> Accueil JIM > Mise au point > Glioblastome en pédiatrie : à propos d'un cas

Partenaires Partenaire





MISES AU POINT

Glioblastome en pédiatrie : à propos d'un cas

Publié le 31/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

M. SZNAJDER,

Hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt

 

Illustration/figure 1. TDM cérébrale : tumeur fronto-polaire droite ; important oedème périlésionnel.

M. est une jeune fille âgée de 15 ans au moment de la consultation, aînée d’une fratrie de trois, sans antécédents particuliers. Ses vaccinations sont à jour, et elle a déjà reçu deux injections de Gardasil®. Mi-janvier 2009, elle présente assez brutalement des céphalées, des vomissements, ainsi qu’un certain degré de somnolence, dans un climat subfébrile. L’examen clinique initial en ville est peu parlant, avec cependant un doute sur l’existence d’un discret syndrome méningé, pour lequel, en dépit d’un contexte familial « viral » banalisant (gastroentérite), elle est conduite aux urgences d’un hôpital pédiatrique parisien. Le médecin senior des urgences retrouve ce possible syndrome méningé, sans autre anomalie, notamment neurologique. Il évoque une cause virale, rassure la famille et la renvoie chez elle. Les jours suivants, les signes persistent, et ils vont bientôt se compléter d’une diplopie intermittente, justifiant, sur les conseils du médecin traitant, le retour aux urgences, avec cette fois un examen ophtalmologique, qui ne trouve aucun oedème papillaire, et surtout, devant l’insistance des parents, la réalisation d’une TDM cérébrale. Celle-ci montre une volumineuse tumeur fronto-polaire droite, avec un important oedème périlésionnel (figure 1).

La suite de la prise en charge est alors réalisée en neurochirurgie (fondation Rothschild, Paris). L’IRM cérébrale montre en frontal droit une zone nécrotique vascularisée avec prise de contraste en périphérie, ainsi qu’un volumineux oedème péritumoral avec engagement sous-falcoriel (faux du cerveau) (figure 2).

Figure 2. IRM cérébrale. Zone nécrotique vascularisée frontale droite, avec prise de contraste en périphérie ; volumineux oedème péritumoral et engagement sous-falcoriel. 

L’intervention chirurgicale est décidée ; elle permet une exérèse macroscopiquement complète de la tumeur, notant l’absence d’envahissement de la duremère. L’examen anatomo-pathologique révèle un glioblastome de haut grade de type gliome à cellules géantes (figure 3). C’est une mauvaise nouvelle, car ce type de tumeur a un pronostic de survie de 20 % à deux ans.

Évolution

Les symptômes présentés, correspondant rétrospectivement à une hypertension intracrânienne, vont régresser quelques jours après l’intervention. La prise en charge est poursuivie à l’institut Curie (Paris), avec initialement un traitement d’attaque sur 6 semaines associant radiothérapie et chimiothérapie, suivi de cures d’entretien par le Témodal®, et une surveillance régulière par IRM. L’évolution est dans un premier temps favorable. Au contrôle à 30 mois après l’intervention, M. est en bonne forme, avec une qualité de vie normale, malgré quelques difficultés scolaires (redoublement) et l’imagerie cérébrale est normale sans récidive. Malheureusement, par la suite, l'évolution a été péjorative ; après 3 ans de rémission, la tumeur a récidivé massivement et la jeune fille vient de décéder à l'âge de 18 ans.

Commentaire

Il est frappant de constater que, selon l’anamnèse familiale, les seuls symptômes d’alerte dans les 6 mois précédents était une baisse du rendement scolaire, chez une très bonne élève jusque-là, ce qui est évidemment peu spécifique chez cette adolescente. D’autre part, quelques jours après l’intervention, M. constatait, après coup, qu’un certain désordre régnait dans ses affaires, alors qu’elle était auparavant très organisée, et qu’elle ne s’en était pas rendu compte, ce qui pourrait témoigner là encore de troubles psychologiques liés au processus tumoral, et rapidement levés avec l’intervention.

Généralités sur les tumeurs du SNC chez l’enfant

Les tumeurs du SNC sont les tumeurs solides les plus fréquentes de l’enfant (2e cause de cancer après les leucémies aiguës lymphoblastiques). Il existe deux pics de fréquence selon l’âge : entre 3 et 5 ans, et à l’adolescence. Les localisations se répartissent pour moitié entre étage sous- et sus-tentoriel (50-50 %).

Figure 3. Image histologique de glioblastome cérébral (coloration hématoxyline et éosine). Outre l’hypercellularité et la fibrose centrale, on note une disposition particulière des noyaux en palissade.

