S. MAC-MARY*, C. VIENNET**
*Société SKINEXIGENCE, Besançon
**Laboratoire d’ingénierie et de biologie cutanées, Inserm
UMR1098,
Faculté de Médecine, Besançon
Illustration/figure 1 : En vieillissant, la peau s’assombrit
et la couleur devient plus hétérogène…
« Il y a moins de choses visibles que d’invisibles.
»
Proverbe turc
Notre peau subit l’influence du temps de façon multiple :
elle se modifie avec l’âge et plus particulièrement à partir de la
ménopause (vieillissement hormonal), avec les expositions solaires
répétées et sous l’influence de facteurs environnementaux et
cataboliques. Autant de phénomènes qui vont avoir des
retentissements cliniques, qui ne sont la plupart du temps que le
reflet de modifications histologiques et
fonctionnelles.
Nous ne sommes pas tous égaux face au vieillissement, aux
vieillissements devraiton dire. Le vieillissement chronologique
serait génétiquement programmé : chacun aurait une constitution
spécifique en ADN et un niveau de réplication cellulaire permettant
de déterminer son espérance de vie. Les travaux réalisés en culture
cellulaire ont montré que l’âge serait inversement corrélé à la
capacité prolifératrice des cellules. Mais il s’y ajoute des
mutations, des erreurs répétitives lors de la réparation de l’ADN,
une perte de bases télomériques, des anomalies de transcription qui
vont engendrer des déviations dans ce programme biologique. De
plus, notre mode de vie et notre environnement ont une influence
considérable : le photovieillissement à lui seul expliquerait
environ 80 % du vieillissement observé au niveau du visage.
Modifications de la couleur et du teint
Le photovieillissement engendre une diminution progressive du
nombre de mélanocytes (8 à 10 % par décennie) associée à une
diversité de taille des cellules et de distribution du pigment
mélanique. La couleur de la peau est particulièrement sujette aux
variations (conditions climatiques, mode de vie, statut hormonal,
état de santé, etc.). Un des principaux symptômes visibles du
vieillissement se traduit par une hétérogénéité du teint et ce
phénomène semble universel. La ménopause joue également un rôle sur
l’hétérogénéité de la couleur de la peau dans la mesure où les
mélanocytes ont des récepteurs aux androgènes et que la
testostérone et la dihydrotestostérone pourraient être impliquées
dans la régulation de la mélanogenèse.
Modifications du stratum corneum
Avec l’âge, le stratum corneum devient moins fonctionnel, le
taux de lipides diminue, ce qui aboutit au niveau clinique à une
perturbation de la fonction barrière, engendrant une xérose et de
fines ridules. En effet, la composition du stratum corneum se
modifie : les céramides, qui jouent un rôle important dans
l’hydratation cutanée diminuent, de même que le débit d’excré tion
sébacée et le nombre de glandes sébacées fonctionnelles. Il y a
également une réduction de la quantité d’acide hyaluronique (AH) au
niveau de zones photoprotégées.
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| Figure 2. En vieillissant, la peau
devient plus transparente, plus sèche, cicatrise moins
rapidement… |
Ce phénomène, vraisemblablement arbitré par les récepteurs CD44
de l’AH, peut expliquer en partie le vieillissement chronologique
observé au niveau de l’épiderme qui se caractérise par une
diminution de la prolifération des kératinocytes et un
amincissement de l’épiderme (6 à 7 % par décennie). Une réduction
de 50 % du turn-over des cellules épithéliales est observée entre
20 et 70 ans (induisant une cicatrisation moins rapide). Le nombre
de cellules de Langerhans diminue également et par voie de fait, la
réponse immune est réduite. Le photovieillissement se traduit quant
à lui par un épaississement de l’épiderme en raison d’une
différenciation kératinocytaire perturbée.
Couplé à un stratum corneum déshydraté par un déficit en AH, il
atténue la desquamation et génère un épiderme épais, rigide et
fragile. Au niveau de la jonction dermoépidermique (JDE), les
fibres de collagène de type VII et les fibres élastiques
d’oxytalane se raréfient et se raccourcissent progressivement, ce
qui provoque l’aplatissement de la JDE et la disparition des
papilles dermiques (figure 3). Ce phénomène entraîne une diminution
de la surface de contact et d’échange de nutriments entre le derme
et l’épiderme.
