myoclonies ou de dystonie ;
– un certain nombre de SDRC ont une évolution chronique avec
possibilité de troubles trophiques touchant les structures
sous-cutanées périarticulaires et osseuses, le plus souvent
distaux. Ainsi, les ongles peuvent pousser plus rapidement et
deviennent fragiles et cassants, une hyperpilosité puis souvent une
peau glabre.
Sur le plan cutané, on peut noter une hyperkératose, puis une
peau mince et luisante. Les coussinets adipeux des phalanges
distales peuvent disparaître.
On peut noter une fibrose palmaire ou plantaire. Sur le plan
osseux, on note une déminéralisation péri-articulaire.
• Outre la douleur, devant des troubles sensoriels, vasomoteurs,
sudomoteurs, moteurs ou trophiques, le SDRC sera évoqué en
l'absence d'autre diagnostic (absence d'arthrite septique ou
inflammatoire, de fracture de fatigue ou d'ostéonécrose).
Évolution clinique
Le plus souvent, la forme de début est aiguë ou hyperhémique,
chaude, inflammatoire durant quelques semaines jusqu’à 6 mois. Il
s'agit d'une « arthrite sans arthrite », sans fièvre, avec des
signes inflammatoires articulaires et périarticulaires, les
douleurs étant mécaniques.
À cette phase chaude peut succéder une phase dite froide,
dystrophique ou ischémique, inconstante jusqu'à la guérison,
habituellement après plusieurs mois. C'est dans cette phase que
sont observés, outre la douleur, un oedème froid induré, une peau
pâle lisse et atrophique, des ongles friables et une acrocyanose,
une ankylose articulaire, une fonte musculaire et une
déminéralisation osseuse sectorisée ou diffuse. La présentation
peut être trompeuse quand la phase initiale est froide.
Plus rarement encore, le SDRC peut évoluer dans une forme
douloureuse chronique ou atrophique, la douleur et les signes
sensitifs (hyperpathie, hypoesthésie, hypoalgésie,
hypothermoesthésie) peuvent irradier en proximal et gagner tout le
membre, l'acrocyanose est alors sévère et peuvent apparaître des
troubles trophiques, voire des rétractions capsuloligamentaires
avec enraidissement articulaire progressif.
Circonstances d'apparition et étiologies
On retrouve un facteur étiologique dans près de 60 % des cas de
SDRC.
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Figure 1. Arthrite sans
arthrite
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Causes traumatiques
Ce syndrome apparaît le plus souvent après un traumatisme (50 à
60 % des cas). Il n'y a pas de relation entre la sévérité du
traumatisme qui a pu passer inaperçu et l'apparition du SDRC
quelques jours à quelques semaines après le traumatisme. Ce
traumatisme peut être une fracture (45 % des cas), une entorse ou
une luxation au niveau d'un membre (18 % des cas), une chirurgie
(12 % des cas) ou faire suite à une rééducation active
douloureuse.
Causes non traumatiques
• neurologiques : un SDRC peut apparaître secondairement à une
hémiplégie, une hémorragie méningée, un traumatisme crânien, une
tumeur cérébrale et, plus rarement, en cas d'atteinte du système
nerveux périphérique (sciatique, névralgie, zona) ;
• viscérales : un SDRC peut apparaître au décours d'un infarctus
du myocarde (syndrome épaule-main) (10 à 20 %), après une chirurgie
thoracique pour une tumeur intrathoracique, dans un contexte de
phlébite, d'arthrite aiguë ou de tumeur (mammaire en particulier)
;
• médicamenteuses : il s'agit principalement du rhumatisme
gardénalique, d'un syndrome épaule-main bilatéral. Plus rarement,
ce rhumatisme touche le membre inférieur et son évolution est
favorable avec ou sans arrêt des barbituriques. L'isoniazide, les
antirétroviraux, la ciclosporine et l'iode radioactif peuvent être
à l'origine d'un SDRC. Dans ce cas, l'atteinte peut être
plurifocale, ces formes étant très évocatrices d'une cause
médicamenteuse ou générale ;
• métaboliques : le diabète, l'hypertriglycéridémie,
l'hypothyroïdie peuvent favoriser l'apparition d'un SDRC, en
particulier sous la forme d'une capsulite de l'épaule ;
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Figure 2 . Déminéralisation
distale
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• autres facteurs de risque : la prise d'un inhibiteur de
l'enzyme de conversion au moment du traumatisme (de par son effet
sur la substance P et la bradykinine) et un niveau important de
douleurs (après la fracture du poignet non chirurgicale en
particulier) sont des facteurs de risque de SDRC, de même que
l'immobilisation totale qui doit être proscrite.
Diagnostic paraclinique
• Signes biologiques : le bilan inflammatoire et phosphocalcique
est strictement normal, sinon il faut évoquer un autre diagnostic
(figure 1).
• La radiographie standard : les premiers signes sont décalés
dans le temps, l'interligne articulaire est toujours respecté.
Après plusieurs semaines apparaît une déminéralisation avec
amincissement des lames souschondrales, la déminéralisation pouvant
apparaître mouchetée, avec parfois disparition complète de la trame
et des corticales, cette déminéralisation étant toujours régionale
et prédominant à l'extrémité distale du membre (figure 2).
• La scintigraphie osseuse montre une hyperfixation précoce
(avant les signes radiographiques), locorégionale au temps précoce
(vasculaire) et tardif (osseux) avec extension aux articulations de
voisinage. L'hyperfixation peut être absente pour certaines
localisations comme l'épaule et le pied (figure 3).
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Figure 3. Hyperfixation précoce en scintigraphie
osseuse.
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• L'IRM montre la présence précocement d'un oedème médullaire
sur plusieurs pièces osseuses (hyposignal en T1 et hypersignal en
séquence T2). Comme pour la scintigraphie, elle peut être normale
en cas de SDRC de l'épaule.
Pronostic
Si l'évolution est favorable après un an dans plus de 75 % des
cas, l'évolution peut plus rarement se faire sous la forme de
douleurs persistantes et de séquelles modérées (troubles trophiques
et enraidissement articulaire, notamment dans les syndromes
épaule-main) et, plus rarement, entraîner des troubles trophiques
sévères, des rétractions aponévrotiques et tendineuses,
douloureuses et handicapantes. La réversibilité du SDRC est
habituelle dans le stade hyperémique, la guérison est improbable au
stade atrophique. Outre les formes froides qui sont de mauvais
pronostic, les femmes ont un moins bon pronostic que les hommes,
alors que le pronostic est amélioré en cas de SDRC
post-fracturaire.
Prise en charge
La prise en charge en est incertaine.
Le repos
Il est indique en phase initiale. Pour le membre inferieur, on
recommande la suppression de l'appui tant que persistent les
douleurs, mais l'immobilisation stricte doit etre proscrite.
Les traitements médicamenteux (4)
Les bisphosphonates
Les dernieres recommandations pour le traitement du SDRC datent
de 1998 et ne preconisent pas leur utilisation dans la prise en
charge des SDRC (5). Quatre etudes controlees randomisees contre
placebo ont cependant montre l'efficacite d'un traitement par
bisphosphonates sur la douleur, l'oedeme et la mobilite articulaire
a court et moyen termes en cas de SDRC, qu'il s'agisse de
l'alendronate, du clodronate ou du pamidronate (6).
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| Figure 4. Une prise en charge
douce et indolore. |
La calcitonine, prescrite larga manu il y a quelques annees, n'a
pas montre d'efficacite dans des etudes randomisees controlees
contre placebo en cas de SDRC ; elle n’est donc plus recommandee
dans cette indication.
Les piégeurs de radicaux libres (5)
L'application pendant plusieurs mois d'une creme contenant 50 %
de DMSO (dimethyl sulfoxide) a raison de 5 applications par jour
associee a de la physiotherapie a montre une legere amelioration
sur la mobilite et l'instabilite vasomotrice en phase chaude de
SDRC. Ce traitement peut etre considere comme un traitement
adjuvant en cas de SDRC.
La N-acetylcysteine (Fluimucyl R) a raison de 600 mg 3 fois par
jour a montre un effet modeste sur les SDRC en phase froide. Le
mannitol n'a pas montre d'efficacite et ne doit pas etre utilise
dans cette indication. Les corticoides oraux, utilises en cure
courte et en absence de contre-indication, ou en infiltration
intra-articulaire, ont un effet sur l'oedeme, la douleur et la
mobilite en cas de SDRC a la phase chaude.
Les traitements adjuvants
La kinésithérapie et l'ergothérapie
Elles ont montre des resultats controverses dans la litterature
; le type et la frequence des seances sont mal precises. En tout
cas, la prise en charge devra etre douce, non douloureuse, adaptee
a la douleur et a la raideur. En phase chaude, on recommandera
plutot une physiotherapie et plutot une balneotherapie en phase
froide ou des bains alternes chaud et froid (bains ecossais)
(figure 4).
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| Figure 5. Prévenir
l’enraidissement articulaire. |
La kinesitherapie est utile pour prevenir l'enraidissement
articulaire dans les SDRC d'evolution non rapidement favorable
(figure 5).
Les programmes d'imagerie motrice
Ces programmes ont pour objectif d'ameliorer la plasticite
cerebrale : il s'agit pour le sujet d'imaginer des mouvements de
l'articulation malade pour atteindre des positions montrees sur des
images, de renforcer la notion de lateralite des membres
droit/gauche et d'effectuer des mouvements en miroir. Ces
techniques prometteuses doivent faire l'objet d'etudes controlees
avant de pouvoir les recommander en pratique quotidienne.
Prise en charge des formes chroniques et sévères de SDRC
Formes sévères avec douleurs, signes vasomoteurs et sudomoteurs
majeurs
On peut proposer :
• des blocs nerveux (ganglions stellaires pour le membre
superieur et bloc sympathique lombaire pour le membre inferieur).
Il s'agit d'injecter des anesthésiques (lidocaine, bupivacaine) ou
d'effectuer une neurolyse chimique (phenolysation) qui aura un
effet plus durable que la neurotomie par radiofrequence ;
• une injection de toxine botulique de type A, qui augmente la
duree d'action des anesthesiques. Ces traitements sont a reserver
aux formes douloureuses refractaires aux autres traitements. Les
blocs regionaux et nerveux n'ont pas d'effet propre tres important
mais peuvent prolonger l'effet du bloc du ganglion stellaire ou du
bloc sympathique lombaire.
En cas de troubles vasomoteurs majeurs
Il peut etre utile d'injecter de la clonidine en epidural (300
μg) quand les blocs sont inefficaces.
En cas de dystonie sévère
Il est possible d'injecter du baclofene intrathecal (50- 75 μg).
La stimulation medullaire n'a que peu d'interet dans le SDRC.
Références
1. Stanton-Hicks M et al. Pain 1995 ; 63(1) : 127-33.
2. Harden RN et al. Pain 2010 ; 150 : 268-74.
3. Marinus J et al. Lancet Neurol 2011 ; 10(7) : 637-48.
4. Tran de QH, Duong S, Finlayson RJ. Lumbar spinal stenosis: a
brief review of the nonsurgical management. Can J Anaesth 2010 ; 57
: 694-703.
5. Stanton-Hicks M et al. Complex Regional Pain Syndromes:
guidelines for therapy. Clin J Pain 1998 ; 14 : 155-66.
6. Brunner F et al. Biphosphonates for the therapy of complex
regional pain syndrome I--systematic review. Eur J Pain 2009 ; 13 :
17-21.
Copyright © Len medical, Gerontologie pratique, mai 2012
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Vos réactions |
De l'intérêt des médecines alternatives complémentaires
Le 16 août 2012
Evidemment, avant d'utiliser des moyens allopathiques quelquefois démesurés, on oublie les résultats spectaculaires des médecines alternatives complémentaires, en particulier l'acupuncture traditionnelle.
PH. Nevado
Et la mésothérapie ?
Le 16 août 2012
Il est intéressant de proposer la mésothérapie qui peut permettre de soulager et de redonner le moral à ces patients qui sont souvent désemparés face à cette pathologie. De plus, cette technique est tout de même moins lourde que les infiltrations et blocs neuro et est moins sujette à complications, sous réserves que le mésothérapeute soit diplômé et bien formé.
P. Soret
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