Les aspects histologiques sont dominés par les astrocytomes, les médulloblastomes et les épendymomes dans 75 % des cas. Sur le plan clinique, le tableau classique d’hypertension intracrânienne (HTIC), incluant céphalées, vomissements, troubles de la vigilance et troubles visuels (paralysie du VI), est souvent tardif et inconstant, de même que l’oedème papillaire au fond d’oeil. Chez le jeune enfant, l’augmentation du périmètre crânien garde toute sa valeur. On sera également alerté par des signes de localisation et/ou des convulsions. Le risque d’engagement secondaire, notamment des amygdales cérébelleuses, constitue une menace immédiatement vitale. En fait, il existe une grande variabilité des modes de révélation de ces tumeurs selon l’âge (plasticité cérébrale, sutures, fontanelle chez le jeune enfant), la localisation (signes focaux en cas d’atteinte corticale), l’ancienneté des troubles et l’aspect histologique. L’imagerie cérébrale, par TDM et surtout IRM, a bien entendu révolutionné l’approche diagnostique et pronostique de ces tumeurs. Parmi les facteurs de risque, la question de l’implication des téléphones cellulaires dans leur pathogénie reste débattue. Après plusieurs études inquiétantes justifiant des recommandations de l’OMS, une métaanalyse récente semble les innocenter pour l’instant(1).

Modes de révélation

Une métaanalyse récente, conduite par une équipe de neuropédiatrie de Nottingham (Grande- Bretagne) a passé en revue de manière quantitative les différents modes de révélation des tumeurs cérébrales chez l’enfant (2). Elle a porté sur 74 articles parus entre 1991 et 2005, incluant 4 171 sujets ; 56 symptômes et signes étaient présents au moment du diagnostic chez au moins 5 % des enfants, avec une ancienneté des signes entre 1 et 27 mois. La métaanalyse a été répartie en trois groupes : ensemble des tumeurs, enfants de moins de 4 ans et présence d’une neurofibromatose (figure 4).



Figure 4. Symptômes présents au moment du diagnostic. Métaanalyse de S. Wilne et coll.(2).  Pour agrandir cliquez ici ou sur la figure

Sur l’ensemble des tumeurs, on constate que les signes les plus fréquents – céphalées, nausées et vomissements, ainsi que les troubles de la marche et de la coordination – n’atteignent pas 40 % de prévalence ; l’oedème papillaire et les convulsions sont présents dans moins de 20 % des cas, et tous les autres signes dans moins de 10 % des cas, avec 7 % pour les troubles du comportement et les perturbations scolaires.

Chez le jeune enfant, les troubles du comportement sont plus fréquents, associés à une macrocéphalie dans 40 % des cas. En cas de neurofibromatose (NRF), les signes visuels sont au premier plan : baisse de l’acuité visuelle (40 %), réduction du champ visuel, strabisme, exophtalmie, atrophie optique.

Le risque de survenue d’une tumeur des voies optiques est estimé à 20 % dans ce contexte de NRF. L’analyse par localisation tumorale montre une grande diversité des modes de révélation (figure 5).

• Les tumeurs supratentorielles se manifestent fréquemment par des signes non spécifiques, et peuvent atteindre une taille volumineuse avant d’entraîner un tableau d’HTIC. Les convulsions, retrouvées dans 38 % des cas, sont plus spécifiques à cette localisation.

Figure 5. Présentation des tumeurs du SNC en fonction de la localisation. Symptômes ou signes causés par l’élévation de la pression intracrânienne(2). Pour agrandir cliquez ici ou sur la figure

• Les tumeurs centrales sont responsables de céphalées dans près de la moitié des cas (49 %), de mouvements oculaires anormaux et de strabisme dans 21 % des cas (nystagmus, syndrome de Parinaud) ; des troubles endocriniens sont possibles (diabète insipide dans 12 % des cas, retard de croissance, puberté précoce).

• Les tumeurs du tronc cérébral, entre l’aqueduc de Sylvius et le quatrième ventricule, occasionnent fréquemment des troubles de la marche et de la coordination (78 %), des paralysies des nerfs crâniens (52 %), des signes pyramidaux (33 %).

• Les tumeurs de la fosse postérieure, du fait de la vulnérabilité de l’aqueduc de Sylvius à la compression tumorale, vont entraîner précocement un tableau d’HTIC.

• Enfin, les tumeurs spinales sont fréquemment responsables de douleurs dorsales (67 %), de troubles de la marche et de la coordination (42 %), de déformations spinales (39 %), de déficit focalisé (21 %) et de troubles sphinctériens (20 %).

Conclusion

Cette revue de la littérature vient rappeler opportunément que les signes classiques d’HTIC sont inconstants et tardifs, et très dépendants de la localisation tumorale. Les troubles du comportement et les difficultés scolaires, bien que peu spécifiques à l’adolescence, restent un point d’appel à ne pas négliger ; ils sont retrouvés dans 7 % des cas dans cette métaanalyse, mais jusqu’à 72 % dans certaines séries.

L’imagerie cérébrale doit être pratiquée devant la persistance de ces symptômes. Et l’usage du téléphone portable, bien que ses risques soient encore largement débattus, doit sans doute être encadré (autant que possible !) auprès des plus jeunes.

Références

1. Ahlbom A, Feychting M. Mobile telephones and brain tumours. BMJ 2011 ; 343 : d6605 doi: 10.1136/bmj.d6605.
2. Wilne S et al. Presentation of childhood CNS tumours: a systematic review and meta-analysis. Lancet Oncol 2007 ; 8 : 685-95.



IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions