L. BERTELOOTt,
Service de radiologie pédiatrique, Hôpital Necker-Enfants
Malades, Paris
Trois types de procédures diagnostiques (radiographie
standard, scanner, IRM) peuvent être utilisés en imagerie
thoracique. En pratique courante, dans le cadre d’un bilan d’asthme
chez l’enfant, seuls la radiographie standard et le scanner sont
utilisés.
Outils et indications
Quel que soit le type de pathologie, mais a fortiori chez
l’enfant atteint d’une pathologie chronique, le choix des examens
d’imagerie doit toujours être sous-tendu par un souci de
radioprotection.
La radioprotection, régie par le code de santé publique repose
sur trois principes fondamentaux :
– la justification de l’acte, garantie, notamment par le Guide
du bon usage des examens d’imagerie médicale(1) et un échange
préalable entre le demandeur et le réalisateur de l’acte ;
– l’optimisation de la dose irradiante reçue grâce, d’une part, à
une préparation et un encadrement optimaux du patient et de ses
parents et, d’autre part, à l’utilisation de protocoles d’examens
optimisés afin d’obtenir un niveau de dose le plus faible
possible(2), basés sur les recommandations de la Société française
d’imagerie pédiatrique et prénatale (SFIPP) et les Guides de
procédures radiologiques (Société française de radiologie) ;
– la substitution d’une technique irradiante par une technique non
irradiante (échographie, imagerie par résonance magnétique), ce
qui, en imagerie du parenchyme pulmonaire n’est pas encore possible
en pratique courante.
La radiographie standard
Elle est indiquée lors d’un premier épisode et en cas de signes
de gravité tels que l’apparition d’une dyspnée brutale.
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Figure 1. Cliché standard de face, détail centré
sur le hile pulmonaire
droit, visualisation d’images en rail et en anneau, péri-hilaires
correspondant aux parois bronchiques épaissies chez un enfant suivi
pour asthme.
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Si la radiographie initiale est normale, elle ne doit pas être
répétée en période intercritique.
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Figure 2. Cliché standard de face
chez un enfant de 10 ans en période
d’exacerbation fébrile. Syndrome bronchique caractérisé par des
épaississements pariétaux bronchiques en particulier péri-hilaires
et une distension
pulmonaire diffuse. Foyer alvéolaire inférieur gauche, non
systématisé. |
Ses objectifs sont de rechercher une autre cause de dyspnée
expiratoire et/ ou des signes de complication : infection,
pneumothorax, pneumomédiastin. Selon la Haute Autorité de santé
(HAS), elle permet d’éliminer des diagnostics différentiels
importants tels que les malformations et l’inhalation de corps
étranger. Elle sera réalisée au mieux en inspiration (au début d’un
pleur) et en expiration (à la fin d’un pleur). La collaboration des
enfants est nulle ou quasi nulle jusqu’à l’âge de 3 à 4 ans. Une
préparation optimale et une contention efficace sont utilisées mais
jamais de sédation pharmacologique. Le maintien de l’apnée n’est
pas demandé avant l’âge de 6 ans. Le cliché est réalisé de face en
décubitus. Les incidences complémentaires ne sont pas indiquées en
première intention. Dans l’asthme, la radiographie standard est le
plus souvent normale en période intercritique ou montre les
éléments du syndrome bronchique, en particulier un épaississement
des parois bronchiques, sous la forme d’opacités linéaires en rail
ou en anneau prédominant dans les régions péri-hilaires (figure 1),
associées à une distension thoracique (figure 2) dont les signes
sont : un aplatissement des coupoles, une projection des côtes sur
le parenchyme pulmonaire au-delà du 6e arc antérieur, une
horizontalisation des côtes, une raréfaction vasculaire. Des
troubles de la ventilation, tels qu’un aspect de piégeage aérique
si le cliché est réalisé en expiration, ou d’atélectasie peuvent
être visibles.
La tomodensitométrie thoracique avec injection intraveineuse de
produit de contraste
Le scanner thoracique n’est indiqué que dans le cas d’un asthme
mal contrôlé malgré un traitement de fond bien conduit par
corticoïdes inhalés ou en cas de doute diagnostique devant des
symptômes atypiques tels qu’un stridor ou la persistance de
symptômes depuis la naissance(3). Il peut être réalisé en cas
d’anomalies persistantes sur la radiographie standard. Il s’intègre
dans un bilan complet, réalisé en milieu spécialisé. Son intérêt
est double, il permet la recherche d’un diagnostic différentiel
mais également l’évaluation non invasive de l’atteinte des voies
aériennes. En l’absence de contre-indication, l’injection de
produit de contraste doit être utilisée systématiquement au cours
d’un premier scanner pour bilan d’asthme sévère mal équilibré afin
d’étudier de façon adéquate les structures médiastinales, en
particulier le coeur, les gros vaisseaux et les chaînes
ganglionnaires.
L’injection d’emblée permet d’éviter la répétition des
acquisitions en cas de doute diagnostique.
• Technique : l’évolution des produits de contraste iodés permet
leur utilisation sans recours au jeûne. La consommation de boissons
en abondance avant et après l’examen est recommandée, et la prise
d’un repas léger à l’horaire normal est autorisée (SFR).
• Sédation : en scanner, la rapidité d’acquisition permet
d’éviter la sédation dans la plupart des cas grâce notamment à une
mise en confiance de l’enfant et de sa famille. Une contention sur
planche peut être effectuée pour les nourrissons.
• Injection : elle est effectuée en périphérie, si possible en
évitant le pli du coude. L’utilisation d’un injecteur automatique
permet d’obtenir un débit et une pression contrôlés. Le débit est
adapté au cathlon. Pour l’étude du thorax, dans cette indication,
la dose de 1_ml de produit de contraste iodé par kg de poids est
suffisante.
• Acquisition : la réalisation d’une apnée et de coupes en
expiration ne peut être demandée avant l’âge de 6 ans et uniquement
après entraînement. Une modulation de dose est toujours réalisée
avec un kilo-voltage abaissé à 80 kV si le poids est inférieur à 45
kg et une modulation automatique des milliampères en fonction du
constructeur. L’objectif est d’atteindre un niveau de dose
irradiante le plus faible possible, tout en permettant la
réalisation d’images informatives et diagnostiques. L’acquisition
est hélicoïdale avec des coupes jointives de 0,6 à 1,2 mm
d’épaisseur. Si des coupes en expiration sont réalisées, il s’agira
d’une acquisition séquentielle, en coupes fines tous les 8 à 12 mm.
On utilisera deux types de filtres de reconstruction et de fenêtre
de lecture, pour l’étude du médiastin et du parenchyme pulmonaire.
Des algorithmes de reconstruction sont systématiquement utilisés,
l’examen est visualisé dans le plan axial et coronal et en coupes
épaisses avec projection d’intensité maximum et minimum pour
sensibiliser la détection respectivement des structures denses,
telles que d’éventuels nodules ou structures vasculaires, et des
structures hypodenses, telles que des zones de piégeage aérique ou
des bronches dilatées. La réalisation de reconstructions en rendu
de volume n’apporte pas d’information complémentaire mais peut être
utile dans l’échange avec le clinicien et le chirurgien. Les
reconstructions les plus souvent utilisées sont l’endoscopie
virtuelle et les reconstructions volumiques des structures
vasculaires. L’intérêt du scanner dans le bilan d’asthme sévère mal
équilibré est double : la recherche d’un éventuel diagnostic
différentiel et l’étude de l’atteinte des voies aériennes.
Diagnostic différentiel d’asthme
L’intérêt principal du scanner injecté dans le bilan d’asthme
sévère non ou mal équilibré par un traitement corticoïde inhalé
bien conduit est la recherche des arguments pour d’éventuelles
pathologies responsables d’une symptomatologie de toux chronique.
Parmi elles, certaines sont en effet responsables d’anomalies
tomodensitométriques qui peuvent guider les examens
complémentaires. Les anomalies plus fréquemment retrouvées sont des
anomalies des arcs vasculaires (figure 3) et la
broncho-pneumopathie obstructive post-infectieuse.
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Figure 3. Enfant de 1 an présentant une
symptomatologie respiratoire obstructive depuis la naissance.
Scanner thoracique avec injection intraveineuse de produit de
contraste : reconstructions axiales (A) et coronales (B) en coupes
épaisses et projections d’intensité maximale (MIP) et rendu de
volume (C) mettent en évidence un double arc aortique avec l’aspect
caractéristique de 4 troncs supra-aortiques, responsable d’une
compression externe de la trachée.
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Schématiquement, on peut les diviser de la façon suivante, en
fonction de la nature de l’obstruction (3) :
– causes d’obstruction proximale : inhalation d’un corps
étranger (figure 4), sténose trachéale ou bronchique,
trachéo-broncho-malacie, malformations broncho-pulmonaires, tumeurs
bénignes, malignes ou adénopathies compressives, anomalie des arcs
aortiques, artère pulmonaire gauche aberrante ;
– causes d’obstruction distale : mucoviscidose, dysplasie
bronchopulmonaire, dyskinésie ciliaire primitive, séquelles de
pneumopathie virale (figures 5 et 6) ;
– pathologie d’inhalation : fistule oesotrachéale, fausses routes à
répétition, reflux gastro-oesophagien ;
– pathologie interstitielle chronique (nourrisson) ;
– poumon éosinophile ;
– cardiopathie congénitale avec shunt droit-gauche ;
– insuffisance cardiaque.
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Figure 4. Enfant de 12 ans suivi
depuis 1 an pour l’apparition de symptômes respiratoires
obstructifs avec épisodes infectieux à répétition. Scanner
thoracique, reconstructions coronales en fenêtre
parenchymateuse.
Visualisation d’un corps étranger intrabronchique non obstructif
(dent), enclavé au niveau de la bronche lobaire inférieure droite,
associé à de petits foyers alvéolaires dans le même
territoire. |
Figure 5. Scanner thoracique,
coupe axiale en fenêtre parenchymateuse : visualisation de
dilatations des bronches à parois épaisses au sein d’un lobe
inférieur droit hyperclair et diminué de volume en faveur d’une
bronchiolite oblitérante post infectieuse. |
Figure 6. Scanner thoracique,
reconstructions coronales
en coupe épaisse et projection d’intensité minimum (MiniMip) en
fenêtre parenchymateuse, permettant de sensibiliser la détection
des zones hyperclaires chez un enfant présentant une bronchiolite
oblitérante
post-infectieuse. |
Évaluation du remodelage des voies aériennes
Comme en radiologie standard, le scanner permet de mettre en
évidence les différents éléments du syndrome bronchique
(tableau).
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En ce qui concerne l’épaississement des parois bronchiques,
l’évaluation demeure en pratique subjective (figure 7), compte tenu
de l’absence de normes établies chez l’enfant. Un critère objectif
d’épaississement pathologique a été proposé( 4) sous la forme d’un
score de visualisation des structures bronchiques dans le tiers
externe du poumon, celles-ci étant normalement non visibles à ce
niveau. Ce score étant significativement plus élevé chez les
patients asthmatiques que chez les sujets contrôles mais non
corrélé aux épreuves respiratoires fonctionnelles (EFR). Chez
l’adulte, plusieurs études scannographiques (5-9), la plupart
utilisant des logiciels de segmentation et de mesure automatique,
ont permis de montrer que l’épaississement des parois bronchiques
évalué en scanner était significatif par rapport à des sujets
contrôles, corrélé au remodelage des parois bronchiques décrit
histologiquement ainsi qu’à la sévérité de l’asthme évaluée
cliniquement (EFR) et à l’évolution sous traitement. Le scanner a
été proposé comme moyen d’étude longitudinale de l’évolution de la
maladie chez des patients atteints d’asthme et de
broncho-pneumopathie chronique obstructive.
Cette proposition reste controversée et n’est pas appliquée en
pratique clinique chez l’enfant. Dans la population pédiatrique,
deux études en particulier (10,11) ont étudié la corrélation entre
la mesure scannographique des parois bronchiques et les données
histologiques (épaisseur de la membrane basale), ainsi qu’avec
celles des EFR, leurs résultats sont contradictoires.
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Figure 7. Scanner thoracique,
coupe axiale en fenêtre parenchymateuse.
Visualisation d’épaississements pariétaux
bronchiques diffus et irréguliers chez un enfant traité pour un
asthme sévère. |
Outre l’épaississement des voies aériennes proximales, le
scanner peut montrer les signes indirects du syndrome bronchique
tels que des zones d’atélectasie ou de distension pulmonaire
responsables d’une densité en mosaïque, mieux visible sur les
acquisitions en expiration où elles correspondent à un piégeage
aérique et reflètent l’épaississement des parois bronchiques
distales et bronchiolaires, au-delà du seuil de résolution du
scanner. En pratique, l’évaluation de la présence et de l’étendue
des zones d’augmentation de la transparence ou de piégeage est
effectuée de façon subjective, sensibilisée par les reconstructions
en coupe épaisse et projection d’intensité minimale, mais elle est
également automatisable et quantifiable grâce au développement
récent de différents logiciels (9,12,13).
L’IRM thoracique
La place de l’IRM dans l’exploration de l’asthme reste à
définir, mais les développements actuels sont prometteurs en
imagerie de diffusion, de perfusion et dynamique. Des
développements récents en IRM thoracique auront probablement, dans
un avenir proche, des répercussions significatives dans le champ de
l’imagerie de l’asthme sévère (14).
D’ores et déjà, des séquences d’angio- IRM, sans injection
intraveineuse de gadolinium, permettent l’étude en trois dimensions
des structures vasculaires thoraciques donc la recherche, en
particulier d’anomalie de position des gros vaisseaux médiastinaux.
Les séquences de perfusion ont été validées par rapport à la
scintigraphie de perfusion.
Actuellement, elles ne permettent qu’une acquisition à un temps
donné (pic de rehaussement) mais l’évolution tend vers l’évaluation
du temps de remplissage capillaire (14).
Enfin, l’IRM de ventilation reste pour le moment du domaine de
la recherche avec l’utilisation de gaz hyperpolarisés (HE3 et XE
129)(15-18) dont la lourdeur de réalisation n’est pour le moment
pas applicable à la clinique, mais les développements de séquences
de diffusion dynamiques, permettant notamment l’étude volumique des
zones de piégeage expiratoire, sont fort prometteurs, montrant des
résultats superposables à ceux du scanner dans l’étude des zones de
piégeage expiratoire, mais également une sensibilité dans la
détection de défects de ventilation, présents chez des patients
atteints d’asthme avant l’altération des EFR(19,20).
• La radiographie standard en incidence antéro-postérieure est
l’examen de choix en première intention dans l’asthme. Elle ne doit
pas être répétée en période intercritique en cas de normalité.
• Le scanner avec injection intraveineuse de produit de
contraste iodé présente un intérêt double dans les cas sélectionnés
d’asthme sévère mal ou non équilibré sous traitement corticoïde
inhalé bien conduit. Il fait partie intégrante d’un bilan complet
réalisé en milieu spécialisé. Il permet la recherche d’arguments
pour un diagnostic différentiel d’asthme dont les principaux sont
les anomalies congénitales vasculaires ou broncho-pulmonaires et la
bronchiolite oblitérante post-infectieuse. Il permet également une
évaluation du remodelage des voies aériennes et de la sévérité de
la maladie.
• Enfin, la place de l’IRM est encore à définir mais augmentera
dans un avenir proche grâce à l’apparition de nouvelles séquences
permettant, sans irradiation, l’obtention d’informations
morphologiques et fonctionnelles.
Références
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Copyright © Len medical, OPA pratique, septembre 2012
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