Modifications structurelles du derme
Le vieillissement implique une modification du précieux
équilibre entre les macromolécules de la matrice extracellulaire,
les protéinases susceptibles de dégrader ces composés matriciels et
les inhibiteurs spécifiques de ces enzymes.
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Figure 3. Images prises en microscopie
confocale. Le nombre, la taille, la forme et la profondeur des
papilles dermiques varient au cours du vieillissement (à gauche,
homme de 42 ans ; à droite, homme de 82 ans).
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Les volumes et la structure du visage se modifient : les rides
apparaissent et les contours se font moins nets (cou, zone
sous-mentonnière et plis nasogéniens étant plus particulièrement
touchés). Les principales caractéristiques histologiques qui
accompagnent le vieillissement de la peau sont observées dans le
derme (figure 5). Le nombre, la taille et l’activité biologique des
fibroblastes diminuent. Les interactions existant entre les fibres
protéiques et les fibroblastes sont réduites, désorganisant et
relâchant le réseau dermique. Le cytosquelette des cellules
s’endommage et les fibres de stress, l’actine α de muscle lisse,
qui caractérisent l’activité contractile du fibroblaste et sa
capacité à se différencier en myofibroblaste, se raréfient (figure
6). La synthèse de collagène et la qualité des fibres élastiques et
collagéniques se détériorent. Les glycoaminoglycanes (GAG), qui
agissent comme des microéponges capables de retenir jusqu’à 1 000
fois leur volume en eau, sont moins nombreux. De plus, le
vieillissement suscite une augmentation de l’expression de
certaines enzymes (métalloprotéinases matricielles [MMP])
responsables de la dégradation des faisceaux de collagène et des
fibres élastiques, alors que les inhibiteurs de ces molécules
(TIMP) évoluent en sens inverse.
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| Figure 4. En vieillissant, les
rides se marquent, les tissus s’affaissent, les contours du visage
deviennent moins bien dessinés… |
Les fibres de collagène de type I et III, disposées au niveau du
derme profond où elles s’entrecroisent parallèlement à la surface
de la peau et permettent de lui donner sa consistance,
s’effilochent et se dissocient, ce qui provoque l’affaissement des
tissus et la perte de volume cutané. Le photovieillissement joue un
rôle encore plus délétère sur les fibres élastiques car il génère
leur fragmentation et leur épaississement. Les radiations UV
initient un processus inflammatoire qui stimule la synthèse
d’élastase par les fibroblastes et les neutrophiles. Sous l’action
de cette enzyme, les fibres d’élastine perdent leur orientation et
se fragmentent. C’est un phénomène qui s’auto-entretient car les
peptides générés par l’élastase attirent par chimiotactisme les
cellules inflammatoires, qui à leur tour produisent de l’élastase.
Une accumulation de matière élastotique est alors observée au
niveau du derme réticulaire (l’expression de l’élastine serait 5
fois plus importante dans une peau photoexposée que dans une peau
photoprotégée). Les radicaux libres, hautement instables, peuvent
déclencher des réactions radicalaires en chaîne, les molécules
environnantes devenant, à leur tour, des radicaux (par
lipidoperoxydation) ou arrêtant la propagation par leur propre
destruction (cas par exemple de la vitamine C).
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Figure 5. Coupes histologiques de biopsies de
peau : âge moyen à gauche ; senior à droite (coloration
hématoxyline
éosine).
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Les radicaux libres oxygénés sont générés en faible quantité
mais de manière continue au cours du métabolisme oxydatif normal.
Leur production augmente avec l’âge car les défenses enzymatiques
(inhibition de l’activité de la superoxyde dismutase, de la
catalase et de la glutathion peroxydase) sont altérées. Les
radicaux libres induisent la formation d’agrégats protéiques,
dégradent les lipides des membranes cellulaires (conduisant à la
perte d’intégralité et à la fonctionnalité des membranes
cellulaires) et endommagent l’ADN des cellules. Par ailleurs, un
processus chimique de glycation qui atteint à la fois les
protéoglycanes, l’élastine, les glycoprotéines mais surtout le
collagène, se produit. La glycation correspond à une réaction de
fixation des sucres en excès dans l’organisme sur des groupements
aminés, générant un pontage et une rigidification des fibres et par
conséquent une perte de souplesse de la peau. Enfin, en
vieillissant, la gravité attire les tissus vers le bas, et ce
phénomène est accentué avec le relâchement tissulaire suite à des
modifications qualitatives et structurelles du derme. Comme l’a dit
Marilyn Monroe lors de l’apparition de ses premières rides : «
Gravity catches up with all of us » (personne n’échappe à la
gravité).
Les cheveux blanchissent et tombent ; à l’inverse, des poils
disgracieux apparaissent…
Le nombre, la vitesse de croissance et l’épaisseur des cheveux
diminuent avec l’âge. La réduction de la sécrétion de sébum peut
rendre le cheveu plus sec et plus cassant, celle de la synthèse de
mélanine engendre un blanchiment et celle de la vascularisation de
la peau induit une diminution de la densité capillaire. La perte
d’élasticité des tissus sous-cutanés provoque un durcissement des
tissus environnants qui brident les follicules et les racines.
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Figure 6. Immunomarquage des fibres d’actine α
de muscle lisse des fibroblastes.
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À l’opposé, à d’autres endroits du corps, le nombre de poils
terminaux augmente (menton, lèvre supérieure).
Conclusion
Avec l’âge, la peau subit une diminution de ses fonctions de
défense, de cicatrisation, de perception et de thermorégulation.
Les cellules qui soutiennent le tissu cutané ont une activité
réduite et de nombreux mécanismes sont perturbés : la prolifération
et le fonctionnement cellulaire sont ralentis, la communication
intercellulaire est altérée, des modifications
post-traductionnelles apparaissent et des radicaux libres sont
produits. Ces phénomènes se traduisent cliniquement par une peau
plus lâche dont le relief et la couleur sont beaucoup plus
hétérogènes. Prévenir ou limiter les effets délétères des facteurs
de vieillissement extrinsèque semble un des moyens les plus
efficaces pour retarder le vieillissement cutané, et il existe
aujourd’hui un large éventail de moyens thérapeutiques plus ou
moins invasifs pour lutter contre ce vieillissement.
Pour en savoir plus
• Hayflick L. The cell biology of aging. J Invest Dermatol 1979
; 73 : 8-14.
• Vaillant L et al. Vieillissement cutané ménopausique. EMC
(Elsevier SAS, Paris), Cosmétologie et Dermatologie esthétique 2000
; 50-050-C-10.
• Boisnic S, Branchet MC. Vieillissement cutané chronologique. EMC
(Elsevier SAS, Paris), Cosmétologie et Dermatologie esthétique 2005
; 50-050-A-10.
• Boisnic S, Branchet MC. Vieillissement cutané environnemental.
EMC (Elsevier SAS, Paris), Cosmétologie et Dermatologie esthétique,
50-050-D-10, 2005.
• Leccia MT. Vieillissement cutané photoinduit. EMC (Elsevier SAS,
Paris), Cosmétologie et Dermatologie esthétique, 50-050-B-10,
2006.
• Nkengne A et al. Influence of facial skin attributes on the
perceived age of Caucasian women. JEADV 200 ; 22 : 982-91.
• De Rigal J et al. The effect of age on skin color and color
heterogeneity in four ethnic groups. Skin Res Technol 2010 ; 16 :
168-78.
• Oh JH et al. Intrinsic aging- and photoaging- dependent level
changes of glycosaminoglycans and their correlation with water
content in human skin. J Dermatol Sci 2011 ; 62 : 192-201.
• Humbert P et al. In the shadow of the wrinkles: theories. J
Cosmet Dermatol 2012 ; 11 : 72-8.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, juin 2012
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Vos réactions |
Sans oublier les mesures préventives...
Le 16 août 2012
" Il existe aujourd’hui un large éventail de moyens thérapeutiques plus ou moins invasifs pour lutter contre ce vieillissement. "
Telle est la conclusion de cet article, conclusion qui aurait pu être précédée des moyens de prévention.
D. Lefebvre Kuntz
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